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A propos de Global Caribbean IV, une analyse de Carlos Garrido Castellano

Global Caribbean IV à Miami

Global Caribbean IV à Miami

‘La Créolisation peut-elle éviter l’incohérence? (…) Est-il impensable d’être dans le monde sans le poids de la géographie, sans configurer le site / le lieu où on se trouve, sans pour autant pouvoir révéler l’essence vitale de son identité; faire un mystère de son existence, de sa vie, des images de soi ?’

Michaeline Crichlow (2009), Globalisation et Imagination Post-Créole, xi.

Christian Bertin

Christian Bertin

Quel sens les Caribéens donnent-ils à l’expression ‘global’ aujourd’hui ? L’émergence de différentes générations d’artistes des Antilles francophones (‘une série de travaux de cette partie de la Caraïbe à qui –faute de mieux-on a attribué le terme de « Français »’) a transformé les pratiques artistiques caribéennes, contraignant ainsi tous les éléments impliqués dans l’art ‘local’ à s’adresser à un nouveau public et à élargir leur horizon. Bien qu’il soit difficile de nier leur importance, certains points, par exemple l’argumentation opposant local et global, l’expression de la tradition et de l’identité, la quête de la résistance, doivent s’inclure dans un discours plus large, basé sur les conditions de dialogue qui s’est établi entre les communautés caribéennes et le reste du monde.

Il semble que les artistes jouent un rôle actif pour ce qui est de souligner les grandes contradictions dans les communautés actuelles. Ce faisant, ils se situent au-delà d’une possible classification   s’agissant des matériaux  et des concepts artistiques , ne s’engageant dans le débat public que pour traiter de sujets tels que la race, la coexistence, le dialogue et la citoyenneté. Ceci est particulièrement visible dans la Caraïbe où tout effort de création revient à être confronté à des difficultés importantes pour survivre. Trouver des interlocuteurs pour partager leur expérience artistique semble préoccuper l’ensemble des artistes qui se sont engagés pour Global Caribbean IV.

L’art ne se réduit plus à une quête d’authenticité. Les créateurs se sont trouvés dans une situation proche de celle décrite par Michaeline Crichlow (op.cit. p.28), la créolisation en tant que ‘dynamique constante dans des systèmes ouverts complexes’. A partir de ce ‘Présent continu’, le discours comme nous le voyons ici reconfigure leur contexte : se situer dans une optique qui évite les choix binaires. S’engager parce qu’on est pour un lieu a toujours été très lourd à porter pour l’artiste antillais. Sans négliger l’importance des distances, un des succès majeurs de ces dernières décennies a été de s’ouvrir librement et d’interagir à partir d’un lieu avec d’autres régions du monde.

On peut observer cette attitude qui consiste à défier l’engagement à un lieu unique dans l’œuvre de Firmin ‘Ano’ et de Christian Bertin. Le premier, véritable pionnier pour ce qui concerne l’introduction de nouveaux medium dans l’art des Antilles Françaises s’intéresse     particulièrement à la réécriture d’une perception caribéenne du matériau artistique qui peut s’observer dans les objets du quotidien. Même préoccupation chez Bertin s’agissant de la nature et des multiples significations des objets ; dans son cas tout cela a débouché plus récemment sur un intérêt pour la démarche de performance et la réception de groupes de symboles  de provenances diverses.

Thierry Tian Sio Po

Thierry Tian Sio Po

L’ambigüité que Bertin et Ano transfèrent aux objets s’adresse chez Thierry Tian-So-Po et Philippe Thomarel aux imaginaires historiques. L’artiste Guyanais excelle à révéler la multiplicité baroque du passé Américain qui devient ici un pastiche constitué d’éléments de toutes provenances. Dans le cas de Thomarel, l’intérêt réside dans la représentation des contradictions inhérentes à la structuration des sociétés caribéennes. Questionnant la logique binaire présente dans plusieurs débats sur l’histoire de la région, il réussit à associer le passé et le présent dans une approche critique.

Le passé et le présent coexistent dans l’œuvre de Valérie John, Christophe Mert, Thierry Jarrin et Mirtho Linguet. John traite directement des problèmes reliés aux archives visuelles. Au cours de séjours fréquents en Afrique, cette artiste a développé une recherche autour de la notion de palimpseste qui interagit constamment avec la mobilité, le déplacement, et le manque de mémoires officielles et de témoignages du passé qui configurent l’histoire caribéenne. Les figures anthropomorphiques  de Mert et de Jarrin, elles, semblent surgir d’un moment indifférencié qui se superpose parfaitement à la situation de progrès des sociétés caribéennes. Les photographies de Linguet sont également l’expression du caractère hétérogène et international des contextes caribéens. La proximité des personnes représentées peut se lire comme une extension des espaces et des histoires communément reliées à la région.

Bruno Pédurand Les enfants duPère Labat

Bruno Pédurand
Les enfants duPère Labat

Dans les installations de Luz Severino et de Bruno Pédurand cette enquête critique se porte sur la société et la communauté. Questionnant la logique qui détermine la configuration des communautés humaines, tous deux examinent les situations pouvant déboucher sur de meilleures pratiques sociales          de cohésion. Laurent Valère et Jean-Marc Hunt configurent pour leur part, des imaginaires ludiques qui ne dévoilent qu’après une observation intense leur véritable aspect, plutôt dérangeant. Ils portent ainsi à notre conscience la distance qui existe entre représentation et réalité dans le contexte caribéen. Finalement, le dialogue se termine par les travaux de deux artistes d’expérience, Ernest Breleur et Louis Laouchez, dont la recherche autour d’un langage contemporain sur des sujets caribéens a été essentielle dans la rénovation des pratiques artistiques de ces dernières décennies.

 ‘Du point de vue du curateur,’ nous pouvons souligner la rencontre de deux des voix les plus actives de la région, celle d’Edouard Duval Carrié, et de la Fondation Clément, qui, indéniablement sont en train de structurer la nouvelle image des arts visuels caribéens, en rassemblant des expériences non tributaires de visions restrictives d’identité et d’appartenance. Tout au contraire, elles semblent prendre la mesure de la richesse et de l’hétérogénéité de la créativité aujourd’hui. L’importance de nouveaux imaginaires caribéens tels que ceux-là est, donc enrichie par leur volonté de briser les obstacles entre les systèmes artistiques locaux, permettant ainsi aux créateurs d’établir une relation plus détendue avec des publics de lieux divers et de s’insérer directement dans le territoire de l’art contemporain.

En configurant une réalité archipélagique, un ensemble unifié mais non rigide, les artistes antillais sont en train de générer un mouvement culturel sans précédent dans la région. Ainsi, les narrations de l’art caribéen se relient à ce désir affirmé de se localiser  dans l’espace, plus qu’à toute autre délimitation temporelle, formelle, ou thématique. Parmi les artistes étudiés on pouvait observer, dans cette optique, le besoin de s’insérer dans un contexte spécifique bien que difficile à délimiter, qui s’étendrait de façon à atteindre tout autre point du globe.

Valérie John

Valérie John

Carlos Garrido Castellano, PhD

University of Granada (Spain)

Department of Art History

Facultad de Filosofía y Letras

Campus de Cartuja S/N 18071 Granada (Spain)

AICA (International Association of Art Critics)  Caraïbe du Sud

Traduction Suzanne Lampla

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