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La Maison d’Aimé Césaire

La Maison d’Aimé Césaire

Dès  mi – juillet, la Maison d’Aimé Césaire sera de nouveau ouverte au public, tous les lundis de 9H30 à 12h30. Le mardi sera consacré à l’accueil des groupes (7 personnes maximum), sur rendez- vous. Port de masque obligatoire.

Visiter cette maison où Aimé Césaire, poète, dramaturge, fondateur de la négritude mais aussi homme politique, initiateur du Parti Progressiste, maire de Fort – de- France et député,  a vécu les quarante dernières années de sa vie offre le privilège de se glisser dans l’intimité de ce poète exceptionnel déterminé à pousser d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées et dont la parole belle comme l’oxygène naissant  a retenti de par le monde.

On est d’emblée frappé par la simplicité et l’authenticité de ce lieu de vie.

C’est une maison sans façon, nichée dans le  jardin verdoyant d’un quartier résidentiel de Redoute. Suzanne et Aimé Césaire l’avaient acquise au début des années soixante. Ceinte d’une élégante et discrète galerie, elle comprend trois chambres, un bureau, un séjour, une bibliothèque de plus de trois mille ouvrages en cours d’inventaire, des salles d’eau et des dépendances. Classée monument historique, elle est également inscrite dans la mission Stéphane Bern pour le patrimoine.

Comment ne pas être ému par le panneau qui fait face au bureau où le poète épinglait ses souvenirs : un poème de sa petite fille Delphine, des photos d’amis très chers comme  Michel Leiris , une vieille prescription médicale de son ami de toujours, Pierre Aliker, la carte de transport « famille nombreuse » de sa femme Suzanne du temps où la famille vivait à Paris.  Il y a aussi une photo du fromager de Saint – Pierre qui aurait résisté à l’éruption de 1902 et dont le tronc calciné aurait reverdi cinquante ans plus tard. Il y a encore un chèque de 4823, 65  francs,  jamais encaissé. Cette somme correspond à sa part des droits d’auteur pour la revue Tropiques rééditée par Jean- Michel Place à la fin des années quatre – vingt dix.

Chaque objet de la maison rapproche  de l’homme :

Les livres de chevet, Amkoulell, l’enfant peul d’Hampâté Bâ, les œuvres complètes de Baudelaire,  Journal d’un animal marin de Depestre, L’Age d’homme de Michel Leiris, Lettres à Lucilius de Sénèque,Un complot d’esclaves de Georges Mauvois, L’indien au sang noir de Christiane Sacarabani, Le tome 2 de l’Histoire de la Martinique d’Armand Nicolas.

Les vieilles encyclopédies botaniques, Exotica et Tropica, qu’il consultait longuement et fébrilement au retour de ses promenades quotidiennes à travers toute l’île, les bras chargés de feuillages et de branches afin d’identifier chaque feuille. On trouve encore quelques feuilles séchées entre les pages. Dès la création de la revue Tropiques, inventorier la flore de Martinique est en effet, pour Aimé Césaire,  un projet à la fois politique et poétique afin de  réinvestir dans le paysage de symboles et  de valeurs positives, fondatrices d’identité.

« Si je nomme avec précision, c’est qu’en nommant avec précision, je crois qu’on restitue à l’objet sa valeur personnelle, comme lorsque l’on appelle quelqu’un par son nom ; on le suscite dans sa valeur unique et singulière […]. En les nommant, flore, faune, dans leur étrangeté, je participe à leur force, je participe de leur force ».

Et l’on sait la richesse et la précision du vocabulaire botanique dans la poésie d’Aimé Césaire.

Parmi d’autres trésors intimes exhumés par la Fondation, on peut lire une longue lettre manuscrite de son ami René Depestre et voir l’original de la réponse de Maurice Thorez à sa lettre de démission du parti communiste en 1956.

La Fondation Aimé Césaire créée en juillet 2018 a confié à Johanna Auguiac, chargée de mission pour la restauration de la maison d’Aimé Césaire et du suivi de la Fondation Aimé Césaire (FAC),)la mission de restaurer, de valoriser, d’animer le domicile du chantre de la négritude.

Comment conserver l’ambiance intime et tranquille de ce lieu de vie tout en l’accompagnant d’une muséographie moderne ? Comment expliciter et transmettre l’engagement littéraire et politique d’Aimé Césaire  tout en soulignant ses connexions avec  la création artistique contemporaine ?

L’ambiance de la chambre, du bureau, du salon, de la salle à manger et de la bibliothèque sera conservée le plus fidèlement possible, simplement accompagnée d’outils muséographiques modernes, audio-guides, code QR pour Smartphones ou tablettes, tables d’orientation numérique. Les autres espaces intérieurs et extérieurs de la maison seront transformés pour rappeler aux visiteurs le parcours de vie les engagements intellectuels d’Aimé Césaire, ses liens avec l’Afrique,  le surréalisme, l’art, le théâtre,

Lorsqu’en septembre 1931, le jeune Aimé Césaire, alors âgé de 18 ans, arrive à Paris, inscrit en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, il rencontre Léopold Sédar Senghor, son aîné de quelques années, qui deviendra écrivain et président de son pays. Ils deviennent très vite amis. Senghor révèle l’Afrique à Aimé Césaire. Ensemble, ils créent le mouvement de la Négritude. Aimé Césaire collabore à la revue Présence Africaine, fondée en fin 1947 par Alioune Diop, professeur de philosophie né au Sénégal, avec le soutien d’intellectuels, écrivains ou anthropologues, Richard WrightAlbert CamusAndré GideJean-Paul SartreThéodore MonodGeorges Balandier ou Michel Leiris, mais aussi Joséphine BakerJames BaldwinPicasso.  La naissance de la revue s’inscrit dans la mouvance du panafricanisme dont les idées s’expriment depuis le début du vingtième siècle.

