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DES DIPLÔMÉS PLEINS D’AVENIR ARTISTIQUE

Après leurs cinq années d’études intenses et fécondes au Campus Caribéen des Arts à Fort-de-France, les diplômés de la promotion 2026 proposèrent un travail artistique surprenant. Certains ont accepté d’être présentés à travers leur projet de Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique.

Trois fois trois et, je les remercie tous.

Les récits mosaïques énoncés inventent une diplomatie de la sensibilité artistique, jusqu’alors inconnue à l’état présent des choses. La qualité d’attention portée à la communication de leurs jeunes expériences du monde, les affects des personnages, les attitudes aventureuses, même périlleuses, le développement habile des pratiques acquises, accordent une délicatesse poétique à l’essor de différents univers de création contemporaine. Chaque élaboration visuelle et narrative de nos artistes émergents, qu’elle puisse s’avérer intime ou historique, récompense l’effet miroir d’une réalité inventée de l’intérieur.

Géraldine Constant, sociologue, AICA Caraïbe du sud.

Montréal, septembre 2026.

COCO INDIGO

J’entretiens avec Noir Produit une correspondance esthétique & sémantique. Une relation libre autant qu’elle m’oblige… Ma démarche se laisse à rêver une ancestralité attentive à notre avenir.  Lenny Dozine

Lenny Dozine, COCO INDIGO, 2026, 200×150 cm, Acrylique et feuille de cocotier sur coton cru rigide 

Le projet plastique s’avance délicatement sur le sable noir. Histoire de ne pas brusquer les divinités ancestrales, conviées à cette représentation de l’épopée originelle. Celle du pié coco, de ses feuilles et de son fruit. La filiation reconnue est née de la ferveur artistique du jeune plasticien, sur les ruines de la tragédie. L’épopée est hachurée, romanesque et extraordinaire. Lenny Dozine projete la luminosité de ses actes artistiques dans la complexité ombreuse de l’identité caribéenne. Bien éloignées d’une finalité plaintive, ses créations discréditent les codes hiérarchiques racisés qui perdurent en codes visuels hiérarchisés. Il nous raconte autrement la brutalité insidieuse des relations culturelles et sociales actuelles, elles se décrochent encore de l’humanité. Alors, il imagine une épopée plus audacieuse que réparatrice. Les créations donnent l’impression si particulière de déplacer silencieusement la mémoire du crime historique vers une émotion que rien ne peut éteindre. L’artiste conserve suffisamment de distance pour faire surgir ses représentations dans une souplesse esthétique, entre les impasses d’une époque sombre et la visibilité ardente de son écriture plastique. Comme pour nous relier, nous confronter, de manières consciente et inconsciente, à son écriture d’une mythologie personnelle. « Noir Produit » perturbe les lieux communs et les postures caricaturales pour épargner une nouvelle réalité, enthousiaste et puissante, précipitée sur le rivage de l’engagement humaniste et artistique. Lenny Dozine n’est pas du côté de la violence : « Je suis présent là où les symboles et l’imagination résistent. J’ai envie et besoin de voir autre chose. En interrogeant la couleur, les stigmates, la spiritualité, la mémoire, j’ouvre un espace de réflexion. Des soubresauts inarrêtables sur la façon dont chacun peut devenir acteur de son propre récit et contributeur à une émancipation collective. Je réassemble les fragments d’un récit que nous pourrions saisir dans la multitude de ses puissances expressives. Mon projet n’illustre pas. Il insiste. Je vous le montre, je vous le partage. »

L’histoire a changé de conteur, les imaginaires s’en délectent. Dès lors, l’apparence exposée suggère un pas de recul. Elle est délestée de ses oripeaux servant la logique systémique des préjugés et du racisme. La stratégie créatrice feint d’ignorer les discours dominants dans l’exploration médiatique des concepts esthétiques. Les conditions différentes de la transmission sont réunies dans sa formulation plastique. La peinture, l’installation, la couture, la sculpture, la photographie, la joaillerie sont raisonnées à l’égard des multiples procédés structurels du projet. La place donnée à la matière dans les intentions de transformation sont explicites historiquement. Dans sa démarche d’auteur plasticien, Lenny Dozine exprime une mise en relation tendue et allégorique captée dans l’observation du monde. Il s’approche de la dénonciation ressassée pour mieux accueillir une affirmation des plus essentielles : la présence en figure ultime de son historicité.

