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Quelques femmes artistes internationales et leurs œuvres majeures

Sophie Ravion D’Ingianni

Seconde partie

Nous continuons notre trajet dans les œuvres de femmes artistes pluridisciplinaires et à travers le monde. 

Tamara de Lempicka [1]

Tamara de Lempicka – Jeune fille avec des gants – H T

Elle est née en 1898 à Varsovie en Pologne, et décédée en 1980 à Cuernavaca au Mexique.

Dans les années 20, l’artiste fit connaitre le phénomène de la femme peinte comme Star Glamour. Elle fut la portraitiste la plus célèbre de centaines de familles américaines. Elle vécue à Paris à la Rue Méchain, où elle menait une vie moderne qui était légendaire. Elle ne s’intéressait qu’aux riches, aux puissants. Dès son arrivée à Paris, avec son mari, un riche avocat, elle étudie la peinture auprès de Maurice Denis et André Lhote. Le 1er avait fait partie du groupe des Nabis, auquel appartenait Gauguin. Il lui montra comment simplifier les couleurs et les formes pour contourner nettement le sujet. De lui, elle apprit aussi à donner aux couleurs ce chatoiement émaillé qui caractérise sa peinture.

Il faut savoir que les années 20, assistent à son ascension fulgurante et en 1927, elle atteint le succès auquel elle aspirait. En 1939, elle quitte l’Europe avec son second époux et à Hollywood, elle devient la portraitiste préférée des stars.

Esther Mahlangu [2]

Esther Mahlangu

Elle est née en 1935 en Sud Afrique et fait partie de la tribu du Sud Ndebele  (ce terme ce réfère à plusieurs groupes ethniques du Zimbabwe).

Elle est une des rares femmes artistes africaines, dont l’art est souvent exposé sur la scène internationale. En dépit de ses nombreux voyages et expositions, elle est toujours restée en étroite relation avec son village et sa culture.

Elle a commencé à peindre à l’âge de 10 ans avec sa mère et sa grand-mère. Dans son travail, elle suit une tradition locale de ce type de peinture pratiquée par les femmes du village pour décorer leurs maisons avec ce savoir-faire traditionnel. Ces peintures sont étroitement liées à l’ancienne tradition qui concerne le rite de passage des garçons à l’âge de leur adolescence. Puis entre 18 et 20 ans, les jeunes de la tribu vont être circoncis, rituel qui confirme leur passage à l’âge adulte. Aussi pour célébrer cet événement, les femmes repeignent l’intérieur et l’extérieur de leur maison avec une préparation de bouse de vache et de craie. Les dessins sont très caractéristiques – ils sont de formes géométriques et de couleurs très vives avec des cercles noirs qui contrastent sur les fonds blancs.

L’artiste s’est donc rapproprié cette tradition pour peindre sur des toiles, des objets et même des voitures. En 1994, elle sera la créatrice du premier « Africain Art Car » – BMW

En 1997, ses dessins seront même reproduits sur la queue des avions British Airways.

Ana Mendieta [3]

Ana Mendieta – Arbol de vida – Anthropométries dans le paysage – Performance

Elle est née en 1948 à la Havane à Cuba. Elle est décédée très jeune. Elle s’est suicidée en 1985 à  New-York.

Toute l’œuvre d’Ana Mendieta se rattachait à une tradition mythique et religieuse (la santéria)  existant dans de nombreuses cultures. Jusqu’à l’âge de 12 ans, Ana Mendieta grandit à Cuba. Après la révolution communiste de 1961, elle est envoyée aux Etats-Unis dans le cadre de l’opération « Peter Pan » – comme des milliers d’autres enfants – et vit plusieurs années dans un orphelinat catholique d’Iowa. Les expériences traumatiques de la solitude, de l’exil et d’une double « altérité » comme femme et comme latino-américaine ont profondément marqué son travail. Dans de nombreuses performances, films, photographies (Earths Works), dessins, sculptures et installations qui ont le plus souvent pour point de départ son propre corps, Ana Mendieta arrange et documente les processus rituels de la transformation, mais aussi de la dissolution et de la destruction de l’identité sexuelle, ethnique et culturelle.