Lors de son passage forcé à la Martinique en 1941  qu’il évoquera  dans Martinique, charmeuse de serpentsAndré Breton découvre la revue Tropiques et la poésie d’Aimé Césaire. Breton publie  plusieurs textes et poèmes dans Tropiques, préface l’édition de 1947 du Cahier d’un retour au pays natal de son fameux texte d’éloge : Un grand poète noir.

C’est aussi à ce moment là qu’Aimé Césaire rencontre Wifredo Lam. C’est le début d’une indéfectible amitié. Wifredo Lam et Aimé Césaire suivent, avant de se rencontrer à la Martinique en 1941, des itinéraires parallèles sans doute partagés par nombre de jeunes natifs de la Caraïbe à l’avenir prometteur. Nés dans une île de la Caraïbe, Cuba pour Lam, la Martinique pour Aimé Césaire, ils la quittent pour rejoindre le continent Européen afin d’y poursuivre leurs études dans leur métropole respective, Madrid pour Lam, Paris pour Césaire. L’un et l’autre effectuent un retour au pays natal, en 1941 pour Lam, en 1939 pour Césaire ; retour au pays natal  qui imprimera sa trace dans leurs créations littéraires ou plastiques. Tous deux liés avec le surréalisme le dépassent rapidement pour s’engager dans une quête identitaire, un combat pour l’identité noire qui n’occulte pas cependant une aspiration à l’universel. L’Afrique, une Afrique retrouvée et mythique demeure au cœur de leur création même si leur engagement politique et humanitaire dépasse les frontières de ce continent.

 La genèse de leurs  deux œuvres communes est originale et chaque fois différente. C’est Wifredo Lam qui prend l’initiative de l’illustration, de la traduction et de  l’édition de Retorno al païs natal. Mais c’est Wifredo Lam qui sollicite Aimé Césaire pour que ce dernier compose les poèmes qui accompagnent ses gravures d’Insolites Bâtisseurs. Bien que le porte-folio ait été édité en 1982, quarante ans après Retorno al païs natal, la conception des dessins préparatoires des eaux – fortes et aquatintes a commencé bien des années auparavant, dès 1968.

Aimé Césaire et Pablo Picasso lient connaissance en 1948 à l’occasion du Congrès de la Paix à Wroclaw. En 1950 paraît Corps Perdu, publié par les Éditions Fragance, recueil de dix poèmes illustré de trente – deux  gravures de Pablo Picasso.

En 1965, La Tragédie du roi Christophe marque la première collaboration de l’auteur Aimé Césaire et du metteur en scène Jean-Marie Serreau. S’en suivent deux autres créations : Une Saison au Congo (1967) et Une Tempête, sous-titrée Adaptation de La Tempête de Shakespeare pour un théâtre nègre (1969, au Festival d’Hammamet en Tunisie).

Vous approfondirez toutes ces histoires et bien d’autres encore lors de la visite. Elles seront concrètement mises en espace par d’ambitieux travaux  qui feront la Maison d’Aimé Césaire un site culturel incontournable de la Martinique. Trois phases de travaux sont programmés: d’abord la restauration de la maison et la création d’un parcours muséographique qui explique l’homme et l’oeuvre, puis l’aménagement des espaces extérieurs, jardins, plans d’eau, espace convivial,  théâtre de verdure enfin billetterie, parking, boutique.

 

Les trois mille ouvrages de la bibliothèque personnelle de l’écrivain, en cours d’inventaire, seront indexés, classés par thématiques. Toutes les dédicaces et annotations précieusement relevées.

Des créations d’artistes contemporains, écrivains et plasticiens, viendront ponctuer cette évocation du passé et souligner sa  connexion avec le présent et l’avenir.

Un jardin créole et des parterres de plantes médicinales rappelleront   d’Aimé Césaire pour la botanique.

Entrer dans cette maison est une invitation au voyage dans le temps et dans l’œuvre d’un homme exceptionnel qui laisse  un  héritage poétique, philosophique, politique considérable.

Du Cahier d’un retour au pays natal au recueil Moi laminaire, en passant par la revue Tropiques et sa trilogie théâtrale, sa pensée est analysée dans  les départements d’histoire, de littérature des universités du monde entier. Le rayonnement de son œuvre littéraire  est immense.

Son concept de la Négritude affirme une communauté d’expérience, une culture  propre à tous les Noirs, qu’ils soient américains, antillais ou africains,  valorise l’identité nègre et s’inscrit, à sa création, de manière forte et originale, contre le colonialisme.

L’empreinte de sa révolte contre tout racisme et toute oppression, son aspiration à une société nouvelle fondée sur la solidarité, son humanisme qui a marqué tous ceux qui l’ont croisé   est profonde.

Sur le plan politique, la loi de la départementalisation de 1948, la fondation du Parti progressiste martiniquais en 1958, la gestion de la ville de Fort – de – France comme maire, ses interventions mémorables comme député restent en mémoire.

La puissance de sa pensée  et la beauté lyrique de son verbe résonnent  encore aujourd’hui  et trouvent un écho dans l’actualité :

Chaque fois qu’il y a eu au Vietnam une tête coupée,  un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe ….

Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.

Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte…. (Discours sur le colonialisme 1955)

DB

Des créations contemporaines accompagneront la restauration

RAPPEL

https://aica-sc.net/2013/06/28/un-espace-museal-et-memoriel-dedie-a-aime-cesaire/

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