Son imaginaire (nous) rappelle que le présent ne peut ressembler au passé…

La réalisation des portraits est positionnée dans un champ de signifiés inédits. Les portraits des caribéens sont habillés au sens propre du verbe. Le tissu peut dissimuler l’ineffaçable. Il peut réjouir l’intuition, il peut nourrir de nouveaux regards. C’est du cousu main, au fil d’un renouvellement artistique à embrasser « Noir Produit » avec ses splendeurs et ses déchirures.

Lenny Dozine, OUVÈ ZIÉW, 2026, 100×150 cm, Terre rouge, indigo, poudre de charbon, laiton, acrylique et tissus sur coton cru rigide 

L’image artistique clame cependant une interprétation. Le propos esthétique offre à la perception, si ce n’est à la compréhension, une valeur ancrée dans la consommation émotionnelle de la culture caribéenne, par celles et ceux qui la produisent.

La réflexion ne se réduit pas à « Noir Produit ». Elle l’entraine vers un idéal narratif où la société humaine, ici et partout, gagnerait à s’ouvrir aux vérités des uns et des autres. L’altérité est le cœur du projet, taillé à sa juste mesure.

Ce récit – comme le coco – n’est pas tombé du ciel. Il ne s’est pas retrouvé par hasard et innocemment sur le sable noir. Il a marqué l’océan parcouru. Il raconte quelque part de la mémoire du monde. Il pressent les éclosions rêvées depuis son île. Il signifie un territoire métaphorique, traversé de cicatrices, d’esprits volants et de confessions courtisées. C’est selon…

Lenny Dozine sollicite les souffles intemporels et percutants des sœurs Nardal, de Mona, de Ménil, de Césaire, de Fanon. Le souffle de Stanley Février, le souffle de Victor Anicet, le souffle de Titus Kaphar, de Pierre Soulages, d’Amoako Boafo, d’Ebony Patterson, de Virgil Abloh, de Sonya Clark, de Wales Bonner, le souffle de Kader Attia…

Il le confirme : chaque pensée, chaque geste artistique s’articulent au suivant dans l’immense dimension imaginative et critique.

Désormais, Lenny Dozine s’est élevé à son heure. Sans autre forme entretenue que celle de faire écouter sa dignité personnelle et artistique en train de respirer.

GC.

TOPOGRAPHIE COLORÉE DES SILENCES

Kélyna Anglo, NUIT, 2026, 40×40 cm, Céramique, émaux, bougie, sable

 Je cherche à traduire en termes plasticiens un son que je ressens mais que je n’entends pas. Mes créations sont pensées pour partager mon monde invisible. Dans le sens où c’est celui que je vois, c’est celui dans lequel j’existe, tel que je le saisis et tel que je le sillonne, au quotidien et artistiquement. Il s’avère nécessaire dans mon propos artistique d’en révéler la représentation matérialisée. Kélyna Anglo

La création d’un langage visuel est un défi artistique. Kélyna Anglo interroge la sensorialité. Sa perception de synesthète lui permet d’associer de manière singularisée deux sens : voir les couleurs et en capter une musicalité sont une seule expérience. Sa démarche plastique est de « tracer » la complexité formelle du son. Ainsi, comment une pratique artistique épouse-t-elle l’invocation du matériau son, dans l’élaboration d’une création visuelle ? L’artiste analyse son intention première : « Je vis dans un corps qui limite la communication de mon intérieur avec l’autre. Je réinvente l’environnement à travers mon expérience artistique, c’est une euphonie de couleurs. Cela me permet de transgresser cette limite de l’espace, même momentanément, pour que d’autres puissent y trouver un écho à leurs propres voix intérieures. » La création se fait métaphore d’un idéal de coexistence dans l’exploration sensorielle mise en œuvre par la transmédiation de l’expérience esthétique. Une nouvelle modalité de la perception visuelle génère son caractère poétique en reliant les fonctions et les variations sensorielles aux ondes sonores. L’harmonie, si fragile soit-elle est d’autant plus précieuse.