Rape Scène (1973) réagissant au viol et au meurtre d’une étudiante de son campus, remettait en scène ce crime sous forme de tableau vivant dans son propre appartement ou les spectateurs devaient entrer en force par la porte entre ouverte : au centre de la scène, le corps d’Ana Mendieta attaché à une table, la tête dans une flaque de sang, le bas ventre nu maculé de sang, entouré de vaisselle brisée.

Dans People Looking at Blood (1973), elle faisait couler du sang du seuil de son appartement jusque dans la rue et photographiait la réaction des passants. Dans Clinton St : Dead on the Street(1973), elle se couchait dans la rue comme morte. Rétrospectivement, le réalisme recherché dans ses œuvres est d’autant plus troublant qu’il semble préfigurer la mort violente de l’artiste par défénestration en 1985.

Un thème central de l’œuvre de Mendieta est la nécessité de la mort comme condition pour l’apparition d’une vie nouvelle. Ainsi, la série photographique On giving Life (1975) qui se rattache à l’iconographie chrétienne de la danse funèbre, montre l’artiste accomplissant un acte sexuel stylisé avec un squelette.

Dans Flowers on Body (1973), Mendieta s’enterrait dans une tombe zapotèque, une tribu indienne du Mexique et se couvrait de fleurs blanches qui semblaient pousser sur son corps nu.

En faisant appel aux cultures précolombiennes, Ana Mendieta réfléchissait en même temps sur l’histoire de sa propre famille, dont la généalogie maternelle remontait jusqu’à la Conquista au début du XIVème siècle. L’identification avec la figure de victime qui parcours l’œuvre de l’artiste comme un leitmotiv oblige à lire cette œuvre comme un hommage aux peuples d’Amérique latine et des Caraïbes qui furent opprimés et exterminés par la colonisation.

L’œuvre sculptée de l’artiste au début des années 80, par exemple ses Esculturas Rupestre éxécutées en 1980 dans un parc national des environs de la Havane, ressemblent souvent aux pièces archéologiques de cultures disparues.

Pour Ana Mendieta, il s’agit principalement, d’une critique des visées politiques, technologiques et culturelles des Etats-Unis sur l’Amérique latine, critique explicitement formulée lors d’une conférence qu’elle donna en 1982 au New-York Museum of Contempory Art de New-York.

Natacha Merritt [4]

Natasha Merritt

Elle est née en 1977 à San-Francisco – vit et travaille à New-York.

Les nouveaux médias produisent de nouvelles icones. Natacha Merritt est une icône de l’internet et du style de la vie contemporaine. Elle personnifie ce média : jeune, spontanée, friande de contacts, Natacha Merritt est fêtée comme la « Digital girlie » de l’internet grâce à ses pièces intitulées Digital Diaries. Elle y montre comment il est possible de saisir en image le formidable désir d’expériences humaines qui anime aujourd’hui les êtres humains. Le fait que ces images parlent crument de la satisfaction de ses désirs est directement lié à la volonté très marquée de Natacha Merritt d’en faire elle-même l’expérience. Fait presque surprenant, la manière dont elle nous fait partager les détails les plus intimes de sa vie sexuelle ne nous fait pas penser pour autant à de la pornographie. Il s’agit plutôt de l’envie d’en savoir plus sur le caractère très direct avec lequel elle interroge la vie dans ces images.

Tous ceux qui ont vu ses Digital Diaries connaissent donc Natacha Merritt. Le sexe étant sa façon de se connaître elle-même, ses amis et les rencontres de hasard, hommes et femmes. Ceci permet de prendre connaissance de la différence entre la satisfaction corporelle immédiate et de désir incomparablement plus tenace étant jamais en contact avec des êtres humains réels. Dans ses Digital Diaries, l’appareil photo a fixé une scène pendant laquelle Natacha Merritt, tout en faisant l’amour avec lui, regarde son partenaire masculin avec une curiosité mêlée de scepticisme. Dans son regard se lit néanmoins la certitude que la sexualité n’est plus la promesse du bonheur suprême, mais qu’elle sert surtout à préserver l’être de sa propre solitude : le sexe comme forme la plus simple de la communication.

