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Femmes artistes et déconstruction critique de l’esclavage

Actuellement , le  Hammer Museum présente  Radical Women: Latin American Art, 1960-1985. Des œuvres de cent-trente femmes de quinze pays de l’Amérique latine, le la Caraïbe continentale mais aussi de la Caraïbe insulaire seront exposées : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Costa Rica, Cuba, Guatemala, Mexique, Panama, Paraguay, Pérou, Porto Rico, Uruguay, Venezuela.

 

Ces artistes  sont radicales soit dans leurs postures face au monde et par leurs regards critiques soit dans leurs pratiques et recherches artistiques exacerbées.

Autrement dit, elles sont engagées

Pourquoi ne pas poursuivre à cette occasion, une thématique abordée en début d’année en relation avec cette actualité. Compte tenu des mois écoulés depuis la dernière publication, il n’est pas inutile de répéter l’introduction avant d’analyser dans cet article comment les artistes femmes de la diaspora noire abordent la thématique complexe de l’esclavage.

L’engagement, c’est l’acte ou attitude de l’intellectuel, de l’artiste qui, prenant conscience de son appartenance à la société et au monde de son temps, renonce à la position de simple spectateur  et met sa pensée ou son art au service d’une cause dit le dictionnaire.

C’est Jean Paul Sartre qui, dans Situation II, donne un retentissement extraordinaire au concept d’engagement : Dévoiler, c’est changer. Se taire, ce n’est pas être muet, c’est refuser de parler.

 Cependant l’histoire de l’art et de la littérature est jalonnée de créateurs engagés. Pour retracer un récapitulatif succinct et bien sûr incomplet des écrivains et plasticiens engagés, on évoque  bien évidemment Pascal qui utilisait le terme    Embarqué.

Vous avez en mémoire les pièces-pamphlets de Molière contre les faux – dévots, les précieuses ridicules ou  sur la condition féminine

Mais aussi, les Philosophes du XVIIIème siècle.

Plus tard, au XIX ème, Zola avec notamment J’accuse

Au XX ème siècle,  Albert Camus :

L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler …comme le fit le peintre Jonas dans la nouvelle Jonas, ou l’artiste au travail, une nouvelle tirée du recueil L’exil et le royaume. Cette fiction  traite du problème de création artistique et analyse le rapport de l’artiste avec la société autour des notions contraires de “solitaire” et de “solidaire.” ?

L’espoir de Malraux et  Poésie ininterrompue d’Eluard mais aussi Desnos, Brecht, Steinbeck et Les raisins de la Colère en 1939 comme d’ autres  romans sociaux viennent  rejoindre les exemples précédents.

Même André Gide qui en dépit des Nourritures terrestres  où il prône en 1897 que l’individu se rende disponible pour jouir de l’instant, s’indigne des conditions de travail des Africains lors de son voyage au Congo en 1927.

Aimé Césaire, bien sûr et ses Armes miraculeuses.

Et aussi Picasso : Que croyez-vous que soit un artiste ? un imbécile qui n’a que des yeux s’il est peintre, des oreilles s’il est musicien ou une lyre à tous les étages du cœur s’il est poète, ou même s’il est boxeur, simplement des muscles ? Bien au contraire, il est en même temps un être politique, constamment en éveil devant les déchirants, ardents ou doux évènements du monde. Non la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi.

Et il l’a démontré avec Guernica comme l’ont fait la Salle rouge pour le Vietnam en 1968 ainsi que  Ernest Pignon Ernest avec Les Gisants . Pignon Ernest prend position dans ce travail. : il rappelle les événements sanglants de la Commune de Paris, qui ont eu lieu en 1871, soit cent ans auparavant. C’est en interpellant les passants, par l’effet de surprise né de la rencontre avec ces dessins et par la dimension mortuaire de ces personnages allongés et ensanglantés, qu’il dénonce la manière dont se sont déroulés ces deux mois de la Commune. Pignon Ernest a réalisé une série de dessins, qu’il a ensuite reproduits en de nombreux exemplaires grâce à la sérigraphie. Ces dessins ont été collés sur certains murs de la ville de Paris, en 1971. Ils représentent des «gisants», allongés les uns à côté des autres. Leur grand nombre forme une œuvre monumentale

L’œuvre d’art n’est pas un jeu gratuit  de l’esprit, un passe-temps luxueux. Au XXI ème siècle, elle n’est plus réductible uniquement à sa matérialité. Elle revendique  de nouveaux critères de distinction et, à travers elle, en suscitant interrogation et réflexion des spectateurs, l’artiste contribue à l’évolution de la société dans laquelle il vit.

