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La station culturelle hors les murs

La Station Culturelle, association créée en 2018, a pour objectif le soutien et la diffusion de la jeune création contemporaine. Elle accueille le public au 33 Rue Perrinon, Fort de – France, Martinique dans un espace convivial de rencontres et une petite salle d’exposition mais développe également une programmation hors les murs. Du 10 septembre 2022 au 14 janvier 2023, elle présente l’exposition, Poétique de l’Ipséité à Lafayette en Louisiane, en partenariat avec le Centre Acadiana pour les Arts.   Eline Gourgues, coordinatrice de l’association La Station Culturelle et co-commissaire de cette exposition en présente les grandes lignes dans un entretien avec Dominique Brebion

Poétique de l’Ipséité, vue générale

Bonjour Éline, vous revenez de Louisiane où vous avez coorganisé une exposition qui s’appelle Poétique de l’Ipséité et j’aimerais dans un premier temps que vous nous parliez de la stratégie de la Station Culturelle en matière de projets hors les murs.

Depuis quelques années nous travaillons dans une optique de coopération internationale. Le soutien et la diffusion à la scène artistique caribéenne constituent l’axe majeur de nos statuts et dans cette optique-là, nous inscrivons les artistes, déjà dans une scène locale, ensuite dans une scène nationale en lien avec la France, puis dans une scène internationale. C’est essentiel pour la Caraïbe parce que la Caraïbe est internationale et ça se ressent aussi dans les pratiques artistiques, la façon de produire les œuvres, d’en parler comme dans le contenu des œuvres.

Nous essayons, avec Elena Arnoux, de développer la Station Culturelle sur le plan international, à la fois dans la Caraïbe, sur les continents voisins (en Amérique latine ou en Amérique du Nord), mais également en l’Afrique de l’Ouest où nous avions déjà des connexions.  Nous travaillons aussi au développement de projets afro-caribéens entre le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Nous n’avons pas encore atteint le pan de l’Europe, parce que pour le moment nous sommes déjà bien occupés avec tout ça mais l’idée c’est de pouvoir inscrire la scène caribéenne dans une scène internationale.

Quelle est la part des projets hors les murs par an. Est-ce que votre charte prévoit un certain nombre de projets hors les murs par an ?

Il y a différentes typologies de projets hors les murs. Au niveau international, nous avons ce premier projet, Poétique de l’Ipséïté. Et l’année prochaine, nous avons d’autres projets hors les murs avec une programmation vraiment afro-caribéenne tout en continuant à saisir les opportunités qui s’offrent à nous comme celle de la Guyane. Nous avons été sollicitées directement par le Centre d’Art pour un commissariat d’exposition.  Nous sommes deux en équipe curatoriale et trois en tout à la Station Culturelle.

Poétique de l’Ipséité, vue générale

Vous êtes trois commissaires pour Poétique de l’Ipséité dont un en Louisiane. Comment vous êtes-vous organisés pour travailler à distance ?

Nous sommes habituées à travailler à distance puisque nous vivons dans  une île donc ce n’est pas quelque chose qui nous freine. Et maintenant, avec le COVID, le monde entier travaille en distanciel. Nous avons été contactées avec une invitation du consulat de France de la Nouvelle-Orléans.  Le directeur artistique de l’Acadiana Center for the Arts était à la recherche de jeunes commissaires d’exposition pour favoriser l’émergence de la pratique curatoriale.

MY Dieng , Creol concubine

Nous avons convenu du thème à savoir explorer les variations des identités créoles et à partir de là, nous avons eu des visio- conférences régulières pour proposer des artistes, conduit plusieurs brainstormings pour défendre nos positions, expliquer pourquoi nous voulions présenter tel artiste plus qu’un autre mais il y a aussi une réalité dont il faut tenir compte, qui est celle du budget, de l’espace, également. L’espace est magnifique, avec plus de de 100 m² et une hauteur sous plafond de 6 mètres. Cinq artistes sont exposés. Chaque artiste a un espace défini, mais tout communique. C’est un grand hall avec des cimaises. Il n’y a pas de séparation.

Pouvez- vous nous présenter les artistes ?