« Couleurs en symphonie, an nou ouè sa nou ka tan’ » est un projet libre de toutes contraintes, les temporalités et les frontières s’annulent. Le territoire artistique demeure ouvert aux communautés sensibles. Elles se peuvent d’être troublées, formatées, socialisées, cultivées, bouleversées, solidaires, réinventées, émerveillées… 

La nature, le paysage et l’atmosphère du lieu sont matériaux et sujets du process. Il est art, mystère, eau, terre, air, feu, couleurs et matières. Il est évasion, vibrations, ondes, fantaisies formelles et émotionnelles. L’accord, au projet et à ses différents dispositifs visuels, ramène à l’éventail des émotions humaines. L’on n’en ressent pas moins l’attachement de la plasticienne envers son pays d’origine et la valeur offerte au récit familial. L’histoire et l’identité culturelle caribéennes rassemblent une intrigante subjectivité, dévoilées par ses combinaisons artistiques. Kélyna Anglo a beau voir des couleurs partout, elle atteint les berges du non-perceptible. Elle sait ce qu’elle éprouve dans sa relation au monde. Elle sait ce qu’elle veut communiquer dans la transformation du matériau, conquis par ce magnifique dialogue artistique. Gratter, caresser, pincer, entrechoquer, frotter, frapper : le geste causeur crée une palette de couleurs sonores. Elle invente une partition créative pour partager la maîtrise des interactions artistiques accomplies.

Kélyna Anglo, ESMALTES, 2026, 50×20 cm, Céramique, émaillage

Un matériau est porteur de l’inspiration de l’instant. Le savoir-faire appliqué aux techniques de production artistique est minutieusement réinterprété afin d’enrichir son univers esthétique.

Los esmaltes, créés à la ville de Grenade formalisent l’eau jaillissante des fontaines de l’Alhambra. Un mobile de disques en céramique émaillée infuse l’air tropical de sonorités espagnoles. Leur tintement et l’énergie retentissante des couleurs évoquent le rythme martelé par les talons des danseuses, au gré d’un flamenco résolument suspendu à sa seule réminiscence. De petites sculptures en céramique, aux formes mystérieuses, dispersées et ordonnées au sol, protectrices d’une voie lumineuse, font grésiller les bruits et la vie de la nuit à la Martinique. Les gouttes de pluie semblent aussi animées que les inépuisables cabrits-bois.

Les fragments sonores de l’invisible sont des expressions poétiques. Plusieurs éléments de son langage plastique anticipent de manière subtile l’accession à une installation immersive. Un œuvre multimédia, éphémère et spatialisée. Elle nous invite à se déplacer sur l’ample représentation d’un paysage sonore, abstrait et tangible à la fois. Altérable et majestueux, réactif et résistant. Les peintures sculptures parées de couleurs vibrantes sont peuplées de bois flottés et de végétation altérée. Vestiges du temps, récoltés au hasard des flâneries à la campagne et au bord de la mer. Ils accompagnent la destinée sensorielle d’une écriture plastique polychrome, texturée, phonique et fabuleuse.

Ce qui permet d’appréhender différemment notre place symbolique et éveillée dans un monde assourdissant, obscur et embrasé. Expérimenter le son en tant que matière invisible et observer les pensées nuancées pour prendre soin de ce qui est encore là et, ne sera plus jamais à l’identique. C’est une pause en beautés inventées. Le concept privilégie la puissance esthétique d’un montage mental insoupçonné et conciliant de poésies.

Les sources d’inspiration – Kandinsky, l’artiste majeur et synesthète, Klee, le peintre poète et musicien, Nam June Paik et sa musique expérimentale, Steve McQueen, le plasticien britannique et son œuvre Bass (2024), David Gumbs pour son œuvre Ethno Spirit (2023) et Céleste Boursier-Mougenot pour l’œuvre Clinamen (2025) – reflètent la maîtrise des enjeux actuels de la démarche plastique.