Natacha Merritt déclara : « Mes attentes artistiques et sexuelles sont une seule et même chose ». Justement dans Digital Diaries, Natacha Merritt est son motif préféré. Elle pose continuellement devant son appareil photo : au lit, sous la douche, faisant l’amour. L’appareil photo numérique est comme un compagnon fidèle : elle photographie en se masturbant, seule ou à plusieurs, dans toutes les positions, juste à une longueur de bras. C’est d’ailleurs une distance maximale que nous pouvons d’ailleurs prendre par rapport à elle. Elle ne nous laisse pas plus d’espace et déjà nous sommes pris dans la composition de ses images. Ces photographies sont finalement une sorte de journal intime numérique et public. Comme on peut s’y attendre, le voyeurisme est ici le moteur qui opère la fusion entre art, technique et pulsions sexuelles

Annette Messager [5]

Elle est née en 1943 à Berck sur Mer – vit et travaille à Malakoff à côté de Paris.

L’une de ses œuvres les plus drôles se trouve sans doute dans un de ses albums de la série Annette Messager truqueuse : La femme et la Barbe (1975) photographies d’un visage affublé d’une longue barbe souriant vers l’intérieur de lui-même les yeux fermés – un visage masculin ? Annette Messager y court-circuite toute attribution univoque, car ces photographies procèdent de la récupération ironique du marquage sexuel. Dans un cadrage réduit, l’artiste a dessiné un visage sur son ventre juste au-dessus des poils pubiens. Dans cette imbrication de signes corporels « naturels » et « artificiels », le haut et le bas sont inversés et les poils pubiens sont réinterprétés comme barbe.

L’artiste se sert de son corps comme d’un vecteur de signes anonymes, comme d’un fond pictural, comme d’une surface inscriptible.

Dans Mes Jalousies (1972) Annette Messager peignait des rides et des dents manquantes sur ses portraits photographiques de jeunes femmes, afin d’annuler leur beauté et leur jeunesse. Comme elle l’exprimait elle-même, l’idée directive était de ramener tous ces petits rêves, ces vanités et idées fixes de petits modistes sur un seul plan, pour faire émerger ce demain méconnu, méprisé, soi-disant « féminin » sous forme de jolies aquarelles, de petites notes de Journal, de coupures de journaux illustrés. Plus tard, Annette Messager développe ce procédé en peignant sur des photographies représentant des parties corporelles : visages dessinés sur les bouts de doigts d’une main, lignes d’une paume très agrandie avec des paysages fantastiques : Mes trophées (1988).

Annette Messager -Mes vœux est une installation artistique réalisée par Annette Messager en 1989. Il s’agit d’une série de 263 épreuves photographiques en noir et blanc représentant des détails de corps d’hommes et de femmes et suspendues de façon à former un cercle. Elle est conservée au musée national d’Art moderne, à Paris.

Annette Messager – Mes voeux – Photographies encadrées et suspendues

La Collection Mes Jalousies et une autre série, dans laquelle Annette Messager maquillait des yeux de bébés dans des photographies touchantes, lui valurent des critiques violentes. L’artiste touchait aux fantasmes les plus sacrés de la féminité bourgeoise : la maturité, la jeunesse et la beauté de l’apparence. Les formes prises par l’angoisse d’être belle sont parodiées dans l’installation : Les tortures volontaires (1972), compilation de photos publicitaires montrant des masques grotesques, démodés ou futuristes, ou encore des appareils correcteurs, le tout dans un scénario qui fait songer aux recherches de Frankenstein ou aux chambres de tortures médiévales. Chez Annette Messager, la citation simultanée et la destruction des clichés féminins caractérisent depuis toujours une stratégie de l’auto affirmation artistique qui reprend en même temps à son compte les démarches de l’art brut, de l’art conceptuel et du surréalisme.

