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Challenge critique 2017 : Frédérique Dorleans

https://aica-sc.net/2017/04/22/challenge-critique-2017-christian-bertin/

Christian BERTIN et l’atelier-hybride entre ciel, morne et sel

 

© Photo Robert Charlotte

Un atelier à ciel ouvert vers l’au-delà des divinités. Un atelier d’artiste à ciel ouvert jouxte un établi plus traditionnel. Le lieu-hybride, entre nature et architecture, entre flots salés et mer de campêches, entre ordre et chaos, entre mémoire et «revival», entre enracinement et verticalité s’ouvrant vers l’au-delà des divinités, repose sur un morne.

«Ca ne me plaît pas!». Christian BERTIN, dont la monotonie de la création répétitive et en série des pots de terre des fameux ateliers pédagogiques foyalais des années 80, dans l’activité desquels il était engagé en qualité d’élève, en disait ceci: «ça ne me plaît pas!». Ainsi, il exprimait probablement là et à ses débuts la frustration profonde d’un créateur «à-naître» ayant pour point de mire, encore flou, indistinct car non encore explicité et conscientisé, l’affirmation du soi dans la singularité de sa création. Il a depuis trouvé l’ancrage du lieu et la manière.

L’existant du lieu. Cette manière retrouvée, ici et ailleurs. Cette manière de puiser dans l’existant du lieu, d’où qu’il vienne, quelqu’en soit sa nature, son origine, son âge, sa forme, son odeur, sa texture, sa couleur, sa connotation. L’existant qui a vécu, qui fait ses preuves ailleurs, qui a assumé une double, triple, quadruple, quintuple, sextuple vie «hors le lieu» est ramené dans le lieu-re-naissance.

«Les termites sont mes assistantes!». Le substrat de la création est composé d’objets de nature et de manufacture. Et comme il le dit lui-même, «les termites sont mes assistantes». La nature est son auxiliaire. Le substrat de l’écosystème environnant tout autant que l’outil à transformer sont ses manoeuvres. La putréfaction, procédé naturel et irrémédiable de transformation, est aussi un assistant. La main de l’homme transforme autant que la main du temps. La main de l’homme transforme autant que celle de la logique thermo-physique. Car la nature prend en effet toute sa part dans l’oeuvre de Christian Bertin. Elle est intrinsèquement liée au processus de création. Elle est intimement reliée à l’évolution de l’oeuvre. Elle est irrémédiablement enchassée dans  son devenir.

Un chaos apparent. Ce qui interpelle est la multiplicité et la diversité des substrats, rigoureusement organisés et classés dans l’espace-jardin à ciel ouvert. L’impression de chaos apparent et de désorganisation disparaît à mesure que l’on découvre les éléments dans la lente pérégrination, ou pourrait-on dire le lent pélérinage dans l’espace-lieu-offrande. Toute sorte d’objets dispersés et entremêlés: chaise, balai, sachet, pot de peinture, coutelas, chapeau de paille, tabourets, futs, livres, vestes, bananes en suspension, transistor, valise, échelle, statuaire d’Afrique, bidon, sac, pieds de lit, ustensiles de cuisine, casseroles, palettes de bois, feuilles-tôles, tambours de machine, pneus, graines de mangos, cuves, fûts et bien d’autres objets invités à prendre part à la «matérialité-immatérialité» de «l’oeuvre-offrande».

Construction-Dconstruction-reconstruction. La méthode, miraculeuse, consiste à recueillir, collecter, récupérer, amasser, agglomérer, réunir, séparer, ordonner, ranger, classer, dispatcher, assembler, des-assembler, désunir puis organiser, structurer. Amener les objets, les résidus, les rebus, les éléments, le végétal, vers un autre phrasé de vie. N’y-a-t’il pas dans cette manière le désir sous-jacent d’introduire de la cohérence, de la cohésion, du sens, de la structuration à travers l’acte d’hybridation des éléments, des composantes multiples, choisies et dé-choisies? N’y-a-t’il pas un lien étroit et suggéré entre l’acte de donner re-naissance et l’idée invisible – le projet intime – de réunir les êtres, les idées, les objets dans une unité, une cohérence de l’ensemble? N’énonce-t’il pas d’ailleurs une volonté manifeste de s’inscrire dans une «Nation-Caraïbe», comme il l’appelle de ses voeux, de construire ce lieu politique commun, d’hybrider donc les projets singuliers vers un devenir collectif? N’y-t’il pas un va-et-vient incessant entre l’individualité et le vivre-ensemble, en l’occurence ici, le «Ansanm, Ansanm» dans l’acte d’hybridation et d’assemblage des objets.

Rapiécer et édifier. Construire, édifier à partir du chaos-monde, de l’entropie inhérente à l’écosystème, à la société dans sa tendance à la désagrégation, rapiécer envers et contre tout dans une société à désincruster de la problématique coloniale…

Avril 2017 – Frédérique Dorléans

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