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Photographie et diaspora noire : histoires croisées

Aux passionnés de photographie et aux férus de l’histoire de la diaspora noire, l’Aica Caraïbe du sud recommande une exposition Black Chronicles II ou à défaut, à ceux qui ne passeront pas par Londres avant le 29 novembre 2014, cet article largement illustré de Sean O’Hagan publié dans The Guardian le lundi 15 septembre.
Vous êtes invités à consulter la version anglaise, ne serait – ce que pour admirer ces remarquables photos, vieilles de plus de cent ans et rarement montrées sinon jamais vues. Ce sont les photographies des premiers noirs photographiés en Angleterre entre 1891 et 1893.

http://www.theguardian.com/artanddesign/2014/sep/15/black-chronicles-ii-victorians-photography-exhibition-rivington-place

photodiasporaThe African Choir était un groupe de jeunes chanteurs sud –africains qui ont effectué une tournée en Angleterre entre 1891 et 1893. La troupe avait été constituée pour récolter des fonds pour la construction d’une école chrétienne dans leur pays et ils avaient chanté devant la Reine Victoria à Osborne House, une résidence royale de l’île de Wight. Pendant leur séjour, ils avaient visité le studio London Stereoscopie Company pour que soit tirée une série de portraits individuels et de groupe. Cet ensemble de négatifs sur plaques de verre perdu et invisible pendant cent vingt ans est la pièce maîtresse d’une récente exposition Black chronicles II

C’est en 1891, dans le London Illustrated News, que ces clichés ont été vus pour la dernière fois explique Renée Mussai, co-commisaire de l’exposition avec Mark Sealy, directeur de Autograph ABP, une fondation dédiée à l’identité culturelle noire analysée le plus souvent à travers des archives oubliées . Les Hulton archives d’où elles proviennent les ignoraient jusqu’à ce qu’on les redécouvre lors de mes recherches dans ces archives pour mon PhD.
Le London Stereoscopie Company, était spécialisé dans les cartes de visite – de petites photos imprimées sur des cartes – souvent acquises par des collectionneurs ou utilisées par les artistes à des fins publicitaires. Comme leur nom le suggère, elles étaient stéréoscopiques ce qui donnaient l’illusion de la troisième dimension.

Ces portraits agrandis alignés sur tout un mur de l’exposition ont été réalisés par Mike Spry, un spécialiste des tirages à partir des négatifs sur plaques de verres. Ils retiennent à la fois par leur style et l’assurance des modèles (Certaines femmes auraient pu poser pour Vogue) comme par la manière dont ils questionnent les récits liés à l’histoire des émigrants noirs à Londres.

Black Chronicles II fait partie d’un projet plus large en cours de développement, The Missing Chapter qui utilise l’histoire de la photographie pour éclairer les chapitres incomplets de l’histoire et de la culture britannique et tout particulièrement l’histoire et la culture noire précise Mussai. Une erreur très répandue fait commencer l’émigration noire en Grande Bretagne à l’arrivée de l’Empire Windrush et à l’émigration jamaïcaine de 1948 alors qu’il existe d’incroyables archives en Angleterre de photographies de noirs qui remontent jusqu’à l’invention de la photographie en 1830.

Tout près des portraits des membres de la troupe African Choir, il y a également un portrait saisissant du Major Musa Bhai, un musulman natif de Ceylan converti au catholicisme dans l’Inde Coloniale. Avocat brillant, il avait accompagné la famille de William Booth, fondateur de l’Armée du Salut. Comme le souligne Musai, il y a de nombreuses histoires coloniales, culturelles, personnelles dans ces images mais ce qui est souvent ahurissant, c’est combien les modèles sont   empreints d’assurance et de maîtrise de soi.

Black Chronicles II est rythmé par plusieurs clichés surprenants, quelques-uns uns de célébrités mais le plus souvent d’individus ordinaires mêlés dans le champ de l’histoire coloniale et post coloniale. Parmi les premiers, Sara Forbes Bonetta, certainement la plus connue des anglais noirs de l’époque victorienne, immortalisée par deux célèbres photographes, Camilla Silvy et Julia Margaret Cameron.
Capturée à l’âge de cinq ans par des marchands d’esclaves en Afrique de l’Ouest, elle fut secourue par le Capitaine Frederick E. Forbes puis « offerte » en cadeau à la Reine Victoria. Forbes qui avait rebaptisé l’enfant du nom de son bateau décrivit plus tard ce moment de fierté quand il réalisa que Forbes Bonetta serait un présent du Roi des noirs à la Reine des blancs.

Plus étonnant encore, le portrait de Dejazmatch Alamayou Tewodros, un prince Ethiopien devenu orphelin à l’âge de sept ans lorsque son père mourut plutôt que de se rendre aux troupes britanniques qui avaient encerclé son château dans ce qui était alors l’Abyssinie. Alamayou fut emmené en Angleterre par Sire Robert Napier et adopté par l’explorateur bizarrement nommé Capitaine Tristram Speedy.

Il y a de la mélancolie dans ces images, particulièrement lorsqu’il s’agit de portraits d’enfants car ils évoquent l’exil et la séparation dit Musai. C’est certainement le cas d’Alamayou et aussi de Ndugu M’ Ali, aussi connu sous le nom de Kalula comme serviteur – compagnon de l’explorateur Henri Morton. L’histoire du colonialisme, emplie de ses contradictions, est palpable dans ces images.

Dans Black Chronickles II , les albums de photos et cartes de visite exhumés, accompagnés d’un diaporama des photos de soldats britanniques noirs, de portraits sélectionnés dans les Archives Hulton et celles du National Army Museum complètent l’impressionnante histoire de l’expérience noire britannique mais raconte aussi les histoires individuelles que sous-tend cette expérience collective.

Cette exposition est tout à fait logiquement un hommage à Stuart Hall, le théoricien bien connu des Cultural caribbean studies récemment décédé et dont les écrits ont inspiré le projet Missing Chapter. Ils sont là parce que vous y étiez disait- il des britanniques noirs. Il y a un lien ombilical. Il n’est pas possible de comprendre l’Angleterre sans comprendre sa dimension impériale et coloniale. Les photographies exhumées de Black Chronicles II fournissent la possibilité fondamentale, et jusque-là oubliée de mieux comprendre ces connexions complexes.

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