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Challenge critique 2017 : Ricardo Ozier – Lafontaine

https://aica-sc.net/2017/04/22/challenge-critique-2017-christian-bertin/

Christian BERTIN et le serpent Arc-en-ciel.

Christian Bertin
La peau du serpent noir 2013

L’univers du plasticien est selon moi un réceptacle d’adoration.

Durant son enfance, Christian BERTIN quitte le Gros Morne pour s’installer avec sa famille au quartier Trénelle-Citron à Fort-de-France. Le serpent Trigonocéphale roi de la forêt, dont il évoque la présence dans son récit d’enfance, le suit et circule à l’intérieur et aux alentours de la maison familiale. L’enfant nourrit très tôt son imaginaire à travers l’évocation de l’animal-drapeau qui l’effraie et le fascine en même temps. Au point de rythmer ses rêves et son besoin de protection bienfaitrice.

L’oeuvre de Christian BERTIN pourrait faire référence à cet invertébré mythique endémique qui évoquerait un «être psychique» en hommage au dieu Oshoumaré, serpent arc-en-ciel, Orisha de la mobilité, de l’activité, de la richesse, du bien être.  A travers le geste de sa création, ses déplacements dans les campagnes martiniquaises et dans son atelier à ciel ouvert, il part en quête de matériaux et découvre son pays. Il nourrit en quelque sorte son Orisha protecteur et embrasserait une certaine élévation spirituelle.

L’artiste bâtit son espace de création comme un lieu protégé voire matrifocal. A la manière du serpent arc-en-ciel, qui selon la légende, placé tel un cordon ombilical enterré avec le placenta sous un palmier, devient propriétaire du nouveau-né, dont la santé dépendra de la conservation de cet arbre. A la façon du serpent arc-en-ciel formant un cercle enroulé autour de la terre pour l’empêcher de se désagréger.

Son atelier pourrait s’apparenter à un autel magnifiant son oeuvre. Il y met en scène ses réalisations plastiques, objets syncrétiques façonnés de ses mains, vénérant ainsi les Orishas bienfaiteurs.

A mes yeux, l’artiste, un peu à la manière d’une divinité, chercherait à établir de son vivant un contrôle sur certaines forces de la nature pour créer. Sa création serait une célébration artistique, une offrande célébrant ses croyances.

Ainsi, le vivant prend pleinement part à l’acte de création : la terre, pouls bois, «vonvons», fourmis, bêtes à milles pattes, vent salé, tonnerre, pluie, soleil, éclairs, brise, lune, étoiles filantes, cyclones, tempêtes, secousses sismiques, arc-en-ciel, libellules, vers de terre, colibris, aigle royal,  zandolis, mangoustes, manikous, abeilles, hannetons, papillons, «bête à bon Dieu» , matoutou falaise, guêpes, bourbons pollonisateurs, «cochons planches» deviennent témoins et acteurs de sa création.

L’utilisation de la matière dans son oeuvre serait un culte, un acte cérémonial.

Le métal célèbrerait le dieu du fer et des forgerons (timbales en fer, des coutelas, des «bonm fè», clous, vieux tambours usagés de machines à laver, éviers usagés, ferrailles «sans queue ni tête», plaques de fer déformées par le temps et les coups de marteaux.

La pluie vénérerait le dieu serpent-arc-en-ciel qui recueille l’eau tombée du ciel pour la remonter dans les nuages et pour la mère dont les enfants sont des poissons. Il entrepose à l’air libre sur une savane des morceaux de bois pour qu’ils s’imprègnent d’eau de pluie, veillissent, pourrissent, abimés par des petites bêtes follement organisées et hypnotisées par le serpent arc-en-ciel.

L’élément liquide rendrait hommage à la mère, la maternité, la fécondité, la matroficalité.

Le plasticien entrepose des réceptacles en fer dans lesquels l’eau stagnante agira par oxydation destructrice.

Il reconstitue l’élément terre avec une combinaison de matières dont lui seul a le secret.  Il lui rend hommage comme étant une terre nourricière dont la matrice serait intimement ancrée en lui.

Au-delà de la symbolique syncrétique et animiste de son oeuvre, Christian BERTIN   affirme son appartenance à l’espace caraïbe ancré dans le monde et l’universalité en annulant tout risque d’enfermement.

L’artiste affirme sa volonté d’ancrer sa pratique dans le vivant, la contemporanéité, pousse au questionnement notamment concernant la place de l’art caribéen dans le grand marché de l’art actuel.

Sa vie est organisée entre la Martinique et l’ailleurs et suscite une distanciation géographique avec son lieu de création et participerait ainsi à la recherche d’un lien entre le monde, sa pratique artistique et ses propres désirs d’équilibre et de savoirs.

EDOUARD GLISSANT ( Traité du tout-Monde p.173 ) : «Ecrire aujourd’hui, ce n’est pas seulement conter des histoires pour amuser ou émouvoir ou pour épater, c’est peut être avant tout rechercher le lien fiable entre la folle diversité du monde et ce que nous désirons en nous d’équilibre et de savoir. Ce monde est là dans nos consciences ou nos inconscients, un tout-monde, et nous avons beau dire, il nous sollicite chaque jour davantage et il faut que nous essayions d’y éprouver notre carrure. L’écrivain et l’artiste nous y ont conviés. Leur travail est marqué par cette vocation. «

Laissons nous guider par le questionnement de l’oeuvre de Christian BERTIN, pour         peut-être y trouver des réponses intimes.

Mais cela dépendra sûrement de la volonté du serpent arc-en-ciel, roi de la forêt.

Ricardo OZIER-LAFONTAINE.

 

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