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Ewan Atkinson & Alberta Whittle:vers la dissolution du stéréotype du genre à Barbade-Natalie McGuire

 

Alberta Whittle2012

Alberta Whittle
2012

 

Avec le nombre le plus élevé d’églises au mètre carré, on peut raisonnablement dire qu’à la Barbade l’impact moral (religieux) est très fort.  En 2012 pas moins de 80% de la population a rejoint un groupe religieux[1], principalement Chrétien. Un des aspects de la Chrétienté est cette perception stricte du genre et des relations entre sexes, et plus particulièrement le manque de tolérance envers l’homosexualité. Cette intolérance va jusqu’à s’infiltrer dans le système juridique barbadien : tout individu surpris en flagrant délit d’acte homosexuel risque la prison à perpétuité. Face à cette mentalité morale traditionnelle (bien que jusqu’ici encore intolérante s’agissant des relations avec le même sexe), les stéréotypes de genre masculin/féminin contemporains s’observent aussi dans la représentation hypersexuée de la culture de ’fête’ Dancehall à travers l’île. Mais le fond commun demeure : il semble que la femme barbadienne doive adhérer au stéréotype, qu’elle soit la déesse du foyer pieuse de la tradition, ou plus contemporaine, la ‘rude gal’ –mauvaise fille- peu vêtue, sexuellement agressive ; de même, il semble que le mâle barbadien doive assumer soit l’image du père nourricier en col blanc, pieux, et chef de famille, soit le ‘rude boy’ –mauvais garçon- contemporain, faisant du business, vêtu de ses jeans ‘baggy’. Cependant deux artistes de notre île semblent mettre en avant et questionner ces stéréotypes dans leur production récente, encourageant le débat sur le sujet et aménageant ainsi un espace de discussion sur notre pratique culturelle du stéréotype. 

"Ewan

Artiste visuel, Ewan Atkinson a exposé en France, dans le Royaume uni,  Trinidad, en divers endroits des Etats-Unis, ainsi qu’à  Barbade. Le thème récurrent du travail d’Ewan est le stéréotype en matière de sexualité, questionnant les valeurs qui sous-tendent le rôle du genre dans la Caraïbe, se représentant souvent dans l’œuvre, accentuant ainsi le déplacement d’identité qui peut résulter d’une structure des genres si rigide. Par exemple, dans son œuvre Playing House -Scènes Domestiques– (2005) : utilisant des textes éducatifs de la période coloniale autrefois distribués dans les écoles barbadiennes, Ewan Atkinson  a reconstitué des scènes domestiques dans une maison de poupée, insérant ensuite son image par ordinateur en lieu et place des personnages du livre, principalement en fille vêtu d’une robe rouge. I Cannot Wear This Dress –Je ne peux pas porter cette robe- (fig.1) illustre son rejet des valeurs sociétales basées sur la représentation des genres, et son exclusion de ces rôles. Dans son image il est un homme vêtu d’une robe. Mais selon les conventions traditionnelles, il a aussi conscience que ce choix n’est pas acceptable socialement à  Barbade, qu’il n’est pas acceptable que l’homme du foyer porte la robe. L’extrait du texte de référence placé directement sous l’image créée par lui, Ewan Atkinson démontre que cette mentalité conservatrice de l’éducation coloniale ne serait que le prérequis de la société Bajan contemporaine si conservatrice s’agissant des genres.

Ewan AtkinsonSans Titre 2011

Ewan Atkinson
Sans Titre 2011

Un autre travail récent proposé au Plywood Project – Projet Contreplaqué- de l’espace Projects and Space, en 2011, se conçoit comme un commentaire sur la liberté d’une nation et la liberté de l’identité nationale à la Barbade. (fig.2) Dans ce portrait, il exprime ses réserves vis-à-vis de deux critères identitaires importants – à savoir, son héritage national en tant que Barbadien ‘libre’, et  son rôle restrictif en tant que mâle. Une référence à l’éducation inscrite semble contenir l’image où Ewan Atkinson oppose ce qu’on lui a enseigné qu’il devrait être à ce que personnellement il représente. L’insertion du personnage du Bussa, symbole de liberté à la Barbade, placé au milieu d’un feuillage sur un  buste de lui-même portant du maquillage et défiant le spectateur. Pourquoi à la Barbade un homme ne serait-il pas libre d’avoir une autre orientation sexuelle que celle d’hétérosexuel … et ceci d’une manière si opprimante qu’il est réellement illégal d’exprimer des tendances homosexuelles ? Les homosexuels ou bisexuels ou transgenres ne sont-ils pas inclus dans  la sphère de l’identité nationale- ou bien est-il ‘non-Bajan’ d’être gay ? Ces défis à l’identité sociale se dégagent de l’œuvre pour finalement ouvrir le débat sur les relations entre orientation sexuelle et stéréotype de genre dans cette île.

