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Que sont les Garifunas devenus ?

Photo Robert Charlotte

Apogée de neuf ans de quête photographique, Odyssée Garifuna,  à découvrir sur les cimaises des Foudres HSE  Habitation Saint – Etienne, au Gros – Morne en Martinique,  a entraîné Robert Charlotte à Saint-Vincent, à Belize, au Guatemala, au Honduras  et de l’est à l’ouest des Etats-Unis, à la rencontre du peuple Garifuna. C’est l’itinérance de ce peuple, né de la rencontre fortuite d’africains déportés et de kalinagos de la Caraïbe  que raconte Odyssée Garifuna.  Au fil des voyages commencés pour explorer une des facettes peu valorisée et même peu connue de l’identité caribéenne, s’est confirmée, pour Robert Charlotte,  l’urgence de comprendre comment une culture évolue, perdure, se transmet ou disparaît.

Graphisme Atelier Agnès Brezephin- Coulmin

La Caraïbe existe par un brassage culturel très fort résultant de «  rencontres » de différentes influences, africaine, amérindiennes, européennes, générant de nouvelles sociétés, riches d’apports et de forces divers mais meurtries par la violence de leur histoire et parfois orphelines de leur véritable histoire. A mon sens, ces manques et ces souffrances forgent certes une richesse culturelle, une quête identitaire permanente, mais aussi une forme de pensée forcément liée à l’histoire de l’esclavage. Chez les Garifunas, le refus du joug colonial produit cette fois une culture liée à une cause, celle d’être libre et de le demeurer. Cette démarche forte me fascine et m’amène à m’interroger non pas sur l’histoire de la Caraïbe mais sur les histoires de cette région et leurs conséquences, explique Robert Charlotte.

La mise en espace est élégante, dynamique et raffinée. Le parti pris scénographique de l’alternance d’immenses portraits de  deux mètres dix imprimés sur du papier dos bleu et collés directement sur le mur à la manière de papier peint et de diptyques de plus petits format encadrés donnent du rythme à l’ensemble. Ainsi, il y a le portrait très serré en contreplongée de ce chamane et écrivain de Belize qui semble interroger le ciel d’un bleu intense.

Odyssée Garifuna – Robert Charlotte

Les diptyques explicitent clairement la posture photographique de Robert Charlotte et réunissent des images captées dans des pays différents, dans des contextes différents mais liées par le contraste ou au contraire la continuité. Comment chemine la culture Garifuna dans différents contextes ? De Saint-Vincent, berceau, matrice de ce peuple au destin original où déjà la langue originelle a  disparu à Belize où survit l’unique école où tout l’enseignement se donne en garifuna ? Comment résiste-t-elle dans le contexte très contemporain de New–York ou Los Angeles ?

Odyssée Garifunas Diptyque Livingston Guatemala Robert Charlotte
Odyssée Garifunas: Belize /Los Angeles Robert Charlotte

Les cartels originaux imaginés par l’Atelier Agnès Brezephin- Coulmin reflètent parfaitement à la fois les pérégrinations du peuple garifuna et la longue enquête photographique de Robert Charlotte. Ils contribuent à une meilleure lecture du projet artistique et témoignent du soin apporté à la cohérence de la présentation.

Comment Robert Charlotte concilie-t-il le désir documentaire d’une prise de vue directe et l’exigence d’une composition parfaite où parfois percent des réminiscences esthétiques inconscientes? Comme le dit André Rouillé, entre le réel et l’image s’interpose toujours une série infinie d’autres images, invisibles mais opérantes qui se constituent en ordres visuels, en prescriptions iconiques, en schémas esthétiques.

Je ne m’appuie pas sur des références à la peinture, même si le processus de construction de mes photographies ressemble peut – être à celui d’une peinture classique. Je pense par exemple à Horace Rodgers,  The Farmer with Dog.  Il pleuvait ce jour là, nous étions dans un abri, sur un terrain d’agriculteur à Saint-Vincent. Un chien  ne cessait de faire des allers-retours et de s’asseoir aux pieds de son maître. Mon regard se lève alors vers son visage, habité par une alliance de   force et de douceur à la fois. L’échange verbal entre nous s’établit  et je lui propose de faire son portrait. La pluie ne cesse pas et comme je suis impatient de le réaliser, je lui propose de le  faire  sous la pluie. La pluie devient alors un élément de la composition du paysage. La lumière de ce temps brumeux, la pente abrupte de la montagne, l’arbre et l’animal en arrière plan, la machette en main, turbans à la tête et  son chien qui l’a suivi.

Horace Rodgers Farmer with dog Robert Charlotte

Plus proche d’un  Raymond Depardon ou Marc Pataut que d’un Henri Cartier-Bresson ou Robert Frank, Robert Charlotte s’intéresse autant à l’humain qu’à la photographie. Il dit parler beaucoup pendant les prises de vue même si le modèle et lui ne partagent pas la même langue. Il s’agit d’établir le contact, de détendre l’atmosphère et l’installation même du studio mobile qui pourrait déclencher une attitude contrainte et artificielle du modèle est détournée pour l’amadouer et permettre au photographe de capter chacun dans sa vérité, son authenticité, sa fierté.

Bernice Tracy Rogers Robert Charlotte

Je prends plusieurs fois le même cliché. Dans un même  lieu avec le même cadrage. Au départ dans le viseur,  il y a le paysage. J’y fais  entrer le personnage sans diriger  systématiquement son attitude. Par-contre, dans le viseur, je suis extrêmement attentif à  l’expression du visage  tout au long de notre échange verbal.  Je capte l’image  quand l’expression correspond au personnage, à  l’atmosphère du moment, du lieu ou peut – être alors à mes propres fantasmes. C’est rapide. Je choisirai l’image qui m’a donné le plus d’émotion lors de la prise de vue.  Il y a très peu de travail de post production. Le travail sur la lumière s’effectue à la prise de vue. L’apport de lumière électronique permet d’équilibrer les écarts de lumière et de densifier les couleurs, explique le photographe.

Odyssée Garifuna Robert Charlotte

Les portraits de Robert Charlotte sont empreints de poésie, de sensibilité, de tendresse, loin de la traditionnelle neutralité contemporaine de la photo- document. Ce qui retient, par delà l’intérêt sociologique, c’est la beauté des images.

Les photographies de Robert Charlotte ont déjà été montrées à l’Alliance française de Sainte – Lucie, Garifunas et descendants ; à la Fondation Clément en Martinique, Visions archipéliques ; au Musée de l’Homme à Paris,  Impressions mémorielles ; aux Photaumnales de Beauvais, Couleurs pays ; à la foire d’art contemporain africain à New- York, 1.54, à la galerie AGO en Ontario, Fragments of Epic memory, chacune toujours enrichies des nouveaux clichés des dernières étapes. L’actuelle exposition de l’Habitation Saint – Etienne Foudres HSE s’inscrit dans le programme Hors les murs de l’association La Station culturelle.

Photo Robert Charlotte

Un programme de visites commentées par l’artiste,  de tables rondes en visio-conférences est annoncé.

Dominique BREBION

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