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Stedy Theodore, l’expérience d’une création protéiforme

C’est le parcours d’un jeune plasticien de Martinique que le blog de l’Aica Caraïbe du Sud vous présente aujourd’hui. Entre peinture, installation, photographie, création de bijoux, photographie de mode, direction artistique, consulting et thèse de doctorat, Stedy Théodore poursuit ses objectifs avec ténacité et talent.

Dominique Brebion 

Bonjour, Stedy.  Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Stedy Théodore

Je suis Stedy Théodore, étudiant chercheur en deuxième année de doctorat à l’université Rennes 2. Je suis inscrit au sein du laboratoire Pratiques et Théories de l’Art Contemporain où je mène des travaux de recherche sous la direction de Philippe Le Guern qui est anthropologue et directeur de l’unité de recherche PTAC en ce moment.

J’ai grandi en Martinique, j’en suis parti pour faire mes études à Rennes 2 où j’ai commencé une licence d’arts plastiques, un Master recherche et je poursuis maintenant mon doctorat là-bas. Je vis et travaille entre Paris, la Martinique et Rennes où je vais occasionnellement pour des rendez-vous.

DB

Quel était votre projet professionnel quand vous avez choisi votre cursus d’études ?

ST

Quand j’ai choisi mon cursus d’études, je n’avais pas de projet défini. Je m’intéressais beaucoup à l’art. Initialement j’ai eu un bac STI2D (sciences et technologies industrielles du développement durable) avec une spécialisation architecture et construction, je voulais être architecte. Pendant l’année du bac, je me suis rendu compte que ça commençait à m’ennuyer, déjà dès le bac, mais l’art, en général, m’intéressait. Je me suis donc demandé pourquoi ne pas aller vers l’art et après j’aurais le temps, au bout d’un bac+3, d’affiner mes recherches et de savoir ce que je voulais faire.

Je voulais commencer par une mise à niveau en arts appliqués à Paris, j’ai été reçu dans plusieurs universités en licence donc je me suis dit que j’allais essayer. En première année de licence, j’ai beaucoup aimé l’aspect pluridisciplinaire, ce n’est pas académique, c’est vraiment du pluridisciplinaire et il y avait déjà une orientation vers la recherche, ça m’a beaucoup plu. J’ai poursuivi ma licence et j’ai continué en Master. Jusqu’à ce moment-là, je n’avais toujours pas de projet défini. J’aurais pu être directeur artistique, je travaillais un peu dans la mode également donc j’aurais pu être directeur artistique dans la mode, dans la photographie. Ce qui m’intéressait, c’était de ne pas être spécialisé tout de suite, mais d’apprendre le plus possible de façon générale.

Pendant mon Master, je me suis rendu compte que la recherche était passionnante et débouchait sur plusieurs opportunités comme la critique, le commissariat, l’acquisition, une pratique plastique donc jusque-là, je n’ai pas fermé les voies. J’ai également continué à me professionnaliser et à avoir une pratique de producteur dans la mode et dans l’image.

Ce n’est qu’entre le Master et la thèse que je me suis dit que j’aimerais bien devenir commissaire d’exposition et à ce moment-là pour débuter, j’ai été coordinateur dans une galerie, j’ai compris comment ça se passait, ce qu’on faisait  dans une galerie, comment ça fonctionnait. C’est comme cela que j’ai poursuivi, affiné mon projet post doctoral.  Avant même de commencer la thèse, on vous demande ce que vous allez faire après. C’est à ce moment-là que j’ai défini mon sujet et que j’ai voulu me spécialiser sur ce paradigme caribéen. 

DB

Est-ce que vous pouvez nous rappeler le titre de votre thèse ?

ST

Le sujet de ma thèse est le suivant : De l’intention à l’héritage de l’œuvre. La créolisation comme concept de création.

DB

Est-ce que vous pouvez nous expliquer cette idée de créolisation comme concept de création ?

ST
Comme je vous ai dit, j’ai eu un cursus de recherche. J’ai commencé par un mémoire de recherche en Master qui s’intitulait Un équilibre dans l’excès, la créolisation comme concept de création. Ce sous-titre était donc déjà présent.  La particularité de l’université Rennes 2, c’est d’exiger que les étudiants en Master recherche aient une pratique artistique. Dans d’autres universités, on peut rédiger son mémoire sur un artiste, sur un courant, mais à Rennes 2, ce n’est pas possible. Dès la licence 3, j’ai dû me mettre à peindre. Dans ma peinture il y avait des   apports très variés mais qui étaient équilibrés.  Je cherchais à comprendre pourquoi je peignais comme ça, ce qui se passait dans la peinture, comment on pouvait en parler. C’est pourquoi je parle d’un équilibre dans l’excès.

