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Atis Rezistans : l’art de récupération

Haïti , deux siècles de création présentée actuellement au Grand    Palais (Paris)  expose plusieurs artistes du groupe Atis resistans de la Grand’ rue. Haïti , royaume de ce monde avait permis de découvrir des oeuvres de ces mêmes artistes en Martinique il y a quelques mois. Mais c’est à Barbade, en 2003, lors du congrès international de l’Aica que ces plasticiens ont été dévoilés au public pour l’une  des toutes premières fois dans Sculptures urbaines.

 A la faveur de cet évènement parisien , pourquoi ne pas revenir sur la genèse de ce mouvement et réfléchir à ces propositions artistiques en quatre épisodes avec le critique d’art Gérald Alexis.

Ces articles ont été publiés en fin 2014 dans le Nouvelliste. Le Nouvelliste est un journal quotidien de langue française publié à Port-au-Prince, Haïti, fondé en 1898 par Guillaume Chéraquit. Le Nouvelliste est le plus ancien quotidien d’Haïti.

Georges Liautaud, Bossu trois cornes, collection privée

Georges Liautaud, Bossu trois cornes, collection privée

Atis Rezistans
L’art de récupération
Mémoire

Depuis sa première édition (2009), je me suis intéressé à la biennale de la Grand’rue, la Ghetto Biennale organisé par Atis Rezistans. Le rôle apparent d’artistes et de critiques étrangers dans cette manifestation m’avait inquiété, une inquiétude qui s’est renforcée lorsque j’ai visionné sur le net le documentaire de Leah Gordon. Il m’a semblé que, ces images d’une photographe connue pour ses images prenantes et souvent provocantes confirmait ce que disait déjà en 1947 le Dr. Louis Maximilien, à savoir que «le stade de fétichisme nous était déchu.» Mais vite, je me suis dit qu’il fallait dépasser cette première impression faussée quelque part par la distance. Et puis il y a cette vérité universelle qui veut que l’art que nous rejetons aujourd’hui, demain les générations futures vont apprécier. N’ai-je pas moi-même trouvé et prouvé génial la peinture d’Hector Hyppolite que mes ainés ont trouvé maladroite, «primitive».
Des obligations plus urgentes ne m’ont pas permis alors de poursuivre mes réflexions sur ce nouveau phénomène dans l’histoire de l’art haïtien. La deuxième édition (2011) de la biennale est alors venue ramener la question à mon attention et je me suis dit que cette distance dans l’espace qui me sépare de ce mouvement pourrait peut-être aider à l’objectivité de mes réflexions. Pour avoir une idée de comment était perçu cet évènement sur place, je me suis fait une obligation de lire tous les articles publiés dans la presse locale et je ne manquerai pas d’y faire référence à l’occasion.
De prime abord, il est important de dire que la récupération, dans le domaine de la création artistique, n’a rien de nouveau. Au début du siècle dernier, des artistes de l’avant-garde (Pablo Picasso, Joan Miro, Marcel Duchamp …) ont voulu montrer que l’on pouvait faire des objets à caractère esthétique avec des matériaux dits «indignes». Ce que je percevais de loin de quelques œuvres exposées à la biennale me semblait se rattacher à un mouvement apparu dans les années 1960-70 et qui, sous le nom de Fluxus, rejetait les institutions comme les musées et galeries et la notion même d’œuvre d’art. Plus près de nous, l’artiste Curaçolais Yubi Kirindongo s’est rendu célèbre par ses sculptures faites de rebuts de métal et de pièces de voitures. Il faut dire qu’à côté de ces cas isolés ou de ces groupes, il y a eu de nombreuses études plus générales, faites à travers le monde, sur la «récupération» comme procédé qui permet de faire sortir des formes du chaos des détritus. C’est donc quelque chose qui n’est pas propre à une culture particulière. Mais, s’il est vrai que les œuvres des Atis rezistans devront être considérées dans un contexte plus large, international, il faudra aussi tenir compte de leurs particularités et celles du milieu qui les a produites.

Gabriel Bien Aimé, Maman kochon ak pitit kochon, collection privée

Gabriel Bien Aimé, Maman kochon ak pitit kochon, collection privée

J’ai souvent dit qu’Haïti est le pays du recyclage. Des milliers d’anecdotes démontrent que les haïtiens ont l’art de récupérer et transformer des objets rejetés ou pas, de les arracher, en quelque sorte, à ce sort qui leur était destiné. Ceci est vrai dans les activités quotidiennes mais aussi dans la pratique de la religion populaire : le vodou. Les autels vodou proposent en effet un étalage d’objets, reconstitutions, entre autres, de poupées, une pratique rituelle qu’un Pierrot Barra a introduite sur le marché de l’art. Évidemment, on ne peut pas, dans tous les cas, parler d’une démarche artistique.
Le premier à faire ce que nous pouvons considérer comme un art de récupération est le forgeron Georges Liautaud qui, dans les années 1940-50 recyclait des clous de rail pour en faire des figurines représentant les loas. Plus tard il s’est servi de la tôle de vieux bidons d’huile pour y découper des formes. Les frères Louisjuste, Damien Paul, Serge Jolimeau, Gabriel Bien Aimé et des dizaines d’artisans ont suivi le chemin tracé par Liautaud et ont contribué à faire de la région de la Croix des bouquets/Noialles, le centre du «fer découpé».

GERALD ALEXIS

Critique d’art

Publié dans Le Nouvelliste le 26 novembre 2014

 

 

A suivre
Prochain article : La genèse d’un mouvement

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  1. Pingback: Atis Rezistans : Des corps archétypaux | Aica Caraïbe du Sud - 17 janvier 2015

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