Dans le même style de thèmes, la dernière production d’Alberta Whittle, une installation/performance met l’accent sur l’hypersexualité dans la ‘culture fête’ à  Barbade, ainsi que les implications des  stéréotypes de genre qui y sont associés. Diplômée du MFA de l’Ecole d’Art de Glasgow, Alberta Whittle vient de terminer fin 2012 une résidence d’artiste de trois mois à FRESH MILK,  plateforme artistique à but non lucratif de   Barbade.  Le résultat de cette résidence est cette création Hustle de Money- A Performance by Bertie aka Big Red aka De General outta Glitter Zone[2]. Trouvant son inspiration des affiches annonçant les fêtes à Barbade, et en particulier à Bridgetown la capitale, Alberta Whittle a reconstitué une campagne de promotion et un scénario de fête dans l’espace artistique FRESH MILK. Y étaient incluses en abondance des affiches réinterprétées, représentant Alberta elle-même en personnage féminin et masculin dans la publicité et une performance où elle joue les stéréotypes des deux genres. L’affiche constituait un commentaire social direct de la nature explicitement sexuelle du type de publicité présenté. Par exemple, dans From de Boat to the Club Gals them ah Bubble[3] (fig.3). Alberta Whittle se représente comme le personnage féminin habillé de façon provocante ‘ Shakira –dite- Reds –dite- Hookie de Champagne Babies’, et elle campe aussi le personnage masculin distant dit ‘Shotta’.  Les titres de ces fêtes sont des textes de tubes Dancehall populaires dans toute la Caraïbe,  et les images insérées de bouteilles de champagne, de lingots d’or et de liasses de billets représentent l’influence américaine du ‘style Hip-hop’. Ici, les femmes adoptent toujours des poses suggestives, et les hommes, toujours la dégaine du ‘voyou’ provocateur. Pour Alberta Whittle il s’agit d’exprimer ainsi ses intentions par des affiches : ‘Bien consciente de ne pouvoir vraiment me présenter comme personne masculine, il s’agit pour moi de me moquer de ces stéréotypes et de montrer les signes évidents de la mascarade dans ces actions.[4]

Alberta Whittle2012

Alberta Whittle
2012

Dans la partie performance de cette œuvre (fig. 4 & 5) Alberta Whittle ‘a effectué des mouvements et récité des phrases évoquant le machisme rabâché et fétichiste de la ‘fête’ caribéenne et de la culture de la rue. Chaque séquence débutant et se terminant par les allées et venues de l’artiste, disparaissant derrière l’écran- paravent pour changer de costume et revenant (alternant entre identités masculine et féminine : bas noirs déchirés pour la femme, bas de jogging pour l’homme).’[5] La performance, véritable installation interactive a permis au public de participer à la scène de Dancehall, Alberta Whittle tournoyant et les invitant à  la couvrir de bananes. La banane, symbole phallique, et également produit d’exportation typique de la Caraïbe … domaine où le genre caribéen est impliqué autant que dans le Dancehall. Jouant le rôle masculin et féminin à la fois dans ce scénario  traitant de la culture d’exploitation sexuelle, Alberta Whittle entend commenter la fluidité de rôles apparemment rigides dictés par la culture de ‘fête’ auxquels les Bajans doivent souscrire pour justement être admis dans ces fêtes.

Ainsi, le fait que ces artistes critiquent le stéréotype de genre à la Barbade signifie-t-il la dissolution de celui-ci ? D’une façon abstraite, Ewan Atkinson et Alberta Whittle illustrent bien le fait que la création d’une prise de conscience des rôles exigés par la société en matière de genre, déclenche déjà la dissolution de ces rôles. Et que par conséquent cela peut ouvrir la voie, et générer une vision plus diversifiée des représentations du masculin et du féminin regroupées dans une identité nationale barbadienne.

TRADUCTION SUZANNE LAMPLA

lampla.suzanne@wanadoo.fr

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Légendes

E.A 1

Je ne peux pas porter cette robe, I cannot Wear this Dress, Ewan Atkinson, (2005). Technique mixte sur papier, 24.5” x 16”

EA2  Sans titre, Untitled, Ewan Atkinson (2011). Technique mixte sur bois, 10”x 10”. Photographies de Sheena             Rose

AW1     Du bateau jusqu’au club ces filles-là se trémoussent,  From de Boat to de Club Gals dem ah Bubble, Alberta Whittle, 2012

AW2       “Hustle de Money…” Alberta Whittle, 2012. Photographies de Dondre Trotman

AW3 “Hustle de Money…”  Alberta Whittle, 2012. Photographies de Dondre Trotman

NOTES


[2] Fais du bizness –Performance par Bertie-dit- Big Red-dit le Bad Boy de la Zone bling-bling.

[3] Du bateau jusqu’au club ces filles-là se trémoussent.

[4] Alberta Whittle,  Les mauvais garçons ne valent rien, Les bons garçons sont ennuyeux, J’aime mon ‘Monsieur- pas -bien’.

[5] Therese Hadchity, Le mauvais garçon et l’artiste Contemporain: performance de Alberta Whittle ‘Fais du bizness’.

Discussion

Une réflexion sur “Ewan Atkinson & Alberta Whittle:vers la dissolution du stéréotype du genre à Barbade-Natalie McGuire

  1. J’ai toujours apprécié le travail et la personnalité d’Ewan Atkinson; le propos est percutant et la vulnérabilté de l’artiste assez touchante. Je découvre le travail d’Alberta Whittle, autre talent prometteur parmi cette nouvelle génération.

    Publié par Suzanne Lampla | 31 janvier 2013, 10 h 29 min

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