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Ernest Breleur: le réel, le Beau, la Caraïbe

Crédits photo Jean- Luc de Laguarigue

Dans un long entretien avec Dominique Brebion, publié dans le numéro 2 de Faire mondes, Patrick Chamoiseau apporte ses réponses.  Il nous fait  part de ses interrogations concernant sa pratique d’Artiste. Il offre une analyse qui se veut lucide de son expérience esthétique et éthique.

https://fairemondes.com/patrick-chamoiseau-face-aux-visites-de-la-beaute/

Dans son dernier livre  » Le Conteur, la Nuit et  le Panier », il propose un large éventail de ses idées, de sa vision de l’art contemporain. Il nous initie aux raisons  pour lesquelles son œuvre s’inscrit dans l’épaisseur de la chair du monde.

Ce long plaidoyer en faveur des pratiques artistiques contemporaines indique comment son œuvre met en relation le grand contexte du monde et notre petit contexte, mais aussi sa relation avec les autres petits contextes.

Il territorialise et déterritorialise sa vision. C’est avec raison qu’il joue des relations entre les diversités. Cette façon de procéder évite la fermeture de son œuvre dans une singularité excessive.

Sa création artistique est destinée à un partage de ses idées, de son expérience esthétique et éthique.

Glissant, Kundera et bien d’autres ont précédé Chamoiseau dans la pratique de l’écriture. Ils ont proposé leur théorie du Roman. Chamoiseau lui,  propose une introspection de sa pratique d’écrivain artiste, il ne propose pas des principes, encore moins un système  émanant de sa pensée. Il offre une » œuvre ouverte », s’écartant d’une vision dogmatique.

Patrick Chamoiseau  est un Artiste, il décloisonne les disciplines qui ont vocation à interroger le réel par la voix du sensible. Il cherche des zones de porosité entre les catégories esthétiques. Il élabore un faisceau de pratiques pour questionner le « réel ». Cette alchimie augmente sans doute la charge  poétique de son œuvre.

LE REEL

Le réel est l’objet de la création artistique, il est difficile de l’appréhender de s’en approcher, de s’en distancier. Sans cesse il se dérobe et me fait même « douter » de son existence.

 Faire part de mon « doute » me demande de vous proposer l’exemple de la couleur

Les couleurs sont des ondes électromagnétiques qui se mesurent en microns, millimicrons, qui irradient ce que nous observons.  

Les ondes électromagnétiques au contact des matières font apparaitre les couleurs. Autant de matières différentes autant de couleurs différentes

Le monde chatoyant des couleurs n’est qu’illusion. Les couleurs naissent de la rencontre des ondes électromagnétiques et des matières

Le vivant est doté d’un appareillage perceptif qui lui permet d’interroger le monde

L’appareillage perceptif est différent selon les espèces, à noter que  chez les humains (daltoniens) de petites différences existent dans l’appareillage et font que certaines couleurs sont perçues  différemment.

Ce que je sais de la couleur m’autorise à penser que ce que nous voyons n’est que perception. C’est une évidence que si nous considérons ce que nous voyons comme le réel, il n’en demeure pas moins qu’il est difficile à appréhender.

L’artiste est celui qui rend compte de sa perception du réel par une expérience sensible et poétique. Il mène ses investigations et propose l’œuvre.

L’approche poétique et sensible du monde appartient aux Artistes, ils sont un intermédiaire entre le « réel » et nous.

De la pratique et des modalités  d’approche personnelles du réel de l’artiste, émane l’œuvre.  Ii est le fruit d’un « regard restitué ».

L’œuvre d’art n’a pas pour vocation  la reproduction du « réel », elle offre la perception de l’artiste. Il est un nouveau « réel », qui nous invite à faire une autre expérience: Celle du regard, du  poétique, du sensible, une expérience sensorielle.

L’œuvre d’art n’a pas à être soumise à explication, elle nous interroge, au même titre que nous l’interrogeons. La jouissance de l’œuvre d’art se déroule dans une négociation silencieuse entre elle et nous

L’explication empêche l’expérience sensorielle personnelle.

Le BEAU

P. Chamoiseau déroule dans cette conversation une idée du beau que je partage amplement

Le concept de beauté a constamment évolué tout au long de l’histoire des Arts. Particulièrement  depuis le Romantisme, l’impressionisme, l’art moderne, l’art contemporain, jusqu’à l’art actuel. 

Disparition des académies, des grands mouvements de l’art moderne, de l’art contemporain, plus d’instances  pour définir le beau.

