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AN KONMES de GILLES ELIE-DIT-COSAQUE

© Gilles Elie-Dit-Cosaque

 

© Gilles Elie-Dit-Cosaque

Comme l’explique lui-même Gilles  Elie- Dit-Cosaque, le titre de son exposition An Konmès évoque les échanges commerciaux mais aussi les jeux d’enfants improvisés dont les règles restent obscures à tous ceux qui n’y participent pas. Sous ce titre, il présente des photographies, des vidéos, des installations, des techniques mixtes, « un télescopage de toutes ses envies artistiques ». Ces mots révèlent également la distance pudique que l’artiste conserve vis-à-vis de son œuvre. Pour ouvrir les portes de son univers, n’hésitez pas à utiliser comme mots de passe : Martinique, nostalgique,  poétique, ludique, ironique …

Mais surtout, Gilles Elie- Dit- Cosaque  met la relation au cœur de l’art. Il y a ce tableau noir où les visiteurs sont invités à écrire, ce dont ils ne se privent pas. Il y a la reconstitution du débit de la régie et sa table de dominos où jouent des enfants de passage. Pour pousser jusqu’au bout la logique de la reconstitution, des carnets, des sacs, des cornets de pistache sont proposés à la vente avec à la clé une tombola si vous découvrez une pistache dorée. Il y a le distributeur de poésie aléatoire où l’interaction avec votre visage déclenche l’impression de quelques phrases poétiques générées à partir du champ lexical d’Aimé Césaire. Il y aura, pendant l’exposition ce repas cuisiné et servi par l’artiste à trois heureux tirés au sort,  comme un clin d’œil aux dîners que Daniel Spoerri organisait en 1963 au cœur de son exposition, dans la galerie J, au ThaÏ pad de Rirkrit Tiravanija qui, en 1990, a servi des repas thaïlandais plusieurs soirs de suite au cœur de son exposition, au restaurant d’artistes FOOD de Soho, créé en 1970 et animé sous l’impulsion de Gordon Matta Clark. La sociabilité, la convivialité, le partage sont invités  dans le lieu d’exposition. « L’important ce n’est pas ce qu’on voit, c’est ce qui se joue entre les êtres » disait Gordon Matta Clark. Et incontestablement, il se joue quelque chose entre le public et les propositions artistiques de Gilles Elie dit Cosaque.  Le lendemain du vernissage, une visiteuse de l’exposition revenait spontanément offrir des objets personnels, carafe et vieille machine à coudre, pour compléter le débit de la régie reconstitué.

© Gilles Elie-Dit-Cosaque

Le public a incontestablement été touché par cette évocation de la Martinique d’antan.  Chez l’artiste, il y a aussi une part de nostalgie, même dans le rappel de l’omniprésence des ravets détestés qui, des Tongues spiritaines,  se faufilent avec humour en plusieurs coins de l’exposition.

Les tongues spiritaines
© Gilles Elie-Dit-Cosaque

L’origine de la société antillaise n’est pas escamotée. An Konmès rejoint alors la thématique du commerce triangulaire. X slave, une installation de tirages pigmentaires numériques évoque l’esclavage  à travers la fusion d’une gravure du motif de la cale d’un bateau négrier, de portraits retravaillés numériquement, d’interventions graphiques manuelles.  Cela ressemble à une créolisation plastique,  symbolique de la réalité de la société antillaise et de l’avenir du monde, selon Edouard Glissant : « J’appelle créolisation la rencontre, l’interférence, le choc, les harmonies et les disharmonies entre les cultures, dans la totalité réalisée du monde-terre. (…) Ma proposition est qu’aujourd’hui le monde entier s’archipélise et se créolise ».

Xslaves

Ce qui n’exclut pas un décryptage ironique de cette société à travers une installation discrète et pleine d’humour. L’incontournable I bon kon sa, dans un cadre à moulures dorées, dissimulé  derrière une portière.

Le ludique et l’aléatoire, présents dans le Distributeur de poésie Césairienne,   entrent en jeu parfois même dans la composition des pièces. Ainsi cette main puissante découverte la veille de l’ouverture de l’exposition, dans une boutique d’objets religieux  de Fort –de France, qui vient en écho d’une photo de Gilles Elie dit Cosaque où, les cinq doigts de la main, au lieu d’être surmontés par des saints, le sont par des marionnettes en crochets réalisées à sa demande et qui représentent le maître avec son fouet et ses esclaves.

Une autre série de photographies aborde la question religieuse, avec toujours ce décalage humoristique, caractéristique de la manière de Gilles Elie dit Cosaque. Souvenez – vous de Outre – mer Outre –Tombe, de Nous irons voir Pelée sans payer, de Zetwal …  Ces quatre photographies mettent en scène comme objets de Dieu, certains  objets emblématiques de la Martinique populaire,  des chaussures en plastique, un tricot isotherme mais aussi un tube de paracétamol. Leur défi photographique, c’est celui de la transparence, du translucide, de  l’immaculée blancheur comme pour re-sanctifier ces objets triviaux.

An konmès est, comme toute la production artistique, photographique, plastique, cinématographique de Gilles Elie dit Cosaque,  un regard distancié, tendrement critique sur la réalité martiniquaise.

DOMINIQUE BREBION

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