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Résistances et « résiliences » d’artistes caribéens et d’ailleurs en exil. Etude de cas ( seconde partie)

 

Résistances et « résiliences » d’artistes caribéens et d’ailleurs en exil. Etude de cas

seconde partie

 

Sophie Ravion d’Ingianni

Membre de l’AICA – CS

Pour lire la première partie

https://aica-sc.net/2019/03/18/resistances-et-resiliences-dartistes-caribeen-et-dailleurs-en-exil-etude-de-cas/

 

Cliquez sur la première image pour faire défiler le diaporama

 

 

La mer, qui facilite les échanges et les migrations dans cette petite région du globe, la mer avec une circulation faite de va-et-vient, d’itinéraires circulaires, d’entrecroisements ; la mer est un vecteur permanent dans cette zone. Ce pouvoir de la mer, sorte de ricochet géographique, nous le trouvons dans de nombreux travaux d’artistes : ceux de Tony Capellan, Belkis Ramirez, 2 artistes des générations 1980 en République Dominicaine ; de KCHO, Sandras Ramos, Abel Barroso  à Cuba, artistes des générations 1990.

A Cuba, l’art est très présent sur les scènes artistiques internationales, sûrement grâce à la formation des étudiants à l’ISA de La Havane (Institut supérieur d’art), Visuels N° 23

et aux  biennales internationales de la Havane, la première datant de 1984.

Chez de nombreux artistes, tout concourt à faire de la mer un espace sensible, un lieu de litiges potentiels sur lequel se greffent et se focalisent les problèmes de voisinage, de migration, de « décolonisation » et de souveraineté. Mais aussi, dans l’espace des Caraïbes, les propos des  artistes se déplacent vers les problématiques liées aux effets de la décolonisation, de l’identité, de l’intégration des diasporas et des exclus.

L’art actuel dans ces régions se caractérise par un goût prononcé pour la citation, l’hybridité : des postures quelquefois difficiles à interpréter. Cependant, contribuer à renforcer le sens de l’œuvre, c’est attirer vers elle, un « regardeur » plus actif. Ces points de vue multiples et singuliers remettent en question les illusions d’enracinement qu’a toujours prôné l’Occident dans un monde en transformation accélérée, dans un monde où les changements d’échelle, les déplacements et donc les migrations affectent et réorientent nos existences individuelles et collectives.

Rendons nous de nouveau à Cuba. La représentation de l’île et des cartes, de l’exil, des migrations et de la diaspora, fascine de nombreux artistes cubains

Espace clos, isolé de tous côtés par l’eau, l’île est un monde à part. Sa taille, son éloignement du continent et l’importance de son rivage conditionnent son rapport aux autres terres. Évoluant dans une autre dimension de l’espace-temps que les terres continentales, l’île à ainsi sa spécificité. L’isolement de l’île crée des conditions particulières : les hommes des îles vivant dans un espace restreint, vont donner un nouveau sens à leur monde. C’est en ces termes que nous pouvons évoquer le travail de l’artiste cubaine, Sandra Ramos. Visuels N° 24

Une artiste qui explore de multiples médiums – la peinture, la sérigraphie, la gravure, les pratiques de l’installation, la performance et la vidéo.

Dans ses œuvres, l’île renvoie à l’exil, au traumatisme de l’abandon, à la rupture des liens familiaux, à la perte de l’enfance, à la solitude propre à la vie des cubains. A l’aide de chalcographie (La chalcographie est l’art de graver sur le cuivre ou sur les autres métaux, Sandra Ramos a créé un personnage – son alter ego – dans la figure d’Alice, figure que l’artiste a empruntée à l’œuvre de Lewis Carroll. Visuels N° 25. La jeune Alice, habillée comme les jeunes écoliers cubains dans leur uniforme, la jeune Alice – à qui il arrive maintes aventures – observe avec perplexité la situation de débâcle économique à Cuba, la mise en déroute des idéologies, les maux de la pénurie, mais aussi la passion de l’enracinement et l’effroi suscité par un monde clôturé. Le sentiment d’enfermement, de l’exil et l’attachement douloureux à Cuba, comme dans ce court extrait vidéo intitulé Naufrago de 2008.

