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Le corps féminin dans l’art contemporain de la Caraïbe

La représentation du corps humain a toujours eu une place prépondérante dans l’histoire de l’art. Peinture, sculpture, photographie en ont fait un sujet privilégié. Parmi toutes ses évocations graphiques ou picturales, le nu est le genre le plus répandu dans la peinture occidentale, lié quelquefois à de mémorables scandales si l’on pense par exemple à l’Olympia (1863) et au Déjeuner sur l’herbe (1863) d’Edouard Manet. Quelques décades plus tard, les premiers nus photographiques du peintre et sculpteur  Abelardo Rodriguèz Urdaneta  choqueront   la société conventionnelle, rigide et très religieuse de  République Dominicaine tout comme le feront, dans les années vingt, les nus de mulâtresses de Celeste Woss y Gil.

A partir des années soixante, le corps n’est plus confiné au seul statut de la représentation mais il devient le support de revendication, l’outil de communication d’idéaux et de contestation, un véhicule de provocation au service de la liberté d’expression .

Il devient, entre autres, le support de revendications féministes avec des artistes comme Orlan, Valie Export, Louise Bourgeois, Les Guerilla Girls, Kara Walker, Marina Amabrovic, Annette Messager.

Cette pratique artistique contestataire est également répandue dans la Caraïbe même si elle semble  beaucoup moins présente dans les Départements Français des Amériques

Si l’on considère un  contexte élargi, celui de la Caraïbe, on compte de nombreuses  œuvres directement liées au cycle de la femme, aux revendications féministes ou à la confusion des genres.

Suzan Dayal Ovulation,menstruation

Suzan Dayal
Menstruation/Ovulation

Ainsi, dans la première catégorie, celle des œuvres liées au cycle de la femme, on pense à  Suzan  Dayal (Trinidad) avec Menstruation/Ovulation (acrylique sur toile, coton, lin, bambou et feuille de métal 158 x 158 cm) mais aussi aux peintures de Raquel Païewonsky (République Dominicaine) mettant en scène la grossesse et la maternité.

Raquel Païewonsky

Raquel Païewonsky

Les artistes comme Joscelyn Gardner (Barbade), Raquel Païewonsky (République Dominicaine), Suzan Dayal (Trinidad), Janin Antoni (Bahamas), Nicole Awaï (Trinidad) portent un regard critique sur la condition féminine.

Joscelyn Gardner dénonce la condition des femmes au temps de l’esclavage, soumises au système patriarcal et victimes de la violence du maître dans des installations comme The Merkin Poker  ou A créole conversation piece.

Le sein est une forme récurrente dans l’œuvre de Raquel Païewonsky, aussi bien dans ses peintures que dans ses installations. Le titre Bitch ball  joue sur le double sens du mot bitch (putain) et beach (plage). Au moyen de cette installation, Païewonsky questionne la représentation- mère nourricière ou jouet sexuel- que la femme a d’elle – même mais aussi l’image que la société se fait du corps féminin, de la féminité. Ce sont des seins géants. Ils ont une aréole et un mamelon très exagérés, brodés à la main. Ils sont matérialisés par de  gros ballons de plage habillés de microfibre, matériel synthétique qui évoque la peau et  présente différentes nuances des couleurs de peau que l’on peut retrouver dans la Caraïbe.

Raquel Païewonsky Bitch Ball

Raquel Païewonsky
Bitch Ball

Lorsqu’elle pose en Beauty Queen as a pin- up pour Noritoshi Hirakawa pendant le workshop de Big River à Trinidad en  1999, Suzan Dayal milite pour exiger le respect dû à toute femme quelle que soit son apparence : «  It does not matter how I look, I deserve your respect- Say no to objectification – Is this what feminists fought for ? »

Suzan Dayal Beauty Queen as a pin up

Suzan Dayal
Beauty Queen as a pin up

La performance de Janin Antoni, Loving Care  (1993) ,   dénonce la violente pression de la société et des canons de beauté sur la femme tout comme la série These cages cannot hold us de Suzan Dayal (2004).