« La musique est une peinture qu’on peut entendre, la peinture est une musique qu’on peut voir ». Lorsque Kélyna Anglo, avec cette douce intranquillité dans la voix, cite Miles Davis, il s’élance dans la nature un voile empoignant à réaliser la portée écologique et imaginative du propos plastique. Il est éblouissant, accueillant de tant de dépassements sensibles et autres secrets à découvrir, si possible…

GC.

UNE PENSÉE ARTISTIQUE

Ewan Judith, MOI PERDU, 120×60 cm, Pointe fine, dessin sur papier

La création artistique et l’autofiction s’éprouvent dans mon approche comme une rencontre soudaine qui se passe de mots. Mon challenge est un face à face avec moi-même pour tenter d’attraper un être sans identité… J’ai l’impression de m’épuiser et de m’effondrer dans un trou sans fond… Ewan Judith

La fragilité humaine est souvent consultée telle une faille à combler. La vulnérabilité, encore un accident personnel à restaurer au regard impératif de la conformité sociale. Ewan Judith arpente les sillons de sa jeune existence avec la nécessité d’inventer les formes esthétiques d’une représentation où « Le moi perdu » s’enracine dans les traits et dans les traces, pour ne pas disparaître. Le projet plastique constitué exclusivement de dessins, le plus souvent d’une taille défiante, reprend les codes visuels du roman graphique. Sa pensée artistique et physique s’emporte dans une approche disloquée des sens à donner au réel. Son alter ego aménage conceptuellement les références du récit. Il y a un équilibre suggéré dans les tonalités d’ambiance. Un caractère performatif et plastique penche vers les sensations d’une pensée plutôt sombre. Le trait d’avant et le trait d’après emplissent les œuvres d’un territoire physique et mental imaginaire, laissant une place à d’infimes surfaces éclaircies. Une lueur comme un rempart à l’effondrement. L’auteur plasticien déploie un passage bichromique à travers les paradoxes de la condition humaine : « Le dessin en noir et blanc instaure une distance avec le temps. Il se recentre sur l’impact du récit intime et la restitution d’un point de vue. Il renforce l’introspection et annule la conception d’une temporalité arrêtée. Ce sont des peurs, des sensations, des aspirations, des affects par nature invisibles et silencieux. Une déclinaison d’immatérialité que je transforme en traces, en marques, en impulsion graphique et plastique, en langage, capables de donner une apparence à ma réflexion. Le mouvement, le parcours, la fuite, les allers-retours, les trajets. Chemin faisant, les alternatives possibles d’un rapport au monde sont autrement réparties. »

Les états d’âme et l’errance intérieure de l’artiste, reliés à son imaginaire ressortent gravés dans la qualité saisissante du dessin. Les traces sensibles de ses pensées torturées sont lisibles. Le personnage apparaît abattu mais il tient debout. Sans armure, sans artifice, il se désole. Il ne tombe pas sous le sens de ses angoisses. L’enchainement visuel chaotique vit l’émotion des interrogations. Si affecté soit-il, sa quête sera une permissivité artistique des plus mobilisatrices. L’autofiction est sa méthodologie de recherche : recherche d’identité, recherches d’écritures plastiques, recherches d’écritures de soi. La narration évoque l’éternelle question d’une possible réappropriation de son territoire intérieur, en lien avec l’environnement privé, social et naturel.

Le jeune plasticien est fasciné par l’imagination exubérante de Gustave Doré, son illustre artiste référent. Il se passionne pour Vagabond, un manga de Takehiko Inoue. Les souvenirs tragiques et tendres de Marjane Satrapi dans Persepolis vont l’immerger dans un humanisme inconsolé. La mélancolie énigmatique du film In the Mood for love de Wong Kar-Wai adoucit le rythme de ses propres confusions. Ses influences culturelles favorisent la sensibilité et la force du trait donnant corps au personnage. La tension des muscles paraît sculptée dans l’écorce généreuse du Courbaril. Il s’acquitte d’une prestance naturelle et décomplexée prête à jouer avec ses agitations intériorisées. La coiffure affranchit l’indétermination d’une rébellion florissante. L’atmosphère du projet plastique surprend la confidence d’un espace expressif émouvant. Des incursions visuelles symboliques de la vie quotidienne aux Antilles sont les compagnes de route discrètes de l’alter ego. Lui, il complète la pratique artistique.