Voici  quelques plasticiennes caribéennes, africaines, américaines, européennes qui font passer leurs convictions dans leurs œuvres.

Souvent leur propre corps est mis en jeu : Corps représenté, corps exhibé, corps mis en scène, corps malmené.

Pour retrouver les oeuvres des artistes qui stigmatisent

 la suprématie masculine

 les contraintes esthétiques imposées aux femmes

 une vision erronée et stéréotypée de la femme

une vision stéréotypée de la femme noire

Vous pouvez consulter ce lien

https://aica-sc.net/2017/01/11/radicales-engagees-ou-embarquees/

Comment les femmes artistes de la diaspora réalisent – elles une déconstruction critique de l’esclavage ?

Kara Walker est une plasticienne afro-américaine, née à Stockton en Californie le 26 novembre 1969. Actuellement, elle vit à New York où elle enseigne les arts visuels à l’université Columbia.

 En 2007, Time Magazine l’a classée parmi les 100 personnes les plus influentes du monde.

L’histoire de l’esclavage et de son héritage dans la société américaine contemporaine nourrissent son  œuvre.  Elle s’intéresse par conséquent également aux questions touchant à la discrimination raciale, aux relations entre les Noirs et les Blancs, aux rapports maîtres-esclaves ou à la ségrégation.

Kara Walker

Sa démarche plastique particulière -qui l’a fait connaître et qui est devenue sa  marque de fabrique -privilégie de grandes silhouettes noires en papier découpé, aux allures pré-victoriennes, proches de la caricature et du rendu de l’ombre chinoise sur un fond blanc et lisse. C’est la reprise du dispositif traditionnel de l’art de la silhouette très en vogue au XVIII ème siècle lorsque l’on  dessinait  l’ombre telle qu’elle se projetait sur un drap derrière une personne de profil éclairée par une bougie L’utilisation du papier découpé est à la fois  un rejet de la peinture  et le choix d’une technique modeste, populaire qui n’est pas communément considérée comme une démarche artistique. Le papier noir possède en outre  une double vertu: il met en relief des traits caricaturaux, que l’on associe forcément à des rôles, des statuts et des identités spécifiques, tout en atténuant des scènes crues et explicites qui susciteraient nombre de polémiques sous une autre forme.  Ces silhouettes sont insérées dans une narration. Kara Walker met en scènes les violences, les tortures, les pendaisons, les abus sexuels du temps de l’esclavage. Sur le plan plastique, c’est aussi une critique de la représentation et de la violence de la représentation.

Kara Walker

Une artiste de la Caraïbe, Joscelyn Gardner, fonde ses créations artistiques sur l’histoire de l’esclavage. Issue d’une famille de colons installée à Barbade depuis le XVIII siècle, Joscelyn Gardner Prend cette histoire à Bras le corps pour explorer son identité de blanche créole. Elle exhume, étudie méticuleusement, analyse des documents historiques anciens pour mieux comprendre les relations entre femmes noires et femmes blanches dans la société patriarcale, esclavagiste puis colonialiste. Lithographies et installations multi media font enfin entendre la voix des femmes jusqu’alors occultées.

Joscelyn Gardner
Creole Portraits III

Trois séries successives de Creole portraits associent entre 2002 et 2009, les savantes coiffures tressées des esclaves aux instruments de torture traditionnellement utilisés dans les plantations. Un prénom emprunté aux registres de l’époque est attribué à chaque gravure comme pour extraire ces femmes de l’anonymat. La dernière suite de gravures mêle aux tresses et instruments de torture des plantes abortives dont usaient les femmes  pour ne pas mettre au monde de futurs esclaves. Cest e fruit de recherches historiques, scientifiques, botaniques minutieuses.