Ces cinq artistes sont Gwladys GAMBIE (Martinique), Jérémie PRIAM (Martinique), Tabita REZAIRE (Guyane), Modou DIENG YACINE qui lui, vit entre le Sénégal et les États-Unis, à Chicago et Saint-Louis du Sénégal.  Enfin, Miss Rebecca HENRY, qui, elle, a 91 ans.

Rebecca Henry, The Three of Us

Nous avons vraiment pensé cette exposition comme un trio de commissaires. Nous avons commencé par proposer plusieurs artistes caribéens (Gwladys, Jérémie, Tabita). Pour Jaïk Faulk , le troisième commissaire qui est directeur artistique du Centre d’Art, c’était important d’inclure quelqu’un de la communauté locale dans l’exposition parce que celle-ci parle d’ipséité, donc de l’identité créole et de l’identité créole francophone. C’est aussi pour ça qu’il n’y a que des artistes francophones. Par exemple Modou a travaillé une série entre Lafayette et Saint-Louis du Sénégal, sur les similitudes qu’il y a par rapport à l’histoire coloniale de France.  Saint-Louis du Sénégal est une ancienne colonie, ainsi que Lafayette.

MY Dieng French quarter

Nous avons pensé l’exposition comme un projet vraiment évolutif. Il y a déjà quatre lieux d’exposition après la Louisiane.  Potentiellement, l’exposition ira à New York, ensuite en Martinique, puis en Côte d’Ivoire, éventuellement au Sénégal – on essaie d’avoir un espace pour la prochaine biennale.  C’est important aussi pour nous de montrer cette identité francophone créole en France, mais pas à Paris, et toujours dans cette optique de ne pas tout centraliser à Paris, de pouvoir la montrer dans une ville qui peut répondre à ces problématiques coloniales. Nous avons donc choisi Marseille, par rapport au bassin méditerranéen et à l’histoire d’Algérie.

Dans chacune des étapes, un artiste du territoire rejoindra à l’exposition. L’idée, ce n’est pas de produire pour produire, mais de proposer à la structure d’accueil de pouvoir s’associer au commissariat et de proposer un artiste qui peut répondre à cette identité francophone, à la difficulté d’être soi-même quand on est au milieu de toutes ces cultures, de toutes ces influences, de toutes ces différences et de ce qu’est vraiment la représentation de soi.

Les artistes ont-ils produit une œuvre spécialement pour cette exposition ou est-ce que vous avez sélectionné des œuvres dans leurs ateliers ?

Nous avons sélectionné des œuvres déjà existantes qui correspondaient au propos curatorial que nous avons élaboré tous les trois. Par exemple, nous avons sélectionné les deux vidéos que Jérémie PRIAM a produites lors de sa résidence à la Cité des Arts de Paris, Identité syncrétique (2021) et Naissance d’une république afro futuriste (2022) toutes deux réalisées  à la cité internationale des arts.  La première questionne l’identité syncrétique. Il filme une déambulation performative. Ça parle de la déambulation d’un Antillais dans les rues de Paris, au syncrétisme de ses deux identités caribéenne et française.

Jérémie Priam, Piège à Dorliss

Et nous avons présenté la seconde vidéo qui s’appelle Naissance d’une République afrofuturiste où il propose la création d’un nouveau territoire qui rassemblerait toutes ces identités différentes, toutes ces identités syncrétiques.  Ce sont les objets qu’il a inventés pour communiquer avec cette République que nous avons présentés. Il y a par exemple des lunettes pour voir les choses sans le filtre colonial, des téléphones pour pouvoir joindre la République afrofuturiste.

Jérémie Priam, masque de connexion

Gwladys travaille principalement sur les notions du corps et de paysages.  Nous avons exposé Anatomie du sensible. Il y a aussi deux draps qu’elle a peints et brodés en rouge ; elle a également écrit des textes revendicatifs en créole et en français présentant une conque de Lambi avec une plante à l’intérieur et quelques piques en résine.

Gwladys Gambie, Cartographie sensible détails mars 2021

Ensuite, Nous avons fait reproduire un dessin de Gwladys en format géant par une artiste de Lafayette, Cartographie du sensible, qui représente la conque de Lambi en forme d’île martiniquaise, avec toujours les palmiers pour casser le regard doudouiste qu’on peut avoir sur ces îles.

L’artiste de Louisiane, Rebecca Henry présente de la peinture et des dessins, auxquels elle associe des histoires, des histoires très personnelles, écrites de manière très poétique où elle raconte l’histoire de sa vie.