Le Néo-libéralisme a atomisé  le monde, disparition des conventions du champ de l’art, disparition des communautés d’artistes, pour laisser place à des individus artistes.

Chaque artiste propose son expérience singulière ouvrant sur sa problématique, sa poétique, son esthétique.

 La beauté est désormais plurielle.

Le milieu  a évolué tant du coté des artistes  et dans celui du monde de l’art. Un autre est  resté en rade : celui du grand public peu « instruit » de l’évolution des critères d’appréciation des œuvres. Ce public éprouve des difficultés à partager les pratiques des artistes de l’art actuel et les considère souvent comme insignifiantes

 Pour apprécier la   beauté dans le champ de l’art,  il est urgent de faire une expérience personnelle, de tisser une relation active, une relation interrogative,  une interrogation multiple peut être même à engager son « corps ». C’est bien dans cette expérience presque physique   que chacun peut accéder au cœur de l’œuvre, là où réside le poème.  

Accéder au poème demande une disponibilité toute particulière pour accéder au   corps de l’objet sensible qu’est l’œuvre d’art.

Le beau est un ressenti, il n’est pas seulement un retour de l’expérience visuelle il est un mixe de la chose vue,  de la chose perçue, de la chose vécue

Le beau se perçoit sous des apparences différentes il y a plusieurs sortes beautés:

La beauté conventionnelle

La beauté baroque

La beauté  tragique

La beauté repoussante

La beauté grotesque

La beauté la beauté lisse etc.…

La beauté est un événement qui se produit au moment de l’expérience sensorielle.

La CARAÏBE 

Le Caraïbe, lieu d’une histoire tragique pour des raisons diverses,  a des difficultés quant à l’accès au marché de l’art. P. Chamoiseau énumère certaines de ces raisons.

En approfondissant cette réalité on peut penser que d’autres raisons sont à considérer. Ne revenons pas à la période esclavagiste avec ses interdits, non plus sur l’arrivée tardive de la pratique des arts plastiques aux Antilles Françaises lors du passage d’artistes en route vers les Etats-Unis d’Amérique.

Le monde a changé, les mouvements artistiques dans les grands centres ont connu des accélérations considérables qui ont transformé les problématiques des artistes. Loin des grands centres et des mouvances internationales de l’art, un décalage s’est produit entre nos pratiques et celles des centres.

Il nous faut distinguer d’une part les Artistes de la Caraïbe et ceux  vivant dans les grandes métropoles. Les artistes Caribéens  travaillant dans les métropoles accèdent plus « facilement » au marché de l’art national et international. Certes pour des raisons de proximité, mais aussi par ce qu’ils se situent dans le temps des pratiques attendues.  A  noter une évolution de certains de nos artistes Martiniquais et Guadeloupéens se déplaçant lors de certaines manifestations internationales.  Biennales, expositions collectives aux Etats Unis d’Amérique. Toute cette effervescence nouvelle crée des zones de contact qui influent sur la pratique de nos artistes.

L’autre facteur qui permet l’intégration des artistes caribéens et singulièrement ceux des Antilles  Françaises dans les grandes manifestations Régionales est l’existence « REVUE ESTHETIQUE » et plus particulièrement l’existence de l’AICA CARAÏBE DU SUD.  Cette mise  en relation des pratiques caribéennes, fait circuler des textes critiques, des vidéos etc. Tout cela consiste à faire émerger le propos et les pratiques des Artistes Francophones.

Il n’en demeure pas moins que l’heure de la Caraïbe n’a pas encore sonné, plusieurs raisons empêchent  l’accès à l’international

-Les artistes de nos régions pâtissent d’un manque flagrant d’engagement  des institutions publiques dans le champ de l’art contemporain                                                                               

 -Trop peu d’institution privée accordant un intérêt à l’art contemporain    

-L’absence d’un centre d’art

 -L’absence d’une institution capable de porter les problématiques artistiques vers les grands centres de l’art internationale.

 -Manque d’implication des instituions de l’état à consentir un effort particulier vis-à-vis des artistes de la zone Francophone

 -Inexistence d’une politique de mise à disposition d’ateliers pour les Artistes, en particulier pour les jeunes

 -La sous-utilisation des nouvelles technologies dans les pratiques artistiques

 -Difficultés concernant le déplacement des œuvres vers la Métropole, et vers les territoires et les départements d’Outremers.

Voilà énumérées  les principales causes des difficultés que rencontrent les artistes pour une émergence   internationale

ERNEST BRELEUR

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