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Dérives n°2 d’Hervé Télémaque

Hervé Télémaque Dérives N°2 acrylique sur toile, 200 x 310, 1983, acquisition du FRAC Martinique en 1987

Hervé Télémaque
Dérives N°2
acrylique sur toile, 200 x 310, 1983, acquisition du FRAC Martinique en 1987

Dérives n°2, première acquisition du FRAC Martinique

L’exposition de la Fondation Clément consacrée à Hervé Télémaque  du 24 janvier au 17 avril de cette année   offre au public l’occasion de découvrir ou de revoir une acquisition du FRAC Martinique, Dérives n° 2. C’est  la première acquisition de cette institution qui n’aura perduré que sept années.

La création des FRAC était une des mesures phares du plan national en faveur des arts plastiques présenté en 1982. Le ministère de la Culture, avec cette initiative pleine d’inventivité, avait décidé d’ emprunter une voie résolument décentralisatrice pour assurer la présence de l’art contemporain sur l’ensemble du territoire national.
L’ambition était de rendre l’art contemporain familier aux Français de la France profonde, de leur en permettre la fréquentation et par là même d’en acquérir une certaine connaissance. En effet, avant la création des FRAC, la France provinciale était bien loin de l’art contemporain.

Le FRAC Martinique était donc créé en 1987, dans la dynamique de la régionalisation, ambitieuse réforme structurelle et administrative,  dans le prolongement de la mise en place des FRAC dans l’Hexagone par le ministre de la culture, Jack Lang.
Le principe structurel du FRAC Martinique était celui de l’ensemble des FRAC de la première génération : une association régie par la loi de 1901, financée à parité par l’Etat et le Conseil régional, dotée d’un comité technique composé de spécialistes (7) chargé d’établir les propositions d’acquisition d’œuvres d’art et d’ un conseil d’administration composé d’élus régionaux (6)et de représentants de l’Etat (4) . C’est à ce conseil d’administration à majorité régionale que revenait  la décision des orientations générales du Frac et des acquisitions sur proposition du comité technique.
Les missions du FRAC Martinique comme de tous les Fracs étaient  les suivantes : acquisition d’œuvres d’art contemporain ,  diffusion des œuvres auprès du public,  prêt des œuvres aux différentes institutions culturelles, organisation d’expositions ,  actions de sensibilisation en direction du public diversifié ,  accueil en résidence et commande d’œuvres d’art ,  édition.

Au cours de sa brève existence et en dépit du fait qu’il n’ait jamais été doté d’une équipe spécifique et d’un lieu d’exposition , Le FRAC Martinique a rempli toutes ces  missions en acquérant près de quatre – vingt oeuvres d’artistes majeurs et emblématique de l’histoire de l’art internationale et de la région Caraïbe , comme Wifredo Lam, Hervé Télémaque , de plasticiens contemporains renommés de tous horizons comme Andrés Serrano, François Bouillon, Jean- Pierre Pincemin, Nils – Udo, Jean Clareboudt, Georges Rousse, Alan Sonfist . Des oeuvres en relation avec la Martinique comme Martiniquaise d’André Masson, créée en 1941, juste après son séjour à la Martinique avec André Breton et Wifredo Lam, sont aussi entrées dans la collection. Mais le FRAC Martinique a   surtout réalisé l’acquisition d’ oeuvres d’artistes de la Caraïbe et de la Martinique.
Quarante œuvres, soit 51,9% – plus de la moitié de la collection – sont la production d’artistes natifs de la Caraïbe.
Quinze artistes sur quarante – cinq-33,3%– qui sont directement liés à la Martinique, soit par leur naissance, soit par un choix de vie. y a donc 1/3 d’artistes locaux représentés dans la collection du Frac Martinique ; il s’agit d’un pourcentage important, exceptionnel même comparé aux collections des autres Frac. Pour la Martinique, entre autres, Ernest Breleur, Serge Goudin Thebia, Serge Hélénon, Alex Burke, Jacqueline Fabien, Marc Latamie et pour la Caraïbe, entre autres, Tony Capellan, Vicente Pimentel, Ralph Allen, Onofre Frias, José Garcia Cordero, Ismaël Mundaray, Michel Rovelas .