Au début mes professeurs – d’éducation occidentale – , qui ont une approche (qui peut-être) dominant/dominé sur les cultures caribéennes, voyaient, un étudiant noir qui peignait avec énormément de couleurs, parlaient tout de suite de métissage.  Ce n’est pas ce que je voulais exprimer dans ma peinture. Donc j’ai cherché à caractériser ma peinture et à trouver une notion juste.

Vue de la Galerie Art & Essai – Université Rennes 2 – 2018. photo de soutenance

Un jour un enseignant m’a dit « tu viens de la Martinique, qu’est-ce qu’il y a de spécifique, excepté les couleurs des tropiques, pour caractériser ta pratique ? » J’ai continué à lire et l’évidence a été la créolisation d’Édouard GLISSANT. Ma peinture n’est pas juste un métissage de couleurs ou de techniques, c’est plutôt une créolisation.  Dans Introduction à une poétique du divers, Edouard Glissant explique très bien ce qu’est la créolisation et je me suis demandé comment mettre en évidence une analogie entre la créolisation dans la littérature, l’anthropologie et les arts plastiques.

Si vis pacem, para bellum – Vue de la Galerie Art & Essai – Université Rennes 2 – 2018

Je parlais énormément d’une rencontre entre l’abstrait et le figuratif dans ma peinture et ce qu’on a tenté de faire, c’est de comprendre comment on pouvait parler de créolisation dans les arts plastiques, aussi bien d’un point de vue didactique sur cette rencontre entre deux éléments qui créent quelque chose de nouveau, mais aussi d’un point de vue peut-être plus analytique où on se demande ce qu’apporte la créolisation au sens anthropologique, dans les pratiques artistiques contemporaines.

DB

Pour parler de votre peinture, vous avez dit que votre pratique picturale est née au moment de votre mémoire, c’est-à-dire qu’il fallait que vous ayez un support de création pour rédiger votre mémoire. Donc vous avez commencé relativement récemment ?

ST

C’est en lisant un extrait du texte Logique de la sensation – de Gilles DELEUZE sur Francis BACON – que je me suis demandé ce que je voulais dans ma peinture. Qu’est-ce qui m’intéressait :  la sensation ? Gilles DELEUZE parle du diagramme, de la façon dont la peinture commence, avant même d’être posée sur le support. C’est comme ça que ma pratique de la peinture est née. On était donc en 2015/2016.

DB

Est-ce que vous pensez aujourd’hui que vous avez réussi à appliquer, dans la pratique picturale, le concept de créolisation comme principe de création ?

ST

Je ne pourrais pas dire parce que je ne sais pas si mon point de vue serait suffisamment objectif, mais je pense qu’on a saisi quelque chose déjà du point de vue théorique. Mais comme la créolisation, elle-même, est un concept qui est en perpétuel mouvement, un processus qui évolue, je me dis que j’ai peut-être saisi quelque chose de la créolisation dans ma peinture mais je me dis aussi que ce processus n’est pas figé.

C’est d’ailleurs ce que j’ai essayé d’étudier ces derniers jours puisque je n’avais jamais produit de peinture en Martinique. Je vivais à Rennes dans mon petit appartement avec des conditions de création particulières.  C’est très illustratif, mais ça me permet aussi d’observer des nuances.  Quand on peint dans un petit appartement de 35 m², on a trois toiles empilées.  On crée un univers pictural à partir de souvenirs, de choses qu’on ne voit plus ou qu’on ne  voit qu’en photo.  Aujourd’hui je me retrouve en Martinique dans une maison à la campagne avec une grande véranda où je peux mettre davantage de toiles les unes à côté des autres. J’ai énormément de place, je peux m’arrêter quand je veux et recommencer quand je veux, j’ai juste à aller dans le jardin cueillir une fleur et essayer de m’en inspirer.

Ce sont des procédures différentes donc, effectivement, la créolisation est là, mais rien n’est figé.

DB

Puisque la créolisation est la fusion d’apports divers, dans votre pratique picturale quels sont les différents apports ? Comment fusionnent-ils ?