Dans Attitudes et Expressions diverses (1973), Annette Messager présente des photographies de femmes à qui leur mimique et leur gestuelle sont attribuées à différents états d’âme tels que la douleur, la fatigue, l’inquiétude, et l’angoisse. Les photos rappellent les manifestations de l’hystérie présentée dans Iconographie photographique de la Salpetrière (1978), un ouvrage publié dans le cadre de recherches du docteur Charcot dans son asile.(Art Brut).

L’utilisation de petits formats et d’objets banals, souvent empruntés au domaine des activités domestiques classiquement attribuées à la femme, le mélange et l’hybridation de procédés et de matériaux divers, comme dans Bricolages, a notamment pour origine le propos antihiérarchique du mouvement de mai 68, duquel est né – surtout  en France – la pensée féministe, dans le contexte de laquelle l’artiste a commencé à formuler son travail.

Dans les années 80 et 90, Messager travaille plus que jamais sur des installations ou des scénographies dans laquelle elle combine souvent ficelles, filets, objets cousus, animaux naturalisés ou en peluche, avec des photographies de fragments corporels ou de petits dessins d’organes humains. Pour elle, la taxidermie et la photographie relèvent des mêmes attentes : la 1ère consiste à fixer un oiseau volant ou à figer l’attitude (Les Pensionnaires), la seconde fixe le mouvement, fige un moment de la vie. Dans d’autres pièces, se seront des organes en tissu qui pendent du plafond comme des carcasses à l’abattoir. L’artiste considère son travail comme un grand patchwork, à l’instar de notre culture, bricolage grossier, fourre-tout disparate, accumulation d’éléments d’origines les plus diverses et plus d’évènements constitutifs de notre identité.

Dans certaines de ses installations, par exemple Jour de Deuil (1994), elle mêle à des photographies pendant du plafond des fils de laine de vêtements démaillés, établissant des correspondances formelles et symboliques entre les fragments corporels présentés. Un autre médium utilisé pour la présentation de ce travail complexe est les vitrines parfois murales, dans lesquelles des vêtements féminins sont présentés comme des objets de collection, ou dans lesquelles on trouve des enveloppes corporelles allongées, abandonnées comme dans des cercueils de verre : Histoire de Robes (1990). Annette Messager dira « Etre une artiste signifie guérir continuellement ses propres blessures, et en même temps les exposer sans cesse ».

Shirin Neshat [6]

Shirin Neshat -Women of Allah – 1993

Elle est née en 1957 en Iran – vit et travaille aux Etats-Unis. Au regard de la globalisation du monde, des phénomènes migratoires et d’une plus grande ouverture aux cultures non occidentales, l’intérêt du public pour les artistes issus d’autres cultures, dont les œuvres thématisent des influences multiculturelles, n’a cessé de se développer.

Shirin Neshat a grandi en Iran et se rend en Californie en 1974. En 1990, elle retourne dans son pays d’origine et y trouve une société totalement différente. L’Iran de Reza Pahlavi était devenu une République islamique. Sur la toile de fond de cette expérience vécue, et décrite comme un « choc », Neshat décide de représenter le rôle de la femme dans l’islam, notamment à travers le tchador. En 1993, elle commence sa série Women of Allah, photos en noir et blanc de parties corporelles non voilées – le visage, les pieds ou les mains – entre lesquelles sont fichés un fusil ou une fleur. Sur les parties de l’image montrant des parties corporelles dénudées sous le tchador, viennent se superposer des titres en farsi, la langue perse. Sans cet ajout, l’artiste ressentait ses images comme « nues ». Shirin Neshat a choisi les textes de femmes écrivains iraniennes, métaphore du plaisir charnel, de la sensualité, de la pudeur et de la sexualité qui lui ont inspiré ses images en retour.

Alors que les textes ne sont pas compréhensibles pour le spectateur occidental, ils les  considèrent dès lors comme des calligraphies ornementales, mystérieuses. Les images de Neshat ne sont pas montrées en Iran, là justement où le texte pourrait être lu.