Rebecca D Henry Its Your Turn

De Tabita Rezaire, nous avons choisi d’exposer cinq tirages sur fibre naturelle, Inner Fire. Ce sont cinq autoportraits numériques grandeur nature qui explorent les politiques et les imaginaires d’identité, les aspirations, les contradictions de l’artiste comme femme noire naviguant dans les différentes architectures sociales qu’on peut retrouver dans nos canaux de communication.

C’est-à-dire que Tabita Rezaire travaille principalement sur la cybernétique. Elle souligne comment nos canaux de communication actuels ont déjà un discours colonial et analyse toute la complexité des sentiments que cela peut provoquer dans la définition de sa propre identité. Les cinq tirages incarnent les archétypes de la femme noire vis-à-vis de la sexualité, de la spiritualité, de la technologie, du capital. Il y a également une vidéo, Premium Connect.

Poétique de l’Ipséité, vue générale

L’idée, ce serait de pouvoir montrer l’exposition en Martinique, toujours dans cette optique de soutien et de diffusion à la scène caribéenne  dans un contexte international mais montrer qu’une exposition internationale peut être aussi présentée à la Martinique et donc permettre ces échanges là.

J’ai oublié de vous préciser qu’un panel en ligne va être organisé en novembre autour de la beauté absurde de la Caraïbe, toujours dans ces questionnements, toujours dans cette ubiquité d’être, par les origines, à la fois un peu partout et nulle part.

Nous travaillons avec une commissaire d’exposition, Patricia Encarnacion , qui vit à New York, qui est de République Dominicaine et qui travaille sur ces questions là. Ce sera donc elle notre modératrice et nous invitons différents artistes et acteurs culturels à participer au panel sur ces questions de beauté absurde.

Vous développez aussi des projets hors les murs sur le territoire de la Martinique avec des structures culturelles ?

Effectivement, il y a eu Adan en kalbass, I ni dé kwi, créé en lien avec le CNAP, sous la forme de résidences d’artistes avec une restitution à La Favorite.

Nous présentons également l’exposition de photographies de Robert Charlotte, Garifuna, aux Foudres HSE de l’Habitation Saint – Etienne au Gros Morne jusqu’en janvier prochain. L’idée, c’est de toujours pouvoir proposer des expositions à nos lieux partenaires.

Nous avons également réalisé une exposition au Saint-Esprit, sur une artiste espagnole, avec la Revue Zist, qui s’appelait Hardboiled Wonderland sur la jeunesse caribéenne.

Il y a aussi toutes nos actions dans l’espace public avec Bahbou Floro ou Fabienne Pelage ou encore, dans les prochains mois avec d’autres artistes.

Fabienne Pelage va mener une étude sur le ressenti des citoyens vis-à-vis de la position de Fort-de-France comme ville de Street Art ; également une proposition de parcours touristique pour les publics malvoyants ou non-voyants, avec la création de capsules sonores descriptives pour ce type de public sur certaines fresques sélectionnées

 Bahbou Floro, va créer des Parcours Siwo Boys à Fort-de-France. Ce seront des parcours de médiation culturelle sur des thématiques sur des façades de bâtiments de Fort-de-France permettent de découvrir Fort-de-France d’une autre manière, d’une manière artistique. Les parcours s’articuleront autour de différentes thématiques : la puissance des femmes, l’eau, l’architecture.

La politique hors les murs, c’est vraiment l’essence de La Station culturelle. Les mots- clés :  la coopération et la mutualisation.

Poétique de l’Ipséité, vue générale

Ça nous permet d’avoir des projets de plus grande ampleur, parce que nous connaissons aussi les réalités du territoire et les difficultés que ça engendre, ne serait-ce que sur la mobilité et la production artistique. Ainsi, en travaillant, en mutualisant et en coopérant, ça permet de faire de plus grands projets. Ce n’est pas nous qui pouvons tout changer évidemment, mais je pense que c’est important de penser comme ça. En tout cas, c’est vraiment notre politique en matière de coopération internationale.

Discussion

Une réflexion sur “La station culturelle hors les murs

  1. Merci beaucoup très ému de lire ceci.

    Publié par Priam | 3 octobre 2022, 16 h 04 min

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