ST

Les différents apports sont à la fois présents dans le vocabulaire pictural, mais aussi dans la technique. J’ai choisi l’abstraction parce que j’avais du mal avec le figuratif. « Les grands gestes fulgurants » de Bacon :  venir gratter, détruire avec un chiffon, m’intéressaient.  Dans ma peinture abstraite, de façon inconsciente, je saisissais les figures qui apparaissaient pour les définir un peu plus.

Au début mes premiers tableaux, ce sont des méduses qui sont apparues, mais je n’avais aucune volonté de faire apparaître des méduses et j’ai compris qu’il y avait une confrontation entre l’abstraction et la figuration donc la rencontre de ces deux éléments.  Le tableau final n’était ni abstrait, ni figuratif, mais il fonctionnait. On entend souvent- et c’est quelque chose avec quoi je ne suis pas vraiment d’accord – « oui, c’est un artiste caribéen, il y a de la couleur, ça se voit » alors qu’il y a beaucoup d’artistes caribéens qui peignent en noir et blanc donc je pense qu’il faut déjà nuancer cela.

Mon vocabulaire pictural varie en fait d’apports du divers, il vient aussi bien de mes voyages à Copenhague, à Londres, en Allemagne, toutes ces choses-là font que j’ai un vocabulaire divers qui crée cette rencontre.

DB

 Est-ce que vous pouvez me donner un exemple d’éléments différents dans votre vocabulaire plastique ?

ST

Bien sûr, par exemple je pense à des artistes que j’aime énormément comme Cy Tombly et Gerhard Richter et d’un autre côté il y a aussi Hervé Télémaque. Il y a des figures dans mes tableaux abstraits, des figures bien définies. Je viens faire des petits dessins comme des petits fruits qui apparaissent et en toile de fond.

DB

Quand je regarde votre site, j’ai l’impression que vous avez aussi une pratique photographique ? Et particulièrement de photographe de mode ?

Anna Wintour, Paris women’s Fashion Week Spring Summer 2017 (octobre 2016)

ST

J’ai toujours été passionné par la mode. Ma mère et une de mes tantes font de la couture, je ne sais pas si ça vient de cela. Au début, je me disais que j’aurais bien voulu être styliste. J’ai alors acheté des magazines pendant longtemps et je consommais énormément sur Internet, dans les défilés. J’ ai développé une culture de la mode très tôt.

Ensuite, quand j’ai eu l’opportunité de partir faire mes études, je me suis demandé comment mieux connaître ce monde que je n’ai pas en Martinique ? J’ai alors commencé à prendre des photographies, ce qu’on appelle des photos de Street Style.  Des clichés de personnalités qui se rendent aux défilés de mode, à la Fashion Week et avant la Fashion Week, des personnes élégantes dans les rues. J’ai développé cette pratique en duo avec un ami à Paris et à Rennes.

Jan-Michael Quammie & Tamu McPherson, Milan men’s Fashion Week Spring Summer 2018 (Juin 2017)

Ensuite en 2016, je suis allé à la Fashion week.  J’ai commencé par Londres.  Et certaines personnalités de la profession ont commencé à regarder mes clichés.

DB

J’ai vu que vous avez fait des photos pour Vogue en 2017. Est-ce que vous pouvez m’expliquer comment un jeune artiste, qui vient des Antilles, un jeune étudiant, qui plus est, parvient à se faire embaucher par Vogue ? C’est quand même assez exceptionnel.

Photo publiée dans le Vogue Brésil

ST

Je pense que c’est la volonté et l’audace.  Avec mon ami, nous avons créé un blog ; nous avons publié des articles, illustré nos articles avec nos photos, parlé de mode.  Nous avions un lectorat fidèle aussi bien en Martinique, qu’à Paris, dans la diaspora. Nous avons eu envie d’aller plus loin.

Nous avons présenté notre blog aux bureaux de presse pour nous faire inviter aux défilés. Nous avons enchaîné la Fashion Week hommes, la Fashion Week Haute Couture. Notre blog était très visité.  Nous avions également des amis photographes qui venaient de Londres, de Californie, un peu partout dans le monde qui travaillaient pour le Elle, le Glamour, le Vogue.  J’ai envoyé un mail à tous les rédacteurs en chef. Le Vogue Brésil m’a répondu. Ils n’avaient pas énormément de budget. Ils proposaient un faible défraiement contre une accréditation officielle comme contributeur. C’est comme ça que mes photos ont été publiées dans le Vogue Brésil.