Vers la fin des années 90-1997, Shirin Neshat recherche de nouvelles voies pour faire entrer d’autres composantes narratives dans son travail et commence à tourner des films. La même année, elle réalise la vidéo en quatre parties : The Shadow under the Web. Dans les différentes projections simultanées présentées sur les 4 murs de la salle d’exposition, une femme en tchador (Neshat elle-même) court sans interruption le long d’un mur historique, à travers une mosquée, dans un bazar et dans les ruelles vides. On entend seulement sa respiration lourde et bruyante. Du fait de la situation politique dans son pays d’origine, Shirin Neshat a du tourner à Istambul. Le tchador devient ici la protection d’une femme qui semble traquée, fuyant sa situation suffocante dans la société islamique et partie à la recherche d’elle-même. Mais courir est quelque chose d’inadéquat et d’inhabituel dans les lieux de recueillement ou dans des commerces, courir est plutôt l’expression de notre civilisation occidentale et devient le symbole du « stress » de la société actuelle. Enfin le spectateur est lui-même invité à courir entre les différentes projections pour voir en même temps, ce qui s’avère impossible. En 1998, Neshat réalise son second film – Turbulent, primé en 1999 à la Biennale de Venise. Dans deux projections placées en regard l’une de l’autre, un homme et une femme (tous les 2 iraniens) semblent chanter l’un contre l’autre. Lorsque la femme commence à chanter, l’homme se tait et inversement. Isolée dans une pièce vide, la femme chante des mélodies sans parole. L’homme fait face à la caméra et tourne le dos à un public entièrement masculin. Il s’agit d’une épreuve de force entre les sexes, qui ne peut avoir lieu de cette manière dans un islam de tendance patriarcale, parce que la femme est largement exclue des manifestations musicales. Dans ce film en noir et blanc, c’est finalement l’incroyable voix de la femme qui l’emportera, tandis que l’homme est réduit au silence.

Shirin Neshat

Shirin Neshat – série Women of Allah – 2000.

Dans un autre film terminé en 1999 et intitulé Sobiloquy, réalisé en turque et aux Etats-Unis, Neshat oppose l’univers de 2 femmes : Occident et Orient, tradition et modernité, communauté et individu. D’un côté, la femme voilée de l’Orient et de l’autre la femme occidentale New-Yorkaise. Comme dans un jeu de miroirs inégal, elles parcourent leurs habitats respectifs et entrent respectueusement dans une mosquée et dans une église.

Les films de Neshat, dont les actions sont délibérément réduites et qui s’appuient sur la puissance suggestive des images, sont l’expression de son expérience de 2 cultures. Souvent ses films se passent de paroles.

Adriana Varejao [7]

Adriana Varejao [

Elle est née en 1964 à Rio de Janeiro – vit et travaille au Brésil.

Le concept d’art latino-américain reste réducteur dès lors qu’il s’agit de décrire la diversité des faits culturels de la partie brésilienne du Continent sud-américain. Plus on se rapproche de l’Amérique latine, plus la nivellisation par le regard européen semble étrange et irréelle.

La pluralité culturelle du continent invite les artistes à une plus grande ouverture d’esprit à l’égard des faits situés hors des frontières nationales.

La jeune génération d’artistes brésiliens possède l’un de ses plus célèbres représentants en la personne d’Adriana Varejao. Celle-ci s’approprie l’histoire du Brésil en montrant les lignes que le passé jette vers le présent, éveillant à la prise de conscience de sa diversité, tant en ce qui concerne les formes d’expressions surimposées par l’histoire coloniale que les traces culturelles des anciens esclaves noirs.

La mer, clef de l’histoire culturelle du Brésil, est un critère peu politique pour regarder le travail d’Adriana. La mer est le maillon aisément oublié qui uni le Portugal et le Brésil, vaste horizon. Et c’est précisément cet horizon qu’on devra conserver à l’esprit, car il constitue la toile de fond des installations d’Adriana Varejao.

Le sens tactile de l’artiste l’a conduite aux carreaux de céramique des conquérants portugais (azulejos). C’est surtout leur couleur bleu de cobalt qui depuis le XVIème siècle a marqué de son empreinte le Portugal et le Brésil. Adriana Varejao suit les sentiers battus de l’histoire, des voies maritimes des conquérants. Le décor de carreaux bleus se rencontre dans quelques édifices privés du Brésil, de même ces azulejos on les retrouve dans de nombreuses églises baroques du pays, il relate les légendes des saints et l’histoire des martyrs.