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La variation s’opère ici à partir de la projection onirique de « Sandra-Alice » en proie à l’obsession de l’eau et du naufrage, de celui de ses compatriotes lancés dans l’aventure clandestine et périlleuse de l’exil auquel elle participe comme un sacrifice collectif.

D’abord de nuit, en plongée, on voit défiler des voitures le long du Malecon de La Havane : lieu symbolique pour ceux qui quittent l’île sans espoir de retour. Puis Alice s’éloigne du quai sur un balsa (ces radeaux de fortune) dont la bannière de proue est un drapeau cubain. Visuels N° 27. Ensuite, Alice lutte contre des flots déchaînés, puis apparaît une bouteille à la mer, et la carte de Cuba se dessine sur la mer et sur un globe terrestre puis s’éloigne, par un travelling angoissant vers les terres de la diaspora. Visuels N° 28. Les abysses cauchemardesques hantent la poétique d’Alice.  Le motif de l’exil est doublement focalisé du point de vue de l’exilé et de celui qui demeure à Cuba, déchirés par un cruel sentiment d’abandon ressenti comme un deuil personnel mais aussi vécu en tant que brisure idéologique.

Ici, la thématique de la migration évoquée par l’artiste n’est pas relative, elle est ce surcroit d’identité, l’attribut d’un sujet face à un autre. Elle est dans l’œuvre de Sandra Ramos, dynamique et contamine tout son travail dans un lieu non assigné et non assignable. La qualité de ces œuvres réside souvent dans leur caractère éphémère, leur puissance imaginaire créative, leurs liens avec le monde et son actualité.

Le motif de l’abandon se retrouve dans d’autres œuvres comme dans les séries que l’artiste a confectionnées avec des dizaines de valises qui constituent les séries d’œuvres intitulées Migration. Dans ce travail, nous retrouvons souvent la représentation de la mer, la carte de Cuba, le lit et donc le rêve, et le drapeau cubain. Visuels N° 29.L’exploration de ces œuvres met en lumière une poétique de l’affect où vibrent tour à tour, une dialectique de la passion, de l’enracinement et l’effroi suscité par un monde clôturé. L’altérité  est ici à deux niveaux : l’affrontement entre le moi et l’autre, d’une part, et la voie déchirée de chacun, d’autre part.

Regardons le travail d’un autre artiste cubain : Abel Barroso.

Abel Barosso est né à Pinar del Rio à Cuba. Il vit et travaille à La Havane. Il est un artiste qui a exposé dans plusieurs continents : Chine, Japon, France, Etats-Unis, Allemagne, Italie…. Dans ses œuvres, il évoque les migrations, les frontières entre les pays du Nord et du Sud, l’errance – peut-être immobile de son peuple – et la volonté d’identité cubaine. Visuels N° 30.

J’ai eu l’occasion de faire venir l’artiste en Martinique et d’être la commissaire de son exposition « Une île à l’étranger » à la Fondation Clément au François.

Abel est un artiste de la génération des années 90, qui étudie à L’ISA durant la « période spéciale ». Il fait partie d’une génération d’artistes – qui après la chute du mur de Berlin et des pays de l’Est – invente et réexamine dans leurs œuvres, les processus d’affrontement des idéologies et la réorientation des imaginaires.

Son œuvre combine la gravure, la xylographie, le dessin et la sculpture. En 2012, il réalise une exposition individuelle au musée des Beaux-Arts à La Havane. L’exposition s’intitule : Cuando Caen las fronteras (Quand tombent les frontières). Nous nous intéresserons à 2 œuvres dans lesquelles s’écrivent des frontières invisibles, voire virtuelles, qui découpent le monde et régulent les déplacements des hommes.

La première œuvre, Pinball del emigrant (Flippers de l’immigré) est une installation réalisée en 2012. Dans sa présentation originale, elle mettait en scène une dizaine de flippers, tous fabriqués en bois et gravés de différents motifs à l’encre noire. Chaque flipper était adossé au mur du musée sur lequel se déplaçait une frise de gratte-ciel, évoquant une vue aérienne d’une grande ville d’Amérique du Nord. Visuels N° 31.