L’on suit alors « Le moi perdu » dans ses nocturnes travaillées à Fort-de-France, au pied de la Soufrière, à la campagne du Vauclin.  Il est dans une posture méditative, au-delà des seules limites de ses inquiétudes actuelles. Elles sont partagées sur les murs envahis de graffitis et sur les seuils évacués d’un devenir qui se répand en solitudes. La narration évolue dans la pudeur et le doute permanents. L’expressivité caribéenne des images évite l’exagération, l’outrance et le pittoresque. Les termes du contraste clarifient les traces d’un sentiment, bien avant que ne vienne la réflexion. Les unes et les autres, peuvent amener ainsi un motif de connexion à leurs expériences sur l’émotion de la quête personnelle imagée.

Car il raconte des héritages communs pour franchir l’âpreté des incertitudes. Ici, elles sont le reflet perçant des siennes. Les œuvres d’Ewan Judtih n’illustrent pas de faits. Alors qu’affronte-t-il vraiment, derrière son activité esthétique si tourmentée ? Elle formule une chronique bouleversante. Elle apprend humblement du temps qui passe. La création, l’impensé de ce que demain matin réserve, lui permettent d’esthétiser son vécu en légitimant la représentation de son mal-être.

Le philosophe Christophe Bouton décrit la trace « comme l’irréductible incrustation de l’horizon du passé dans l’être des choses… Passé et futur ont une réalité différente, mais égale en dignité au présent, l’ensemble formant un triptyque dont chaque branche se concrétise sous l’aspect de la trace, de la présence et de la puissance. »1

La conception substantielle de la trace délie l’écart temporel du présent.

Et puis, en sous-texte, s’affiche la réalité d’un système de société. Avec les modèles, des repères, des liens, des marqueurs de tout ordre et les cadres nécessaires à une structure pour assurer sa stabilité. La famille, l’école, la religion, les quartiers, les relations, les rites de passage, les savoirs, les métiers, les classes, les langues, les mémoires, les origines…

Et puis, arrive la génération du début des années 2000. Nous leur attribuons une lettre de reconnaissance, nous les analysons, nous les scrutons, nous les confinons, nous les jugeons. Nous leur déroulons un tapis de stéréotypes et d’attentes convenues à nos exigences. Ils culpabilisent. Nous nous étonnons de leur anxiété sans précédent. Nous leur concoctons les réseaux sociaux, une identisation concurrentielle et une architecture numérique des responsabilités. Nous leur léguons un monde quant à lui, encore plus perdu là, comme il va.

Ewan Judith, VITRAIL MOI PERDU 2, 120×60 cm, Pointe fine, dessin sur papier

Et puis, Ewan Judith repense aux mots de Sartre : « Ne pas choisir c’est encore choisir ». Ses conflits intérieurs, il les adresse aux autres dans un récit personnalisé. La construction progressive de soi passera par la perspective artistique, pour accéder aux métamorphoses successives définies par « le libre-arbitre de la volonté ». Cela se fera par le dessin, par cet art vieux comme l’humanité… la main dessinant serait la pensée agissante2. Le dessin répondra donc à l’atemporalité de la quête de soi.

Et puis, dans les interstices de cette recherche d’attention délivrée par la rencontre artistique, la simplicité d’une sensation sincère et ordinaire, évince quelque peu le temps du regard transactionnel.

Juste l’envie de prendre ce personnage par la main. De le rassurer, de lui rappeler combien il mérite une communauté fiable, libre, complice. Il a le droit aux erreurs et à la révolte, à la rêverie, à une subjectivité volatile, à la connaissance… et à la douceur empruntée aux souvenirs récoltés pendant ce temps d’entre-deux mondes.

Cette génération a le droit de créer sur les rives d’un imaginaire sans terreur. Une esthétique de la vulnérabilité humaine entretient la promesse artistique du moi, singulier et universel.

GC.

1 Sur les traces du temps de Christophe Bouton, Minuit, 2026

2 Le dessin, Olivier Cena, 2017

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