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L’aiguille comme pinceau

Du 23 Février au 22 avril 2022, la Station culturelle,33 rue Perrinon, Fort- de – France, vous invite dans la Maison Jardin  de Stéphanie Cazaentre et Singeon : quatorze   dessins brodés de petit format, sobrement mais harmonieusement  présentés sur des cimaises d’un bleu doux et apaisant, réalisés à quatre mains par ces deux artistes qui mènent parallèlement une résidence de création à Saint – Pierre. Dans leur vidéo, fruit de cette résidence, Ruines-Futur, que vous pouvez découvrir grâce à l’application Artivive, les ruines de la ville sont ensevelies sous des excroissances mi-végétales mi-organiques. Une même préoccupation écologique réunit ces deux projets : la nature reprend ses droits dans des paysages en ruine où toute trace humaine a disparu.

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Diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, Singeon est un illustrateur et auteur de bande dessinée français né à Fort-de-France le 8 avril 1982.  Stéphanie Cazaentre, diplômée de l’école nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, est une artiste pluridisciplinaire : vidéo, sculpture textile,  tissage,  broderie. Cette collaboration ravive les questions de la relation de la création au temps- cette série a été initiée en 2017- et de l’abolition des frontières entre Beaux – Arts et Arts appliqués

On se souvient du rôle du Bauhaus, célèbre école d’architecture et d’arts appliqués, fondée en 1919 en Allemagne par Walter Gropius, où les femmes, enseignantes, élèves, artistes, plus d’un tiers des élèves avaient été au départ tenues à l’écart des ateliers les plus prestigieux. Craignant pour la renommée de l’Ecole, Gropius avait  décidé de les isoler dans une classe spécifique  fusionnée avec l’atelier de tissage. Ce sera rapidement l’atelier le plus productif et le plus rentable de l’Ecole.

Longtemps considérée comme une activité ou un passe-temps exclusivement féminins, le travail de l’aiguille et du fil est resté associé à l’univers domestique et à une certaine idée de la féminité. Ce sont les mouvements artistiques d’avant-garde en Europe occidentale, en Russie et en Amérique du Nord comme  le mouvement Dada, le  Surréalisme, le  Constructivisme russe qui en ont fait un matériau de l’art.  L’art Textile, tapisserie et broderie sont devenus  un art de résistance avec des créatrices comme  Louise Bourgeois, Annette Messager, Kelly Favre, Judy Chicago, Jess de Wahls.

Même si on les réunit sous le terme générique d’art textile,  la broderie n’est ni la couture, ni le tissage, ni la tapisserie, ni la dentelle, ni le tricot, ni le crochet. Entre elles, la frontière est ténue mais existe. Malgré l’intérêt d’un vaste panorama sur l’art textile, les créations de Stéphanie Cazaentre et Singeon invitent à se concentrer sur la broderie contemporaine, ses supports, ses thématiques.

Cazaentre et Singeon travaillent sur un support traditionnel, la toile de coton. Singeon dessine à l’encre de chine et Stéphanie brode et, avec ses fils, apporte la couleur. Les supports des broderies contemporaines peuvent être extrêmement surprenants : raquette de tennis, peau humaine, serviettes hygiéniques, portière de voiture, poêle à frire, fer à repasser, toast grillé, végétaux, clôture de jardin,  mouchoirs. Ma collection de proverbes d’Annette Messager est célèbre.  Sarah Leterrier,  Frances Budden Phoenix, Marie France Dubromel  en ont aussi brodés. C’est que l’art de la broderie contemporaine a un lien très étroit avec le féminisme comme le prouvent plusieurs illustrations de ce rapide inventaire.

La photographie est aussi l’un des supports privilégiés de la broderie avec Aurélie Mathigot, José Romussi, Maurizio Anzeri, Cecile Jarsaillon, Julie Cockburn    et, sous nos latitudes, Agnès Brezephin.

Mais avec leur thématique écologique, Cazeantre et Singeon s’inscrivent plutôt dans la lignée des recherches sur broderie et paysage aux côtés d’Ana Teresa Barbosa et  Teresa Lim. L’artiste péruvienne,  Ana Teresa Barbosa recrée des paysages terrestres et marins qui sont à la fois broderie et sculpture. Teresa Lim festonne des pans de paysages réalistes qu’elle met en abime face au  paysage réel.

Ils sont dans la mouvance d’un large courant, la broderie contemporaine mais se maintiennent par le choix du support et du thème, le paysage, dans une certaine tradition des Beaux- arts et de la couture. La production en duo et  le parti pris de la presque-miniature qui induit une relation intimiste entre l’œuvre et le regardeur, à l’heure où les artistes considèrent trop souvent que la monumentalité est la condition de création d’une œuvre remarquable,  fondent l’originalité de cette proposition plastique tout à fait remarquable.

Dominique Brebion

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