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Résidences d’artistes internationaux (Georges Rousse, François Bouillon, Alan Sonfist, Nils- Udo) et d’artistes de la Caraïbe ( Les Ateliers de la Caraïbe) , édition de quatre catalogues, expositions, prêt d’oeuvres , animations pédagogiques sont à mettre à l’actif du FRAC Martinique que les plasticiens de la région ont vu disparaître sans s’émouvoir ne mesurant pas sans doute de quel outil de promotion ils se privaient.

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Désormais le FRAC Martinique appartient à l’histoire de l’art de la Martinique et restera quoiqu’il en soit une étape non négligeable de son évolution artistique. Aujourd’hui, cette exposition d’Hervé Télémaque à la Fondation Clément apporte une forme de reconnaissance au travail accompli et souligne la qualité de la sélection du comité technique d’alors. En effet, la force et l’originalité plastiques de Dérives n°2 la positionnent comme une des oeuvres majeures d’Hervé Télémaque.

Dérives n°2, une oeuvre majeure

La forme trapézoïdale du chassis, rarement utilisée par les peintres – Dérives n°2 en est peut – être le seul exemple- est ce qui retient l’attention en premier lieu. Hervé Télémaque a souvent cherché à se libérer du châssis traditionnel. Ainsi, il a , par exemple, re-dessiné un cadre à l’intérieur du tableau (Port – au – Prince, le retour du fils prodigue ), mais aussi utilisé le tondo ( Le miroir Précoce), le triangle ( Port au Prince la rose), le trapèze ( Dérives n°2 ), le châssis éclaté (Le voyage d’Hector Hyppolite en Afrique n°2) , le châssis articulé (One of the 36 000 marines), le combine-painting à la manière de Rauschenberg ( Confidence) .
Sur un fond très clair, semblable à une feuille blanche s’articulent des éléments épars qui appartiennent à l’outillage agricole pour certains ( bêche rudimentaire) et pour d’autres à l’outillage artistique ( éventail chromatique et rouleau encreur). La gamme colorée diffère : couleurs froides pour les outils agricoles plutôt longilignes et fuselés, couleurs chaudes pour les outils artistiques plus volumineux. La caricature de Raymond Barre en haut à droite surprend.
Dans la partie gauche du tableau, la silhouette des continents africain et américain du Sud, entre lesquels on reconnaît la forme des îles de Cuba et d’Haïti font un écho au titre, Dérives, suggérant la dérive des continents. Dériver signifie également s’éloigner, s’écarter de la voie traditionnelle, aller à l’aventure ce qui ouvre un champ d’interprétation multiple comme dans toute peinture de Télémaque.
Une phrase en écriture cursive, caractéristique de la manière de Télémaque qui introduit l’écriture dans la peinture sous différentes formes, sans doute un peu en hommage à Braque, est inscrite parallèle au bord bas du cadre » Eventail gracile ou coumbite égal à poteau mitan et c’est le joint de café ». La Caraïbe est donc bien présente dans cette oeuvre de Télémaque, à travers la silhouette des îles mais aussi à travers deux mots coumbite et poteau mitan. Est – ce l’image des paysans qui se déploient en progressent en ligne tout en travaillant lors du coumbite qui a inspiré au peintre l’image de l’éventail ?

Quoi qu’il en soit, voir ou revoir Dérives n° 2 parmi la soixantaine d’oeuvres exposées dans les nouveaux espaces de la Fondation Clément est une fête.

Dominique Brebion

Aica Caraïbe du Sud

 

Coumbite : dans les Caraïbes, travail saisonnier effectué en commun, souvent en solidarité

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