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A voir et revoir : Negropolis de Jean-Marc Hunt

A voir et revoir :
Negropolis de Jean-Marc Hunt
Fondation Clément, jusqu’au 25 janvier 2015

 

Entrée de la Case à Léo Photo Ange Bonnello

Entrée de la Case à Léo
Photo Ange Bonnello

Il y a quelques jours le blog d’AICA SC publiait un billet de Scarlett Jesus à propos des Vanités Offset de Jean-Marc Hunt exposées au Musée Schoelcher en Guadeloupe et faisait le rapprochement entre l’œuvre de Hunt et les « calaveras » produites traditionnellement au Mexique. Personnellement la première image qui m’est venue à l’esprit en voyant ces vanités offset fut celle des crânes (dans une toute autre échelle) de Niki de Saint Phalle exposés récemment au Grand Palais et au Cent quatre. Ces crânes colorés et vibrants sont eux aussi liés aux vanités européennes et sud-américaines, et ont eux aussi quelque chose de comique. On pourrait établir la même filiation avec les crânes de Dubreus Lhérisson, présentés dans l’exposition « Haïti, deux siècles de création artistique » au Grand Palais et dont la base est un crâne humain habillé de façon ludique par l’artiste avec des sequins, des paillettes et matériaux variés.

 

Jean - Marc Hunt Vanité Offset Fondation Clément

Jean – Marc Hunt
Vanité Offset
Fondation Clément

« Memento mori », comme une invitation à jouir de la vie avant qu’il ne soit trop tard ? Scarlett Jesus y voit une métaphore de la relation de l’art contemporain au monde. L’artiste lui évoque la relation centre/périphérie que le matériau de ses pièces lui permet d’aborder. En effet, ses vanités sont formées par des plaques off-set du journal France-Antilles couturées entre elles par des agrafes. Si les couleurs ont fait disparaître le texte à l’extérieur des pièces, à intérieur on peut encore lire le journal. Le duo centre-périphérie est un peu le sujet de l’exposition. Négropolis, ville nègre ou nègre des villes, négropolitain, comme Hunt qui est né en 1975 en banlieue strasbourgeoise d’un père guadeloupéen et d’une mère réunionnaise.

 

Jean - Marc Hunt Fondation Clément

Jean – Marc Hunt
Fondation Clément

Le 11 janvier 2015, à la Fondation Clément, Hunt se pliait au rituel du « dimanche découverte », à la rencontre du public, et parlait de son parcours : son enfance dans le banlieue de Strasbourg, son père cheminot, les voyages en train à travers l’Europe, sa mère réunionnaise. Les créoles des parents n’étaient pas forcement inter compréhensibles, ce qui a fait qu’à la maison on ne parlait finalement que le français. La vie a vite semblé étriquée au  jeune Hunt qui quitte le maison familiale à 16 ans, vit dans la rue, devient rappeur et grapheur.

En fait il était toyeur, une sorte de hacker du graph qui agit seul, contrairement aux grapheurs qui agissent souvent en bandes, les crews. Le besoin d’économiser les rarissimes bombes achetées amenait l’artiste à détourner et s’approprier l’existant : les tags ou graffs des autres. On comprend que la pratique soit mal vue car la signature –  occuper un territoire par la répétition de sa marque a pour les grapheurs une valeur symbolique- que le toyeur détruit. En 2003 Hunt a 28 ans quand il part s’installer en Guadeloupe, et devient « négropolitain », nègre de métropole, de nulle part, de partout ? nègre sans langue, car ne sachant pas parler créole

 

Jean - Marc Hunt Fondation Clément

Jean – Marc Hunt
Fondation Clément

L’artiste est autodidacte, et applique à la toile ce que le mur lui a appris : partir des accidents, détourer les formes préexistantes. De son passage par le Street Art, il lui est resté une belle aisance avec les grands formats, mais aussi l’agilité du trait et la sobriété des moyens. Sur la série présentée à la Fondation, Hunt travaille sur du papier d’affiche qu’il maroufle lui-même. Une technique dans laquelle il excelle et par laquelle il obtient un lissé parfait. Dans la salle une seule œuvre sur toile fait face à la série marouflée. Elles ont en commun des couleurs récurrentes, le trait minimaliste du dessin ; des formes, que, tout en étant différentes les unes des autres, partent toutes de façon assez évidente, du même substrat et d’ une utilisation particulière de l’espace . Sur la toile néanmoins on remarquera des effets de matière que l’artiste par la force des choses ne peut retrouver sur du papier.

Pour des étudiantes du Pensionnat d’excellence de Bellevue, venues également à la rencontre de l’artiste, Hunt va revenir sur la toile Ballon, où une forme excentrée vers la droite et vers le haut peut être un ballon, une figure humaine, un rond. Un trait filiforme descend jusqu’en bas de la toile, dont aucune autre figure n’émerge. Hunt qui peint sans se soucier du résultat et dit volontiers découvrir après coup sa peinture, y voit l’apnée de Eric Garner cet afro américain qui a eu le temps de dire 11 fois au policier qui l’avait immobilisé, « je ne peux respirer », avant de décéder. Le ballon est là, gonflé comme en apnée, voguant vers l’espace comme libéré, et on a du mal à ne pas voir un lien avec les vanités juste à côté.

Jean- Marc Hunt  Fondation Clément

Jean- Marc Hunt
Fondation Clément

Ce qui m’a frappé dans les œuvres de Hunt, c’est une petite pointe d’autodérision. Un humour pas caustique, plutôt tendre, traverse les formes à peine esquissés de ses personnages.

La dernière série de l’exposition est une installation de petits formats en résine, les Ex-votos. La série joue déjà du contraste entre le nom, avec sa charge religieuse et le dessin, proche de la bande dessinée. Ici aussi, beaucoup d’humour, mais des couleurs nettement plus sobres, terre, rouge, un choix fruit de la contrainte du matériau, car l’artiste a choisi de travailler  sur du papier avec de la résine . Les Ex-votos fonctionnent en installation, le cumul de petits personnages avec leurs noms, forme comme un récit qu’on ne peut pas vraiment lire mais qui attire le regard et fait sourire.

Jean- Marc Hunt  Ex- voto

Jean- Marc Hunt
Ex- voto

L’autodérision est bien le fil conducteur de l’exposition, depuis le titre, jusqu’à la trame de chaque pièce. La scénographie très sobre agrandit la salle et accentue la cohérence entre les œuvres qui semblent converser entre elles alors qu’elles appartiennent à des séries très distinctes.

De la toile, qui prend place seule sur le mur de droite, aux vanités off-set sous cloche, comme des objets précieux qu’elles sont en effet, aux grands formats et jusqu’aux Ex-votos, les pièces se donnent la réplique sur un ton plaisant, légèrement plaisantin. Elles nous invitent à pénétrer leur histoire et à entendre les voix un peu débonnaires de la Pisseuse et de ses comparses, qui semblent nous regarder, et se marrer entre eux.

Matilde dos Santos

Aica Caraïbe du Sud

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