Adriana Verajao intègre dans sa peinture les injures du temps, les blessures de la surface, au même titre que les sujets des carreaux : tortures infligées aux martyrs, craquelures des carreaux, répression de la chair, ruptures et discontinuités.

Par l’intermédiaire des azulejos, Adriana Verajao peut citer le passé répressif de son pays sans devoir discréditer sa culture ni la déposséder de son fond métaphorique. Elle dira « Mon mode de narration n’est d’aucune époque, d’aucun temps, il se définit par des ruptures. Dans mes œuvres, la culture brésilienne de l’époque coloniale jusqu’à nos jours, devient une métaphore du monde moderne ».

La carrière de l’artiste débute en 1988, ce qui situe son art dans la mouvance de la génération des années 80. Prenant pour matériau le passé colonial du Brésil, Adriana Verajao construit des peintures tridimensionnelles. A cet effet, elle puise ses sujets dans les fonds de l’histoire de l’art : sculptures, monuments, porcelaines, gravures, cartes géographiques, ex-voto.

Le travail est quelque fois baroque, mais c’est l’impression de la chair qui reste présente dans l’œuvre de l’artiste – une chair qui semble sortir de grandes entailles, semblables à des blessures.


[1] Tamara Łempicka connue en France sous le nom Tamara de Lempicka, née Maria Górska le 16 mai 1898 à Varsovie (Pologne, alors dans l’Empire russe) et morte le 18 mars 1980 à Cuernavaca (Mexique), est une peintre polonaise représentative du mouvement Art déco.

[2] Esther Mahlangu, née en 1935 dans l’ancienne province du Transvaal (Afrique du Sud), est une artiste sud-africaine de culture Ndébélé. Elle est connue pour ses peintures contemporaines, à grande échelle, dans un style géométrique faisant référence à cet héritage Ndebele.

[3] Ana Mendieta, née le 18 novembre 1948 à La Havane et morte d’une chute le 8 septembre 1985 à Greenwich Village (New York). Chute d’un immeuble où elle vivait avec le sculpteur minimaliste américain Carl André.  Ana est avant tout une performeusesculptricepeintre, photographe et artiste vidéo américano-cubaine dont l’œuvre se situe à la croisée du land art et du body art. Elle est surtout connue pour son travail « earth-body ». Son œuvre explore la binarité du genre et s’inscrit dans une vision essentialiste du corps et des rapports entre les sexes.

[4] Natacha Merritt est née en 1977, à San Francisco, aux Etats-Unis. Depuis son enfance, elle rêvait de devenir avocate, elle étudie donc le droit à l’université de la Sorbonne à Paris en 1996. Cependant, au bout de trois mois, elle abandonne ses études pour suivre sa nouvelle passion : la photographie numérique érotique. Devenant ainsi photographe et conceptrice d’images de projections, elle se fit remarquer par le photographe fétichiste Eric Kroll qui sera à l’origine des publications à la maison d’édition allemande Taschen de ses « Digital Diaries »en 2000. Depuis, elle connaît une montée fulgurante dans le monde de la photographie.

[5] Annette Messager, née le 30 novembre 1943 à Berck (Pas-de-Calais), est une artiste et plasticienne française. Elle a notamment réalisé des installations incorporant diverses techniques artistiques dont la photographie ou le dessin. Son art essaie de stimuler un dialogue autour du corps, l’intimité, les tabous, le féminin.

[6] Shirin Neshat  née le 26 mars 1957 à Qazvin en Iran, est une artiste vidéaste et photographe iranienne qui vit à New York. Son travail aborde la question de la dualité et des contrastes entre l’Islam et l’Occident, la féminité et la masculinité, la vie privée et la vie publique et propose des passerelles entre ces sujets.  

[7] Adriana Varejão, née en 1964 à Rio de Janeiro, est une artiste contemporaine brésilienne.

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