La même méthode documentaire nourrit les œuvres suivantes. C’est le journal authentique de Thomas Twistlewood, propriétaire de la plantation Egypt Estate à la Jamaïque au XVIII siècle qui a inspiré l’installation Plantation Poker : The Merkin story (2004). Cette fois les gravures associent des triangles pubiens artistiquement tressés, des instruments de tortures et des phrases extraites du journal  où le maître narre avec complaisance les abus sexuels et les violences qu’il a perpétrés.

Joscelyn Gardner
Plantation Poker : The Merkin story

L’installation multi media, A Tiny Prick (2002 – 2004), en forme d’hommage, expose les gravures de Creole  portraits imprimées sur des oreillers de belle toile ancienne brodés chacun du prénom d’une esclave par l’artiste en même temps que la vidéo montrant l’artiste en train de broder.

Joscelyn Gardner
A Tiny Prick

Enfin White skin black kin, une installation multi media explore les relations au sein d’une famille sous la domination masculine. Les femmes et les filles du maître figées dans leur conformisme social alors que la domesticité noire, semblable à des fantômes, s’active en sourdine. Des bribes de phrases murmurées racontent leus histoires entremêlées.

Joscelyn Gardner
White skin black kin
a creole conversation piece

Jeannette Elhers est une artiste d’origine trinidadienne élevée et installée au Danemark. Sa démarche artistique est centrée sue la photographie et la vidéo mais sa performance, la première qu’elle a réalisée, Whip it Good: Spinning From History’s Filthy Mind a été particulièrement remarquée. Elle joue davantage sur le registre de l’émotion immédiate que sur l’analyse documentaire t la mise à distance critique.

Jeannette Elhers
Whip it Good: Spinning From History’s Filthy Mind

Elle transforme le fouet, symbole de violence et de pouvoir, en outil plastique. Le fouet est enduit de charbon  et ce sont les coups de fouet donnés sur la toile au cours de la performance publique qui configurent une peinture abstraite. Pour l’artiste, c’est un acte symbolique de riposte, c’est de l’esthétique décoloniale. Elle invite le public à participer à la performance.

Jeannette Elhers
Whip it Good: Spinning From History’s Filthy Mind

  White Shoes  de Nona Faustine  est une série d’autoportraits photographiques saisis sur des sites historiques liés à l’esclavage de la ville de New York.  Nona Faustine a posé complètement nue dans certains lieux emblématiques de New York liés à l’histoire de l’esclavage.  Outre les   chaussures blanches, les seuls autres accessoires sont  les fers, les chaînes, par lesquels les esclaves étaient contraints.
Nona Faustine n’a posé que dans des lieux liés à cette histoire. Autant de lieux dont elle prend possession avec son corps imposant et dénudé, questionnant à la fois la question du corps féminin noir et le racisme structurel en vigueur aux Etats – Unis.

Nona Faustine
White shoes

Ce défi de Nona Faustine, exposer volontairement  son corps nu et obèse dans des lieux historiques et emblématiques semble faire écho au destin de Saartjie Baartman « la Venus hottentote », cette femme sud-africaine du peuple khoikhoi emmenée de force en europe , exhibée comme une curioisité au 19ème siècle en raison de ses rondeurs exceptionnelles, dépecée après sa mort par des «  savants   et dont les restes mettront plus de deux siècles en France, avant d’être rapatriés sur sa terre natale.

Nona Faustine
White shoes

Et semble aussi faire écho à une œuvre qui, si elle ne s’inscrit pas directement dans cette thématique de la déconstruction critique de l’esclavage par les femmes artistes de la diaspora, s’inscrit dans une extrême proximité, l’œuvre de Tracey Rose, Venus Baartman.

Tracey Rose,
Venus Baartman

Tracey Rose, une artiste sud africaine,  prête son corps à la Venus Hottentote pour un autoportrait photographique mais dans une double critique de l’exotisme et de la condition féminine. Elle n’est pas passive.

Ce sont  les premières pistes pour un  inventaire autour d’une thématique susceptible de nourrir une réflexion et des comparaisons passionnantes.

Et pour compléter cette proposition, bientôt, les femmes-artistes qui  exhibent leur féminité pour la revendiquer et qui  protestent ou dénoncent injustices et crimes.

Dominique Brebion

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