Le spectateur pouvait en effet actionner les leviers de chaque côté du flipper, pour jouer avec une balle qui s’introduisait dans les dédales de rues et d’obstacles proposés par l’artiste. Chaque flipper présentait une thématique socio-historique liée à la migration et aux frontières des pays du globe terrestre. Mais les flippers n’étaient pas électroniques, c’étaient des jouets en bois. Pas de lumière, pas de bruit comme nous pouvions l’expérimenter dans de réels billards électroniques.

Abel Barroso aborde avec délicatesse, poésie et humour la question de l’immigration et les fractures entre les pays du  Nord et du Sud ; fractures qui prédominent dans les relations mondiales. Ici, le circuit des flippers en forme de labyrinthe se convertissaient en métaphore de la course aux visas.

Une autre œuvre aborde d’une façon très significative cette problématique liée aux migrations et à l’immigration, aux espaces de circulation, de va-et-vient, de déracinements, de collisions des cultures et de préoccupations identitaires. Il s’agit de l’œuvre Visa vending machine (Distributeur de visas) créée en 2012. Visuels N° 32. Un distributeur de boissons est transformé en distributeur de visas. Abel joue de ces contradictions avec les objets du quotidien en inventant aussi des maisons pliables et transportables afin d’être toujours chez soi, même lorsque l’on se trouve en situation de transit et d’immigration. A l’aide d’une signalétique symbolique des migrations, des voyages et des transits, il s’attache à explorer la question des frontières, des murs qui séparent les pays et des migrations clandestines. L’artiste nous parle ainsi d’un monde globalisé, centré sur la consommation et l’argent, dans lequel les télécommunications et les réseaux donnent l’impression illusoire de vivre plus proches les uns des autres.

1 autre artiste cubain va nous intéresser pour évoquer le thème des migrations et de l’exil. Il s’agit de Kcho.

Kcho, né Alexis Leyva Machado en  1970 sur l’île de la jeunesse ( Cuba), est un artiste contemporain  et un homme olitique cubain .Visuels N° 33. Diplômé de l’École nationale des arts plastiques de La Havane  en 1990, il expose d’abord à Cuba et se fait connaître grâce à son installation Regata pendant la 5e Biennale de La Havane (1994). Visuels N° 34. Tous les bateaux sont orientés vers la Floride, terre d’exil pour un très grand nombre de cubains (quartier de Little Havana).

Il présente son travail à l’étranger à partir de 1991: Musée d’art contemporain de Montréal ( Canada) , Musée d’art contemporain de Los Angeles (États-Unis), Musée national centre d’art Reine Sofia de Madrid (Espagne)…

Ses œuvres , réalisées avec des matériaux très variés, y compris des objets associés au monde de la mer, interprètent fréquemment le thème de la migration. Ce bateau rempli de maisons, qui semble emporter toute une vie.

Le bateau et les gros pneus de camion ou de tracteurs servent depuis des dizaines d’années au départ des Balseros. Kcho les utilisent très fréquemment dans son travail.

Pour Kcho, la mer « est la frontière invisible. Une seule certitude : Cuba demeurera à jamais une île. Pour moi, la mer est quelque chose de très important et je sais aussi à quel point elle compte pour tous les Cubains, avec toutes les histoires qu’elle recèle. À travers mon travail, j’essaie de contribuer à la réflexion sur ces thèmes. Nous, les artistes, transposons des idées. C’est une grande responsabilité, c’est pourquoi nous devons savoir vraiment jusqu’où nous pouvons regarder et comment le faire. » (Entretien avec l’artiste en 2016).

Son iconographie s’appuie sur des éléments répétitifs liés à la mer comme les canots, les embarcadères, les pneus, les hélices et les rames. Visuels N° 35. Comme sur cette œuvre représentant un bateau rempli de cases en bois, habitats populaires dans toutes les îles de la Caraïbe, bateau qui semble partir chargé des habitations accumulées comme le sont les cubains qui quittent leur île avec le minimum d’affaires personnelles. Les bateaux et les pneus servent aux Balseros cubains est ils sont, comme les rames et les hélices souvent représentées dans l’œuvre graphique et « installatrice » de KCHO.

