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Le prix de l’art

 

Depuis la publication de cet article sur le site  www.artsvisuelscaribéens.com en 2008 – site actif entre 2005 et 2012, désormais clos et remplacé par une page facebook, les collectivités, qui ne sont pas encore dotées d’espaces et d’équipes professionnelles  ont diminué considérablement leurs programmes d’expositions et ont perdu le leadership de la légitimation artistique au profit de la Fondation Clément, désormais, première instance de légitimation de l’art en  Martinique. Cependant la structuration du marché n’a pas progressé et cette analyse semble toujours pertinente. En effet de nombreux maillons indispensables au fonctionnement de la structuration du marché de l’art n’existent pas encore à la Martinique : ventes aux enchères, musées, Frac, galeries professionnelles…

Comment favoriser la structuration du marché de l’art  à la Martinique et dans la Caraïbe? Serait- il possible de développer le marché inter-caribéen et comment ? Faut-il trouver un  » autre modèle  » que celui du marché international? Comment favoriser concrètement l’insertion de certains artistes de la Martinique dans le marché international?

Le prix de l’art

L’œuvre d’art correspond à un besoin d’expression intime de l’artiste. Sa valeur n’est pas facilement appréciable à partir de l’œuvre elle-même. Elle l’est d’autant moins que l’œuvre contemporaine s’élabore principalement pendant la phase mentale de conception. L’idée prime sur l’exécution. Dès lors comment évaluer le prix d’une œuvre d’art?

Le coût de production (c’est à dire la qualité et la quantité des matériaux utilisés, la technique, le temps d’exécution) qui pourrait être le seul facteur objectif ne compte pas véritablement. Les qualités immatérielles de l’œuvre, la notoriété de l’artiste, le pedigree de l’œuvre, son appartenance à un mouvement artistique, la demande du public comptent bien davantage. En réalité, deux produits s’échangent: l’œuvre elle-même et la notoriété de l’œuvre.

Le statut économique de l’œuvre d’art est en outre spécifique. Alors que dans un marché boursier, l’offre est déterminée par l’affrontement de multiples vendeurs et acheteurs, dans le marché de l’art, un seul vendeur se retrouve en situation de monopole. L’œuvre est unique, non substituable et indivisible. Qui plus est, son estimation dépend de sa valeur esthétique et il entre forcément une part d’incertitude dans l’évaluation de cette valeur. Ce sont les instances de légitimation de l’art, les musées, les manifestations internationales, les galeries leader, les ventes aux enchères, les grands collectionneurs qui construisent, par leur interaction, la valeur économique de l’œuvre.

En  Martinique, la structuration de la diffusion de l’art n’est pas achevée. En l’absence de musée d’art, de FRAC, de Centre d’art labellisé, de galerie d’envergure internationale, de société de vente volontaire, les conditions de définition de la cote des artistes ne sont pas réunies. Alors, comment est établi le prix d’une œuvre ? Si un particulier est séduit, il l’achète au prix fixé par l’artiste. Le désir est son seul moteur. Ce n’est pas la loi de l’offre et de la demande qui établit le prix de l’œuvre mais l’artiste lui-même dans l’auto – évaluation. Et comme l’art est essentiellement acheté pour décorer l’intérieur des particuliers, ce ne sont pas les artistes engagés dans la recherche contemporaine qui sont le plus vendus. Pour ces clients de l’art, la valeur de l’art reste affective ou décorative ou esthétique. Ce n’est pas un investissement. Il n’y a d’ailleurs pas de second marché. Les œuvres ne sont pas re- négociables. Comment pourraient – elles l’être sans prix de référence?

La seconde conséquence de cette structuration professionnelle inachevée, c’est que le politique devient et demeure la principale instance de légitimation reconnue par les artistes. La plupart des plasticiens considèrent une exposition dans le Hall du Conseil Régional, à l’Hôtel du Département ou une salle de la Préfecture de Région comme la consécration suprême.

Cependant aucune distinction n’est opérée entre les différentes conceptions de l’art, le plasticien – chercheur, l’amateur, l’artisan sont mis sur le même plan. Le public, les collectionneurs, les journalistes, les responsables culturels ne différencient pas les objectifs des créateurs. D’une part les artistes qui cherchent à répondre, sans chercher à se positionner dans les mouvements de l’art contemporain, à une demande décorative d’un large public peu sensibilisé à l’histoire de l’art. Ces derniers  mettent surtout en avant leur savoir – faire. D’autre part, ceux qui ne cherchent pas à répondre à une demande pré- existante mais tentent de créer une œuvre originale même s’ils n’ont pas encore accédé à la légitimation.

Alors, peut – on parler véritablement de marché de l’art  lorsque les transactions sont unilatérales, de l’artiste à son client, sans perspective d’échanges de client à client, d’île à île, hors de la présence des acteurs qui interviennent traditionnellement dans un marché de l’art structuré ? Les plasticiens, les collectionneurs, les amateurs ne gagneraient – ils pas à ce que le marché se structure et que les échanges s’intensifient ?

Dominique BREBION

AICA Caraïbe du sud

Décembre 2007

 

La cote, c’est l’estimation de la valeur d’un bien qui sert prix de référence lors des transactions. La cote d’un artiste se construit sur le résultat des ventes aux enchères et est constamment actualisée en fonction de l’évolution de la carrière artistique.

 

L’Association Internationale des Critiques d’Art (AICA) est une O.N.G, fondée en 1949  qui compte 4200 membres répartis en 64 sections nationales dont la section AICA Caraïbe du sud créée en 1997. L’AICA a pour objectif  de renforcer mondialement la libre expression de la critique d’art et d’en assurer la diversité.

 

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