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Florine Démosthene à la Fondation Clément

Florine Démosthène Pulled apart

Florine Démosthène
Pulled apart

Vous n’avez pas pu assister à la Soirée – Rencontre de la Fondation Clément le 26 Août dernier, en avant – première de l’ouverture de l’exposition personnelle de Florine Démosthène ? Vous pouvez cependant assister au Dimanche-découverte 13 septembre à 10h et même visiter l’exposition de la Case à Léo du 28 août – 4 octobre 9h-18h, sans interruption. Vous souhaitez préparer votre visite ? Cet article vous y aidera.
Florine Démosthène est une artiste d’origine haïtienne qui a poursuivi ses études aux USA et qui vit actuellement au Ghana. Elle expose depuis 1997.
Sa démarche est centrée sur la représentation du corps féminin noir.
La thématique de Florine s’articule autour de la représentation stéréotypée du corps de la femme noire, traditionnellement envisagée aux USA soit comme une nounou simplette et dévouée, aux formes généreuses soit comme une femme provocatrice et insolente, un brin vulgaire.
Depuis la décennie quatre – vingt, plusieurs artistes femmes noires américaines, africaines ou sud africaines ont exploré la représentation du corps féminin noir avec l’ambition de déconstruire les stéréotypes attachés à sa représentation.
C’est cette problématique que traite Florine Demosthène, qui se place ainsi dans la lignée des Betty Saar, Renée Cox, Kara Walker, Carrie Mae Weems, Candice Breitz, Sonia Boyce, Tracey Rose, Nona Faustine, Ellen Gallagher, Wanchegi Mutu.
Chacune de ces plasticiennes s’investit dans cette démarche de manière originale et singulière.

Florine Demoesthène That sens of defeat

Florine Demoesthène
That sens of defeat

Alors que la plupart de ces artistes utilisent la photographie et souvent l’auto – portrait, Florine Démosthène traite de ce sujet à travers le dessin. On a parfois le sentiment que dans certains dessins, il pourrait s’agir aussi d’autoportrait.
Lorsque l’on pense à la représentation du nu féminin par une artiste femme, il est aussi possible d’évoquer l’artiste britannique Jenny Saville pour qui le corps est le reflet d’une société en mal d’affection tourmentée par les obligations corporelles et l’obsession de la minceur ; Deux plasticiennes de Martinique ont abordé un thème similaire, Shirley Rufin , exposée ici même l’an dernier qui, en filigrane, outre la question du tabou de la nudité, conteste les contraignants canons esthétiques imposés aux femmes . Tout comme Monique Mirabel lors de son exposition A corps et en corps en 2006.

Florine Démosthène Ruins

Florine Démosthène
Ruins

Florine revisite le genre du nu féminin. Elle représente des femmes, souvent monumentales, nues, aux formes voluptueuses et généreuses, qui semblent faire offrande de leur corps, dans des situations d’exclusion, d’exploitation sexuelle, de soumission, de désespoir, de captivité dans un monde en ruines. Le décor est simplifié et suggéré. C’est par le tracé de lignes que se détachent les silhouettes humaines sur un fond de tâches à dominante gris coloré mêlé d’aubergine ou d’orangé qui créent une atmosphère aux frontières de la réalité.
Alors, comment conteste – t -elle conteste les stéréotypes liés à la représentation du corps féminin noir ? Elle dit vouloir créer une nouvelle héroïne atypique. Cette dernière appartient – t – elle à la catégorie littéraire des anti – héros, c’est-à-dire des héros qui ne présentent pas les caractéristiques du héros traditionnel, la force, le courage, l’audace, l’énergie. Les femmes représentées semblent plutôt soumises ou passives. Sans doute leur héroïsme se manifeste – t il différemment. Peut- être dans leur capacité de résistance à un sombre destin ?
Les titres semblent évoquer en effet un univers plutôt sombre autour de thèmes comme l’exclusion (Assed out again/Pulled apart/), la catastrophe ou le désastre (That sens of defeat/The debacle/Ruins/Disappear into myself/Unearthing/The capture), l’appel au secours (Rescue me).
Les mots, dit Florine, l’inspirent et déclenchent la création plus que les images. Elle passe davantage de temps à lire et à effectuer des recherches qu’à regarder des œuvres. Les titres ont donc toute leur importance et chercher le lien entre le dessin et le titre contribue à donner des clés de lecture.

Florine Démosthène The Capture

Florine Démosthène
The Capture

Avec Get Azzmatized, qui prolonge une série antérieure The Capture, Florine nous invite dans un univers inspiré par une série de spectacles de rue, où elle se transforme en une super-héroïne voluptueuse, Azzmama. Le nom Azzmama le nom est forgé à partir d’un verbe qui signifie influencer ou diriger par le charme fessier ou encore utiliser la région fessière pour effrayer et surprendre de sorte que le mouvement devient impossible donc mettre les autres dans un état de stupéfaction (azzmamatic).
Les nus de Florine sont souvent représentés de dos, debout ou à genoux, les fesses bien mises en évidence. Evoque – t – elle ainsi Saartjie Baartman ou la Venus Hottentote dont la morphologie hors du commun a causé la perte ? Saartjie, dotée d’une hypertrophie des hanches et des fesses (stéatopygie) et des organes génitaux (macronymphie) a été arrachée à sa terre natale pour être conduite en Angleterre et en France afin d’être exhibée comme une curiosité dans des foires ou des zoos humains. Saartjie meurt à Paris en 1815. Son corps est disséqué par des scientifiques puis exposé au Musée de l’homme avant une restitution tardive de sa dépouille à l’Afrique du Sud.
Certains dessins ( That sens of defeat ; Disappear into myself, Choices, Faith and pennance, The débacle, The Wonder Twins) amènent à explorer le thème du double.
Florine Démosthène travaille sur Mylar (du plastique polyester saturé transparent) intéressée par les caractéristiques de ce matériau et des effets de matière qu’il offre. Ce matériau est peu utilisé par les artistes de la Caraïbe francophone mais des artistes caribéens anglophones le font comme Joscelyn Gardner dont les Créoles portraits ont été exposés à la Fondation en 2008.
Florine raconte comment elle a découvert par hasard sa technique spécifique (le traitement des fonds à l’encre) au hasard d’un accident de voyage lorsqu’ une bouteille d’encre s’est cassée dans sa valise et qu’elle a essayé d’effacer la tâche qui a créé alors un décor brumeux.

Florine Démosthène Rescue me

Florine Démosthène
Rescue me

Si Florine Demosthène explore un sujet qui a retenu l’attention de nombreuses de ses consœurs artistes contemporaines depuis une trentaine d’années, elle y apporte une touche originale en préférant la technique classique du dessin, en y associant un procédé d’ application de la couleur qui lui est propre, en inventant une héroïne aux pouvoirs étonnants, une Gorgone moderne qui pétrifie non plus par son regard mais par son charme fessier.

Dominique Brebion

A consulter pour compléter, d’autres articles sur un sujet similaire
https://aica-sc.net/2014/05/07/soixante-treize-tonnes-de-sucre-pour-une-gigantesque-sculpture/
https://aica-sc.net/2013/07/27/le-corps-feminin-dans-lart-contemporain-de-la-caraibe/
https://aica-sc.net/2015/03/10/shirley-rufin-painting-with-light/
(voir le catalogue de la Fondation Clément pour la version française de cet article )

 

Ces oeuvres ont été projetées et commentées en relation avec les oeuvres de Florine Demosthène  lors de la soirée rencontre

Pour voir correctement les images, cliquez (un seul click) sur la première et faites avancer le diaporama à l’aide des flèches directionnelles

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