Rendons nous de nouveau en République Dominicaine pour rencontrer l’œuvre de 2 artistes. Le premier, Tony Capellan. C’est peut-être chez cet artiste qui était un de mes amis et qui nous a quitté trop jeune, que l’on trouve la plus belle et la plus poignante métaphore de la mer Caraïbe et de l’immigration, dans son installation polymorphe, mar del caraibe, qu’il a reprises en différentes variations, installation formée d’un tapis de tongs (chanclétas), qui seprête à une lecture polysémique. Visuels N° 36. Les connaisseurs de l’œuvre de Tony Capellan et d’une de ses obsessions thématiques, les émigrants illégaux, pensent immédiatement aux souliers des pauvres gens, les moins chers et les plus portés, en tout cas en république Dominicaine, car on les retrouve dans les campagnes reculées et isolées de l’île vendues dans les boutiques de fortune : los colmados. Visuels N° 37. Le fait que l’artiste les ait placés en rangs, alignés, ou en cercle, bien rangées, composant une trame serrée, suggère une seconde métaphore :le départ et la marche inexorable de ceux qui luttent pour leur pain quotidien. Un regard plus aigu perçoit des barbelés au lieu des courroies. La douleur ne cède pas pour ces condamnés  et damnés de la terre…Visuels N° 38.

Belkis Ramírez (né en 1957) est une artiste graveur et installatrice dominicaine. Elle a étudié à l’Université autonome de Saint-Domingue, où elle a obtenu un diplôme en architecture et graphisme en 1986. Elle a remporté à deux reprises la première place au Prix national des arts visuels de la Biennale de la République Dominicaine.Visuels N° 39

Le travail de Ramírez aborde des thèmes féministes et politiques, tels que l’environnement et le déplacement des populations dominicaines.

L’artiste a mis en scène d’une façon très personnelle dans deux installations que je présenterais l’exode des femmes dominicaines qui quittent leur pays à la recherche de meilleures conditions de vie, mais qui souvent se retrouvent à faire un travail peu honorable. La prostitution.

Ce thème est récurrent dans le travail de Belkis et m’a rappelé une autre installation En offerta que j’avais vue au musée d’Art Moderne de Saint-Domingue. La pièce se composait de cinq planches en bois de deux mètres cinquante de haut, adossées à un mur sur une longueur de cinq mètres. Chaque planche représentait un corps de femme (portrait en pied) enveloppé dans une robe noire. Le visage, les mains et les pieds étaient uniquement visibles et semblaient sortir d’une sorte de camisole de force. Tout autour de ces panneaux de bois gravé par l’artiste, il y avait un éclairage avec des ampoules qui cernaient le corps de ces femmes. Au niveau de leur ventre, à l’endroit du nombril, partait comme un cordon ombilical, un énorme lasso qui formait sur le sol, à la fois une boucle mais aussi un collet, comme un piège. Chaque lasso était de taille différente. D’emblée le regardeur devait entrer dans ce cercle pour être en face de ces femmes et au cœur de l’installation. . Visuels N° 40 . Belkis Ramirez avec cette pièce a voulu faire passer un message précis sur la société dominicaine. Lors d’un voyage en Hollande, à Amsterdam, elle a pu constater qu’un grand nombre de prostituées étaient originaires de République Dominicaine. C’est la métaphore de ce constat que l’artiste traduit dans son œuvre. La lumière des ampoules électriques faisait songer aux boutiques dans lesquelles s’affichent les prostituées dans le Quartier Rouge d’Amsterdam. Cette installation, comme MaR en peor mettait mal à l’aise le regardeur, qui selon l’artiste ne franchissait pas l’espace tracé par les lassos ou ne s’introduisait pas entre les corps des femmes suspendus.