Trans-sicion de Leticia  Ceballos  comme One de Raquel Païewonsky toutes deux de République Dominicaine ou encore  Hustle de Money- A Performance by Bertie aka Big Red aka De General outta Glitter d’Alberta Whittle (Barbade) abordent la problématique du genre alors que  Yeni et Nan, entre 1978 et 1986, sont les premières femmes artistes du Venezuela à utiliser leur propre corps dans des performances en pleine nature.

Raquel Païewonsky

Raquel Païewonsky

Mais il n’y a pas en Martinique une forte tradition, une lignée de femmes artistes produisant des œuvres engagées et radicales autour des thématiques féministes.

Certaines artistes ont créé de manière isolée ou ponctuelle des œuvres que l’on peut rapprocher des pratiques féminines ou de la problématique du trouble des genres même si ces questions n’étaient pas véritablement au centre de leur démarche.

Ainsi Julie Bessard (Martinique)  dont les Ombres portées ne sont pas centrées sur le féminisme. Elle crée des installations à l’aide de la paille que les modistes utilisent pour confectionner les chapeaux. La préparation de la paille, agrafée dans un premier temps sur un fil rigide qui va permettre de la plier, de la façonner pour obtenir les formes recherchées, est un travail long, patient, comme expiatoire entre chapelet et tapisserie. C’est une gestuelle répétitive et machinale qui engage le corps tout entier de l’artiste et que l’on pourrait peut – être rapprocher de Tiny Pick de Joscelyn Gardner (Barbade), voire classer dans des pratiques que l’on considère comme plus spécifiquement féminines.

Mais peut- on systématiquement lier le sexe de l’artiste et son registre de création?  Les poupées d’Alex Burke (Martinique) et les dentelles de papier de Marlon Griffith (Bahamas) le contredisent.

Jacqueline Fabien Nu endormi

Jacqueline Fabien
Nu endormi

Lorsqu’en 1990, Jacqueline Fabien (Martinique) peint ses Nus endormis, des corps d’homme tout en douceur, tout en rondeur aux cotés de corps féminins plus musculeux, elle se rapproche de la problématique du genre même si le fondement de sa réflexion, dans cette série, réside avant tout dans  la relation du peintre et de son modèle.

Shirley Rufin

Shirley Rufin

Aujourd’hui Shirley Rufin (Martinique) voile/dévoile des corps nus féminins ou masculins dans des photographies expérimentales.  Cependant son angle d’attaque n’est pas une revendication féministe mais plutôt le tabou de la nudité et les moyens de le dépasser.

Ella-Artiss Vulve

Ella-Artiss
Vulve

De même Ella-artiss (Martinique) inscrit sa démarche dans une forme d’intime réconciliation avec elle-même, un processus, loin de toute agressivité, de réappropriation d’une image personnelle, positive et confiante de son sexe de manière à lutter contre le dénigrement.

Cependant, une autre   jeune artiste aborde plus directement la thématique féministe.

Dans l’installation Vagina,  Kelly Sinnapah Mary (Guadeloupe) propose  une réflexion sur la  violence symbolique  qui s’exerce sur la femme  et  interroge l’hyper-sexualisation du rapport homme-femme ainsi que  la distribution des rôles au sein du foyer.

Kelly Sinnapah Mary Vagina

Kelly Sinnapah Mary
Vagina

Comment dialoguent aujourd’hui  les nus glorifiés de Céleste Woss y Gil (République Dominicaine), les mises en scène photographiques  narratives  de Renée Cox ( Jamaïque), les performances féministes de Janin Antoni (Bahamas ) ou d’ Ana Mendieta ( Cuba), la critique sociale ou historique exprimée au moyen de fragments de corps chez Raquel Païewonsky ( République Dominicaine) ou Joscelyn Gardner ( Barbade) ?

Dominique BREBION

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