Photo publiée dans le Vogue Brésil

DB

Est-ce que vous poursuivez dans cette voie ?

ST

J’ai continué ensuite pendant une saison.  Puis, j’ai arrêté pour travailler dans une galerie comme coordinateur. En même temps, j’étais vendeur dans le prêt-à-porter à Rennes et financièrement c’était beaucoup plus intéressant.  Cela me permettait de financer mes études, d’acheter des toiles donc il y avait des choix à faire. Par contre j’ai continué la photo de mode à mon retour en Martinique en 2019 où j’ai commencé à assister Georges Emmanuel Arnaud qui est retoucheur de mode, qui m’a appris énormément de choses sur la photo studio de mode. J’ai fait un peu de production avec lui, dans son studio de Martinique entre 2019 et 2021. Maintenant je fais une petite pause pour me concentrer sur ma thèse.

DB

J’ai vu aussi, sur votre site, qu’il y a une maison Stedy THEODORE qui crée des bijoux.

Création MAISON STEDY THEODORE

ST

Oui, c’est ça.

DB

J’avoue que j’ai parfois du mal à faire le lien entre toutes ces facettes.

ST

C’est compliqué, même pour moi. Je ne sais pas comment expliquer cela, s’il faut l’expliquer ou pas, je ne sais pas si je suis un hyperactif de la création parce qu’il me faut constamment faire quelque chose, dès que j’ai fini un projet, il faut que j’en commence un autre et les bijoux, je crois que d’un point de vue professionnel, c’est l’activité la plus ancienne.

Création MAISON STEDY THEODORE

J’ai commencé à faire des bijoux quand j’étais en troisième au collège. Une tante m’avait offert un petit kit de bricolage pour faire des bracelets ou que sais-je.  A l’époque les bijoux fantaisie étaient à la mode, je me suis mis à en faire, à acheter des perles au centre-ville, il y avait des amis ou de la famille qui achetaient des petits bijoux, ça me faisait de l’argent de poche et très tôt, très vite j’ai eu ce goût de l’entreprenariat.  Je vendais mes bijoux, j’avais de l’argent de poche, je sentais que j’avais cette nécessité d’être indépendant parce que je savais ce que je voulais. Il fallait que je me prépare à cette indépendance financière et je me suis dit que c’était une opportunité. Ma créativité au service de mes besoins. J’ai fait un stage dans une bijouterie fantaisie, j’ai continué à apprendre, à me former et les deux dernières années de lycée, j’avais des stands dans des salons en Martinique.  Les jeunes filles achetaient énormément de chevillières, de chaînes de corps, ça m’a permis d’avoir pas mal d’économies pour partir faire mes études.

Ensuite, une fois là-bas, j’ai un peu approfondi. En fréquentant la Fashion Week, dans les show-rooms j’ai rencontré plusieurs personnes, j’ai appris comment on créait une marque et c’est comme ça que j’ai créé ma marque. J’ai eu le temps de créer deux collections et après, en 2019, j’ai fait une pause pour reprendre mon projet thèse que j’avais mise en stand-by.  L’entité Édition Stedy THEODORE existe encore. Je réalise des commandes sur mesure.

DB

RG créateur, est – ce que c’est vous également ?

ST

En effet, j’ai travaillé sur le projet d’entreprise RG Créateurs d’émotions. Le point de départ a été le lancement de la marque et du site d’un ami designer floral. J’ai eu le rôle de consultant. L’entreprise, entièrement digitalisée a démarré en 2019. J’ai réalisé les photos, l’image de marque et conçu le site à partir duquel on peut commander et se faire livrer des fleurs.

RG Créateur d’émotions shot by Stedy Theodore

DB

Pouvons-nous maintenant parler de votre installation Becoming Home. Pouvez-vous expliquer, commenter ce titre.

Becoming Home: – Screen view des films de l’installation vidéo olfactive réalisé lors de la résidence « À vif », une invitation de l’Atelier Vivarium, Rennes. Septembre 2021.

ST

J’ai un rapport assez particulier avec le titre, Becoming Home. Il n’est intervenu qu’à la fin du processus. Si vous me permettez, je vais d’abord dire ce qu’est Becoming Home, expliquer comment ça s’est passé avant de dire pourquoi j’ai choisi ce titre.