Comme l’artiste cubaine, Sandra Ramos, Belkis pose un regard critique et interroge la place de la femme dominicaine et plus généralement celles des femmes d’Amérique Latine dans sa société, femmes qui sont souvent en diaspora, en exil, parties dans l’espoir de trouver de meilleures conditions de vie à l’étranger. Ce qui interpelle dans l’exposition intitulée « Parties du tout » dont j’ai réalisé le commissariat au Tropique Atrium à FDF, c’est la question des mélanges des pratiques et des contenus culturels qui conservent toute la force d’une écriture traditionnelle ouverte aux pratiques actuelles de l’installation et de l’interactivité.

L’interprétation des surnommés Boat-people, une catégorie tragique d’émigrants caribéens, qui, s’ils survivent à l’échec de l’exil, récidivent toujours -aussi bien à Cuba, Haïti qu’en République Dominicaine – prend des accents différents en intensité et en esthétique. . Visuels N° 41.Il nous faut remarquer que ces thèmes de la diaspora et de l’immigration a continué à soulever la préoccupation d’artistes actuels, métaphorisé par des valises, pleine, vides, usagées, abandonnées, ou par des récipients d’eau, figurant un espace maritime infranchissable.

Le dernier artiste auquel nous allons nous intéresser et d’origine chinoise. Il est internationalement connu. Il s’agit de Ai Weiwei. . Visuels N° 42

Ai Weiwei est aujourd’hui l’un des plus importants artistes conceptuels, photographe, commissaire d’exposition, bloggeurs prolifique et architecte chinois.

Souvent appelé le parrain de l’avant-garde chinoise, Ai Weiwei occupe une place majeure dans le paysage culturel chinois. Son ascendance est aussi légendaire que sa carrière : son père, le célèbre poète Ai Qing, est dénoncé pendant la Révolution Culturelle et exilé dans la province du Xinjiang. C’est là que Weiwei grandit.

En 1981, Ai Weiwei quitte la Chine pour les Etats-Unis où il étudie en Pennsylvanie, à Berkeley et à la Parsons School of Design à New York. En 1993, il rentre en Chine.

Ai Weiwei expose dans les endroits les plus prestigieux : le Museum of Modern Art à San Francisco, la Documenta de Kassel, la Biennale de Venise, le Hara Museum of Contemporary Art à Tokyo et différentes galeries à New York et dans le monde.

Par ailleurs, Ai Weiwei mène un combat acharné pour la défense des victimes du tremblement de terre du Sichuan. De manière générale, via son blog ou Twitter, il s’exprime avec engagement sur des sujets comme la liberté, le mensonge, la mémoire…

Le travail d’Ai Weiwei est tour à tour malicieux, destructeur et profond. Il emprunte souvent des formes à la culture classique chinoise et à l’environnement populaire occidental, imitant le vocabulaire visuel à travers des systèmes de logique qui tout à la fois en dénient et en rappellent le contexte original et en utilisent les valeurs dans un contexte actuel.

Depuis le début de l’année 2017, Ai Weiwei s’est illustré à plusieurs reprises pour alerter l’opinion publique mondiale sur le sort des réfugiés :

À Prague, il a recouvert d’une couverture de survie douze têtes d’animaux en bronze représentant les signes du zodiaque chinois. “Je proteste contre le fait que l’humanité s‘éclipse de nos cœurs”, a déclaré l’artiste chinois, qui s’est dit ‘‘surpris’‘ par la réaction globalement négative des Tchèques à l‘égard des migrants.

A Berlin,  l’artiste dissident chinois Ai Weiwei refait parler de lui. En plein festival du film, avec une installation dédiée au drame des réfugiés en Méditerranée.Quelque 14.000 gilets de sauvetage, récupérés par les autorités grecques sur l‘île de Lesbos, tapissent les colonnes néoclassiques du Konzerthaus, au cœur de la ville. Visuels N° 43

Gilets de sauvetage orange, usés, déchirés, qui ont été soigneusement liés entre eux avant d’être solidement attachés aux colonnes, tandis que d’autres étaient empilés juste aux pieds du bâtiment.

