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La photographie performative de Pushpamala N.

Couverture, photo de Pushpamala N.
crédits photo Pushpamala N.

Et si l’on considérait un peu plus longuement la couverture de l’extraordinaire encyclopédie  de Marie Robert et Luce Lebart qui vient juste de paraître début décembre, Une histoire moniale des femmes photographes ?

Vous êtes dans la ligne de mire d’une jeune femme à la coiffure bouffante démodée et vêtue d’une étrange robe dorée.

Cette image peut confusément évoquer pour l’amateur occidental plus ou moins éclairé une performance de Niki de Saint-Phalle, Les Tirs (1960) bien que l’intention de l’artiste et le process artistique soient fondamentalement différents. Au cours de  ces performances, Niki de Saint – Phalle  tirait à la carabine sur des poches de peinture, éclaboussant ainsi de couleurs des toiles vierges.  C’était  une forme d’exutoire. Très tourmentée par son passé,  en tirant sur des tableaux , elle tirait symboliquement sur son père, sur la société et tente de se libérer de ses angoisses.

Niki de Saint Phalle à la Galerie J, Paris.
© Janos Kender et Shunk Harry / Niki Charitable Art Foundation / ADAGP, Paris

Cette photographie, en couverture d’une Histoire mondiale des femmes photographes  est l’œuvre d’une photo- performeuse  indienne, Pushpamala N. C’est l’un des dix clichés de la série Sunhere Sapne ou Rêves d’or (1998), une photo-romance de dix  photographies en noir et blanc teintées à la main. Sunhere Sapne (Golden Dreams) est une photo romance, le fantasme d’une ménagère de classe moyenne, une femme mystérieuse dans une robe dorée. Les photographies en noir et blanc peintes à la main ont un aspect doux et démodé, imprégné de l’aura nostalgique des premières photographies de famille indiennes, alors qu’en fait le contenu est contemporain et plutôt  sombre.  L’œuvre est énigmatique,  sans véritable intrigue. Les images déclenchent   un sentiment d’étrangeté.

Pushpamala N a conçu plusieurs photos romances : Le cœur angoissé(2002), Phantom Lady ou Kismet (1996/1998), Ville pécheresse (2012).

Qui est Pushpamala N ?

Sculptrice et photographe indienne, Pushpamala N. étudie la sculpture à Université de Baroda. Elle abandonne la sculpture pour la photographie vers 1995. Elle  radicalise alors sa méthode pour se moquer du réel et le questionner, en se mettant en scène dans des photo- performances.

Elle appartient à cette lignée de photo- performeuses, Cindy Sherman, Renée Cox, Stacey Tyrrell, Carrie Mae Weems, Tracey Rose  qui utilisent leur propre image pour provoquer une réflexion sur la condition faite aux femmes et  questionner leur identité. Ce ne sont pas  à proprement parler des auto- portraits puisque elles ne se dévoilent pas mais incarnent des personnages qui entraînent analyse et réflexion sur le monde colonial, les stéréotypes culturels, la condition féminine.

Pushpamala recourt à des références à  l’histoire,  à la culture populaire et parfois au cinéma indien pour questionner l’identité postcoloniale et la condition féminine. Elle produit des images satiriques et critiques : «Je considère mon travail comme une enquête. En me définissant comme le personnage central, je me mets au cœur de l’enquête sociale et politique. Je fais partie de la situation et je m’y compromets (je ne suis  pas seulement un commentateur). Le public me reconnaît en train de jouer une scène et s’en amuse. J’aime la confusion entre le réel et la fiction. J’utilise des récits de femmes et je déforme l’histoire. »

Pushpamala N.
Mother India Project
Kali
2005

Parmi ses autres séries, on remarque  Phantom Lady ou Kismet, la première œuvre de photo-performance de l’artiste composée de 25 tirages en noir et blanc entre la  photographie romantique et  le film noir. Pushpamala y incarnait non seulement la Phantom Lady, mais aussi son sosie, la sœur jumelle perdue The Vamp. L’œuvre a connu un vif succès et a été exposée à travers le monde, incitant l’artiste à créer sa suite.

Dans Le retour de la dame fantôme (Ville  pécheresse),une série de 21 photographies en couleur, The Phantom Lady se retrouve à nouveau prise dans des intrigues complexes mêlant jeux et meurtres dans la ville de Mumbaï. Les images aux riches tons baroques sont captées dans divers sites cinématographiques de la ville.

L’Arrivée de Vasco de Gama (2014) inspirée par une peinture à l’huile de Jose Veloso Salgado réalisée en 1898 est une commande de la Biennale de Kochi Muziris.

Puspamala N.
L’arrivée de Vasco de Gama ( 2014)

Pour  L’arrivée de Vasco de Gama, le célèbre navigateur, Pushpamala joue son premier rôle masculin et recrée la peinture originale sous la forme d’un  tableau photographique. Des éléments des décors peints réalisés pour le tournage et des textes écrits forment une installation. L’artiste renverse la conception de Salgado, renvoyant dans l’espace de la fiction et de la mascarade un évènement historique.

Ces images s’inscrivent dans l’évolution de la photographie du milieu des années soixante – dix, où se développe l’appropriation, la contestation de l’image- vérité, la conception de la photographie comme construction d’images décryptables grâce aux  références culturelles de chacun, la critique sociale à travers le tableau photographique. Des photos performeuses  de différents pays partagent une pratique photographique proche, imprégnée cependant de la culture de chacune.

DB

Et pour découvrir d’autres femmes photographes du monde entier:

https://aica-sc.net/2020/11/12/une-histoire-mondiale-des-femmes-photographes/

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