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Challenge critique 2017: Stéphanie Clairis

https://aica-sc.net/2017/04/22/challenge-critique-2017-christian-bertin/

 

© Photo Robert Charlotte

 

Christian Bertin, l’écorché

Parfois, les peintres s’arment d’un couteau…

Bertin, lui, manie le coutelas. Parce qu’il est libre, parce qu’il voit grand, parce que son oeuvre ne tient pas dans un cadre.

Sa liberté, il la prend, il l’arrache. Il y va de sa vie. De son honneur aussi.

Si la lame entaille la toile, tant pis. Il y aura des blessures, des grandes cicatrices. On y verra mieux la douleur, on entendra peut-être le cri.

Les hommes ont une histoire. Les êtres ont une mémoire.

Son peuple porte les stigmates d’une insoutenable traite. Et pourtant il est fier, et pourtant il avance. Son acte est politique.

Son île volcanique a connu le chaos. Et d’un tas de poussière a rejailli la vie. La terre qu’on croyait morte est aujourd’hui fertile.

Bertin n’a peur de rien. Il soutient le regard. Bertin est insoumis.

Comme Césaire écrivait, Bertin griffe et enduit. Il rassemble les pièces d’un passé tourmenté et recouvre ses plaies d’une épaisse mixture dont il a le secret.

Après des jours de fièvre, le blessé sort du lit et il est affamé.

L’arme qui l’a meurtri est à son tour soignée, à moins qu’on la musèle. Le coutelas est là, mais que veut-il ? Est-ce lui qui saigne ? Il est l’objet et le sujet. On le chérit.

La gousse du flamboyant rappelle cette lame courbée et mouchetée de sang. La graine desséchée est enfermée dedans. Saviez-vous que la vie peut se faire épingler ? L’anoli qui courait s’est-il fait transpercer ?

Et cette tôle coupante, il faut la faire plier. Cet énorme baril ne doit pas gouverner. Bertin vous interroge : « Est-ce ce que vous voulez ? » .

« Si cette île est la vôtre, il devez l’occuper. Si elle est trop petite, vous pouvez vous élever. »

Il y a dans son œuvre une verticalité, un mouvement vers le haut qui fait se redresser. Rappelez-vous Saint-Pierre, la Montagne Pelée.

Imaginez Citron avec ses escaliers, cette ruralité qui devient un quartier. De cette mutation, Christian Bertin est né. Cette dualité fait son identité. À la fois brute et subtile, rude mais sensible. Il y a dans son œuvre de la virilité.

Souvenez-vous Césaire, « les malheurs qui n’ont point de bouche », l’élite portant la voix du peuple. Le coutelas des villes et le coutelas des champs…

Et toutes ces marchandises qui ne cessent d’arriver… Ce traffic infernal nous a-t-il aliénés ? Sommes-nous débarrassés des démons du passé ?

Bertin nous interpelle sur notre liberté.

 Stéphanie Clairis

 

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