Dépassant le rouge, c’est l’orange qui semble devenir la couleur du danger à notre époque. Cet orange fluo des gilets de sauvetage utilisés par les migrants fuyant les conflits qui ravagent le Moyen-Orient depuis une demi-décennie. Un habillage des plus déroutants pour ce grand bâtiment de style néo-classique qui, par ses dimensions saisissantes, expose aux yeux de la capitale allemande le triste sort de ces personnes anonymes qui prennent de gros risques pour traverser la mer Méditerranée. . Visuels N° 44.

Par cette installation éclatante et alarmante, Ai Weiwei entend bien tirer sur la corde sensible de la culpabilité des passants qui s’apprêtent à assister à une représentation dans des salons feutrés, tandis que des familles entières tentent des traversées périlleuses, attirées par la lumière du phare d’une vie meilleure.

L’orange vif des gilets, synonyme de danger, crée le malaise pour réveiller les consciences des Occidentaux, alors que plus de 3.700 migrants ont péri noyés en Méditerranée en 2015, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Enfin, il a marqué les esprits en posant face contre sable sur une plage de galets à Lesbos, une photo rappelant celle du petit Aylan, en 2015 retrouvé noyé sur une plage turque.

La dernière création d’Ai Weiwei est le film Human Flow. L’artiste a « couvert », depuis 2015, vingt-trois pays, en Europe, mais aussi ailleurs. Il en a rap­porté mille heures de rushs, qu’il con­dense en un film de deux heures vingt.

Human Flow approche des milliers de vies humaines bouleversées, maltraitées. On a souvent l’impression de traverser des no man’s land, des régions frappées par l’apocalypse, en compagnie de fantômes. Les situations varient — les box aménagés dans le gigantesque hangar de l’aéroport de Tempelhof, à Berlin, paraissent luxueux à côté de Sangatte, des camps palestiniens ou de Dadaab, au Kenya.

Le film peut paraître décousu : Ai Weiwei n’a pas de message à délivrer, il rappelle simplement de manière directe, affolante et belle, que tout être humain a le droit de migrer et d’être accueilli, mais que ce droit fondamental est bafoué. Tout près de nous, dans notre village global.

Ainsi, comme nous venons de l’évoquer – et là était mon intention – dans l’espace des Caraïbes, les propos des  artistes se déplacent vers les problématiques liées aux effets de la décolonisation, de l’identité, de l’intégration des diasporas, des migrations, des exclus, des exilés et des territoires sensibles.

Nous venons de rencontrer des œuvres, si différentes les unes des autres, qu’il serait difficile de les classer dans des catégories.

Pourtant, ce qui rend le travail de ces artistes le plus captivant, c’est le fait qu’ils parviennent à trouver des moyens poétiques et inventifs pour aborder des sujets brûlants : ceux des crises sociales, politiques et économiques qui pèsent sur le monde actuel. Le voyage sans retour, l’exil sans alternative ont en effet motivé nombre de plasticiens caribéens de talent : le sujet exige du concept et de la sensibilité, de la réflexion et du savoir communiquer. Sans aucun doute, l’immigration clandestine comme elle est pratiquée dans certaines îles de la Caraïbe, constitue l’un des thèmes du renouveau de l’engagement que l’on constate chez certains plasticiens, sensibles aux problèmes humains de leur temps. La mer a pourtant souvent séduit les peintres caribéens, mais aujourd’hui, au-delà du rêve, elle est devenue cauchemar, allégorie de la douleur sociale et de l’espoir aboli. Le réalisme magique ou merveilleux n’y a plus guère cours. Surgies des migrations successives, les racines culturelles et l’esthétiques caribéenne sont inséparables de tous ces contextes. Nous savons qu’il s’y dessine trois héritages historiques et géographiques : l’amérindien, l’africain et l’européen. Plus récemment s’y sont intégrées les influences américaines et aussi les traces d’immigrations indiennes et orientales.

La qualité des œuvres que nous venons d’évoquer réside souvent dans leur caractère éphémère, leur puissance imaginaire créative, leurs liens avec le monde et son actualité.

Pouvons- nous alors, à notre tour, aboutir à la possibilité de changements ?

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