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Victor Anicet : Restitution

Victor Anicet Restitution 1

Victor Anicet
Restitution 1

A son retour de Paris en 1967, Victor Anicet renoue avec une Martinique où la Négritude (1) connaît son apogée avec Césaire, Damas, Senghor. C’est aussi l’essor du mouvement des Black Panthers aux Etats-Unis. Cependant si le grand public concentre toute son attention sur l’héritage africain, il néglige ou oublie les premiers habitants de l’île, les Amérindiens. Pour Victor Anicet, s’intéresser à l’art amérindien et en restituer des éléments dans sa peinture et sa céramique est donc un cheminement volontaire, qu’il faut resituer dans le contexte de la recherche d’une esthétique caribéenne par le groupe Fwomagé  (2). La rencontre avec une personnalité d’exception, le Père Pinchon, qui l’a initié aux fouilles archéologiques sur le site de Vivé (3) au Lorrain, alors qu’il était encore enfant, a été également déterminante. Deux séries distinctes naîtront de ce patient travail de découverte, d’appropriation et de restitution : Invocations amérindiennes, suite de tableaux sur bois ou sur toile réalisée entre 1975 et  1989, puis Restitution, à partir de 1989, où dialoguent outre les graphismes arawaks ou caraïbes, des adornos (4) amérindiens, des tissus africains, des produits échanges  du troc triangulaire comme les fèves de cacao, le roucou, le café, les épices, la verroterie, réunis dans le tray traditionnel, détourné ici de son usage premier. A l’origine, objet du culte indou, le tray (5) a été utilisé comme objet usuel pour transporter la canne ou les pierres, ranger le linge repassé, isoler du sol un bébé endormi, jouer au serbi (6), avant de devenir une pièce de mobilier traditionnel, élégant plateau des salons créoles, équivalent du serviteur muet de Chippendale.

Pour Victor Anicet, il ne s’agit pas de copier mais de s’approprier les signes en les redessinant, les reproduisant à l’aide d’outils différents, en les agrandissant, en les épurant, en les détournant pour mieux les restituer. Rien d’étonnant à ce que sa formation initiale à la poterie et  à la céramique le prédispose à la patiente observation des poteries amérindiennes dont les ornementations – courbes, anneaux et volutes – les décors géométriques, aux traits gravés ou incisés en treillis losangés sont réinterprétés dans les toiles d’Invocations Amérindiennes.

Victor Anicet Restitution III

Victor Anicet
Restitution III

Ces entailles caractéristiques de la période saladoïde insulaire (7) réalisées sur la pâte séchée avant cuisson, au moyen d’un éclat coupant, sont retranscrites à la peinture acrylique sur les toiles. Victor Anicet expérimente de petites touches serrées dans l’esprit impressionniste, de larges touches plus libres, plus gestuelles dans des tonalités diverses, à dominantes ocre, vert, rouge et  vert ou encore parme et jaune. Progressivement la poterie arawak cesse de n’être simplement qu’un sujet d’inspiration. Dans la série Restitution, la matière – terre entre dans la composition de l’œuvre, comme cadre dans un premier temps  puis à l’intérieur même du tray. Victor Anicet y intègre en effet des adornos. Ce sont des moulages de décors des périodes saladoïdes et  troumassoïdes (8), au nombre de neuf ; l’artiste y associe, pour équilibrer la composition, trois adornos qu’il a conçus. Il peut s’agir très exceptionnellement d’un adorno authentique qui conserve alors sa teinte d’origine. Ainsi dans les trays, les signes se superposent, les graphismes amérindiens venant cannibaliser, pour reprendre l’expression de l’artiste, les tissages africains créant de nouvelles lignes et  contours métis.

Dominique Brebion

Aica Caraïbe du sud

Publié dans ARTHEME n°10 – avril 2002

1-      La Négritude est un mouvement littéraire initié par  Césaire, Senghor et Damas.

2-      Le groupe Fwomajé créé dans les années quatre – vingt par René Louise, Bertin Nivor, Victor Anicet, Ernest Breleur et Charles Edouard avait pour objectif de développer une esthétique plastique caribéenne

3-      Vivé est un site archéologique du Nord de la Martinique

4-      Les adornos sont des figures décoratives anthropomorphes ou zoomorphes des poteries amérindiennes

5-      Edouard Glissant,  Sartorius , Editions Gallimard

6-      Le serbi est un jeu de dés au cours duquel les joueurs parient de l’argent. Son nom lui vient du flambeau en bambou qui servait autrefois à éclairer le jeu.

7-      Cette période s’étend de 100 avant J-C à après 350 après J-C et doit son nom à la migration d’une population venant de Saladero (Venezuela) jusqu’au Petites Antilles

8-      La période troumassoïde correspond aux années 650 à 1000 après J-C. Les récentes recherches archéologiques ont affiné la périodisation

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