J’ai été invité, en 2021, par l’atelier Vivarium, qui est un atelier d’artiste mutualisé situé à Rennes pour une résidence de deux semaines. Ils ont deux programmes de résidence, un qui s’appelle GHOST (A Guest + a Host = a Ghost) qui dure quatre semaines tous les deux ou trois ans et un petit programme de deux semaines tous les ans. J’ai été invité en septembre pour deux semaines avec hébergement, budget de production et frais de vie.  C’est une carte blanche. J’ai eu envie d’une nouvelle expérience, de ne pas montrer de peinture mais de travailler in situ. L’espace de restitution est une grande pièce en couloir d’environ trois mètres de large. A partir de là, je me suis posé la question : qu’est-ce que je peux donner à voir ?

J’ai présenté une installation vidéo immersive en trois volets sur trois écrans.

(cliquez sur la première image pour lancer le diaporama)

J’ai commencé à accumuler des images en Martinique, à filmer des paysages. Beaucoup d’artistes m’inspirent comme John Akomfrah, Theaster Gates, Arthur Jafa qui captent des plans cinématographiques de paysages et c’est ce que j’avais  envie de montrer à Rennes. Je n’avais plus envie de montrer ma peinture, j’avais envie de montrer des images de la Martinique.

Au fur et à mesure de cette collecte d’images, j’ai une trame, quelque chose qui se construit dans ma tête. Je veux montrer la Martinique, je veux montrer ma vision de la Martinique.

 Une fois que j’ai mes plans de paysage, je demande à des amis danseurs d’improviser sur une musique que j’ai sélectionnée, une œuvre de Zbigniew Preisner, un compositeur pour la musique de cinéma.  Je savais que je voulais aussi quelque chose de très sobre, très minimaliste, juste des mouvements. Je souhaitais également une rencontre – encore la créolisation- entre le voguing » (Vogue Fem) qui est une danse de la Ballroom Scene et le bèlè de Martinique.

Le programme de résidence avait pour titre A vif, je leur demande donc d’improviser sur ce thème.

Voilà comment, par ce projet, je peux saisir quelque chose de la créolisation. Ils dansent sur une piste sonore créée par un Martiniquais Dj Noss qui, lui aussi dans sa musique, crée une rencontre entre la  musique contemporaine et le Bélé.

J’ai rajouté un autre élément pour renforcer cette dynamique enveloppante, cette expérience esthétique immersive .  J’avais le visuel, j’avais le sonore, et j’ai ajouté l’olfactif. Je sais comment créer un accord, comment travailler les notes et je me suis dit qu’avec des huiles essentielles, je pouvais créer des accords olfactifs. Il me fallait trois odeurs puisque j’avais trois vidéos. En montant mes vidéos, j’ai composé mes parfums.  Ce que je raconte, c’est mon voyage entre la Martinique et Paris depuis huit ans, c’est comment je me suis construit d’un point de vue créatif, artistique, comment je me construis d’un point de vue personnel également.  En assemblant ces trois petits films qui composent   une seule pièce, en créant ces odeurs qui font mon quotidien, qui évoque mes allers-retours, j’ai créé quelque chose qui illustre plus ou moins la construction de ma personnalité. C’est alors que l’idée de devenir, trouver sa maison, construire sa maison et devenir soi-même sa maison, son refuge, c’est comme ça que ce titre Becoming home est arrivé.

DB

C’est très clair effectivement maintenant. Je vais vous demander maintenant comment vous vous positionnez dans le milieu artistique de Martinique, de la Caraïbe et le milieu international ?

ST

J’ai fait mes études à Rennes, j’ai travaillé dans une galerie à Rennes et je me suis construit un entourage. Je venais chaque été en Martinique pendant deux ou trois mois, juin, juillet et août et j’allais naturellement dans les lieux qu’on connaît tous. À l’Atrium, à la Fondation Clément et peut-être d’autres petits lieux qui exposent aussi, mais je ne rencontrais pas les artistes, je n’avais pas cette nécessité de parler avec eux. Donc je n’avais pas un cercle de connaissances en Martinique.

Ce sont mes travaux de recherche pour ma thèse qui m’ont conduit à rencontrer des artistes et des acteurs culturels et j’ai commencé à m’intégrer à la scène martiniquaise.  Il y a une scène artistique qui a son propre fonctionnement, qui ne fonctionne pas comme à Rennes. 

