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Ismail Isshaq, les nouveaux visages venus du Ghana

© Artprice

La scène artistique ghanéenne suscite un intérêt de plus en plus fort, de plus en plus pressant. Les acteurs du marché de l’art international suivent les nouveaux artistes ghanéens à l’aune des succès récents d’El Anatsui, Ibrahim Mahama ou Amoako Boafo. Trois artistes qui ont ouvert une voie, contribuant à faire tomber les barrières entre l’art contemporain occidental et l’art africain, et dont les montants négociés pour les œuvres a permis d’ajuster les niveaux de prix entre artistes occidentaux et artistes africains.

Les artistes ghanéens se trouvent désormais exposés à côté d’artistes mondiaux très établis. Ils sont attendus dans les expositions et sur les grands salons d’art d’Europe et d’Amérique du nord, et les prix qu’ils atteignent aux enchères dépassent constamment les estimations : un phénomène enclenché il y a deux ans, peu après l’ouverture du tout premier pavillon du Ghana à la 58e Biennale de Venise (2019).

A défaut d’avoir été découvertes sur cette Biennale de Venise, les œuvres d’Ismail Isshaq ont été mises en lumière au même moment par le travail de la galerie Efie, mais aussi par Christie’s, première société d’enchères mondiale, qui a grandement contribué à son rayonnement auprès des collectionneurs internationaux. Aujourd’hui, la demande est impérieuse pour cette peinture exubérante se réclamant d’une Semi-abstraction infantile.

Créer à contre-courant

Ismail ISSHAQ est né en 1989 à Accra, capitale du Ghana où il vit toujours. Après avoir obtenu son diplôme du Ghanatta College of Arts and Design en 2012, il réalise qu’il lui faut désapprendre pour réapprendre, tout en ancrant son travail dans la culture sociale et les réalités politiques du 21e siècle. Sa voie pour y parvenir : se centrer sur la figure humaine, vecteur naturel d’empathie, à travers une réduction majeure du sujet tendant vers un grotesque qui le fascine. En résulte des visages ultra-stylisés aux accents naïfs, une peinture empâtée parsemée de collage et d’objets de rebut, une “Semi-abstraction infantile”pour tourner autour des thèmes de l’identité, de la résilience, “du pouvoir et de l’espoir” ; et, selon ses mots, “représenter les masses et défendre les sans-voix”.

À l’heure où les artistes africains émergents excellent sur la voie d’un portrait figuratif sophistiqué, les toiles d’Isshaq tranchent. Remarquées en s’inscrivant à contre-courant, elles s’exposent dans son Ghana natal puis à l’étranger : New York, Miami, Londres, Dubaï et Cape Town. En 2015 et 2016, l’artiste est présélectionné pour le prix Kuenyehia pour l’art contemporain et il est reçu parmi les 100 finalistes du concours d’art L’Artelier, sponsorisé par Barclays à Johannesburg. En 2019, il est sélectionné pour le prix GUBA (États-Unis) visant à mettre l’accent sur les artistes influents du moment. Surtout, il expose dans les locaux londoniens de Christie’s aux côtés d’El Anatsui dans le cadre de l’exposition Material Earth, co-organisée par Christie’s et la galerie Efie. Deux ans plus tard, ses œuvres déclenchent d’incroyables batailles d’enchères.

Ismail Isshaq : répartition du produit des ventes aux enchères (copyright Artprice.com)

Deux ans pour s’imposer

Après l’exposition Material Earth, Christie’s a attisé la flamme des collectionneurs en publiant sur son site internet un article consacré au Ghana (‘The eyes of the art world are on Ghana right now, and they like what they see’). L’occasion d’interroger Kwame Mintah, co-fondateur de la galerie Efie, sur l’intérêt grandissant que suscitent les artistes ghanéens auprès du monde entier. Les raisons invoquées de ce succès passent par le gain de visibilité extraordinaire de la biennale de Venise de 2019, mais aussi par le fort développement du maillage artistique et commercial d’Accra, où sont implantées la majorité des galeries, notamment la Gallery 1957 qui a vraiment changé la donne pour l’art au Ghana. Cette puissante galerie 1957 compte trois espaces dans la ville, dont le principal, stratégiquement situé au sein d’un hôtel cinq étoiles “où séjournent des représentants du gouvernement, des hommes d’affaires et d’autres personnalités importantes” -, a donné un énorme coup de pouce à la scène artistique locale.

Il se trouve Ismail Isshaq est défendu par la galerie 1957 _ qui a aussi ouvert un espace à Londres en 2020 _ en plus de sa galerie dubaïote Efie. Le jeune artiste n’a donc pas eu besoin du soutien d’une grande galerie londonienne ou new-yorkaise pour rayonner. Bien sûr, Christie’s a joué un rôle essentiel en faisant résonner le nom d’Ismail Isshaq auprès de son puissant carnet d’adresses via l’exposition Material Earth. En 2021, la première toile vendue par Christie’s, Epoch I (2018, image ci-contre), a d’ailleurs terrassé une estimation proposée autour de 13 000$ pour s’arrêter à 131 000$ (164 000$ frais inclus, vente en ligne Christie’s Londres, octobre 2021). Cette même oeuvre atteindra 340 900$ en juillet 2022, lors d’une vente orchestrée par Holly International à Canton.

À l’issue de l’année 2021, les sept œuvres d’Isshaq présentées aux enchères avaient généré un million de dollars. Fin octobre 2022, 40 œuvres se sont déjà vendues par le biais des enchères, pour un montant de 3,7 millions de dollars. En moins d’une année, son résultat sur le marché international des enchères est quasiment multiplié par quatre ! Un succès fou, confirmé par la réception de ses toiles sur le dernier salon 1-54, à l’issue duquel la galerie 1957 rapportait avoir très rapidement vendu les dix œuvres d’un solo show dédié à l’artiste…

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