Je me suis dit qu’en Martinique, compte tenu de l’existant, ça serait bien qu’il y ait une vraie dynamique de la nouvelle génération avec l’ancienne.  C’est ça mon rapport avec la scène martiniquaise.

J’ai rencontré énormément de personnes dans le cadre de la préparation de ma thèse, j’ai mené des entretiens avec eux, avec des artistes, mais aussi avec des acteurs comme des commissaires, des directeurs d’institutions, des directeurs de galeries.  C’est ça mon positionnement. Peut – être que je suis encore entre deux mondes Rennes et la Martinique. J’ai aussi des projets avec la scène internationale.  Je travaille avec John Cornu, qui était le directeur de la galerie où j’étais coordinateur. Je suis le commissaire associé d’une expo croisée entre Okinawa et la Martinique. John est actuellement à Okinawa et je suis en Martinique.

DB

Où se passera cette exposition ?

ST

C’est un projet assez particulier qui s’appelle EX.PDF : Exposer les écritures exposées. Ce sont des écritures d’artistes qui ont déjà été exposées, qui ont été photographiées et imprimées. Il y a une sélection de quarante et une œuvres, sous forme de poster, réunies dans quinze pochettes. Chacune des pochettes a été saisie par un commissaire différent à Berlin, en Espagne, un peu partout en Europe.  John, avec qui j’ai travaillé, qui connaît un peu mon travail, me disait qu’il serait intéressant d’avoir aussi la Martinique. 

Pour ce projet, on est libre.  Il n’y a pas d’obligation de montrer dans un lieu. Je me suis dit qu’on allait choisir ce qui fonctionne le mieux.  Dans le Finistère, pour une activation des pochettes, les posters ont été roulés, mis en bouteille et jetés à la mer donc personne ne les voit en réalité.

Alors comment est-ce que ce sera le plus vu par la Martinique ? Ce sera peut-être sur mes réseaux sociaux. J’ai une audience où j’ai accès à environ trois cents ou quatre cents personnes en story sur Instagram.  Si je monte une exposition dans un lieu en Martinique, je ne suis pas sure qu’il y aura quatre cents personnes au vernissage. C’est aussi, pour moi, une soft critique du milieu de l’art.  Si je sollicitais l’Atrium, il faudrait attendre deux ans.  On me dirait que c’est de l’art ultra contemporain et que ça ne va pas intéresser le public. Sur Instagram c’est forcément vu, ça arrive forcément dans le fil d’actualité.  On aime, on n’aime pas mais c’est forcément vu.

J’ai décidé de choisir comme thème de faire des clins d’œil dans la ville. Accrocher le poster dans un espace urbain choisi, créer un jeu de mots, photographier.  Les photographies sont en noir et blanc dans l’ensemble du projet.

Concept éditorial et curatorial, EX.PDF [EX.Portable Document Format] explore différentes formes d’écritures d’ores et déjà montrées. Lié au principe du « Do It », ce dernier a pour vocation d’embrayer plusieurs expositions, sous l’impulsion de différents curateurs

Actuellement, c’est phase de production, à Fort-de-France, à la Pointe du Marin. Par exemple j’ai positionné quatre posters sur le sable avec un parasol.  Hier, dans la ville de Fort-de-France, on a saisi par exemple une des affiches où un des artistes a écrit «non-lieu, bon lieu », dans un jeu de mots avec la cour d’appel. Ce sont des mises en situation différentes qui créent une image et ce sont ces images qui seront diffusées ensuite sur les réseaux sociaux.

DB

À partir de quand ?

ST

Courant septembre je pense.

EX.PDF : Exposer les écritures exposées réunit quarante et un artistes :  Étienne Bossut, John Cornu,  Claude Lévêque.  Voilà mon positionnement avec la scène nationale et internationale.  J’essaie de participer à des projets avec une dynamique d’une autre envergure. Créer un réseau, je trouve ça intéressant sur le long terme d’avoir ce réseau entre la Martinique et Rennes. Il y a aussi cet échange de résidences avec Mathilde et Pauline Bonnet qui ont échangé depuis la Martinique avec Mathilde  Vaillant de Rennes. J’ai été commissaire de cet échange de résidences. Mon positionnement créer des liens entre la Martinique et l’ailleurs mais également créer des liens à l’intérieur de la Martinique.

DB

Je pense qu’on a fait le tour. Merci Stedy Théodore

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