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Une Caraïbe forte et unie?

Deux expositions de ce début d’année 2015, Visibles Invisibles, l’Afrique urbaine et ses marges et Pangaea II: New Art From Africa And Latin America témoignent de l’intégration de plasticiens de la Caraïbe francophone, Alex Burke et Jean-François Boclé, dans la jeune scène émergente africaine et latino – américaine alors que, dans le même temps, l’association d’artistes des Antilles françaises aux évènements majeurs des arts visuels caribéens reste timide.
L’exposition de la Fondation Blachère, Visibles Invisibles, l’Afrique urbaine et ses marges, propose un éclairage spécifique sur quinze artistes majeurs de la scène africaine contemporaine témoignant chacun, à travers des processus différents, d’une réflexion sur le thème de l’Afrique urbaine et de ses minorités invisibles.

Alex Burke Le départ2

Alex Burke
Le départ2

A partir de médiums différents : le dessin (William Kentridge), la peinture (Dawit Abebe, Deborah Bell, Ransome Stanley), la sculpture (Clay Apenouvon, Alex Burke, Berry Bickle), la photographie (Sammy Baloji, Jodi Bieber, Andrew Esiebo, Mouna Karray, Malik Nejmi, Nyaba Léon Ouedraogo, Michel Tsegaye), la vidéo (Nadja Makhlouf, Nyaba Léon Ouedraogo), ces quinze créateurs ont chacun fait le choix d’un questionnement sur la notion de « marge » en Afrique.
L’exposition Pangaea II: New Art From Africa And Latin America de la Saatchi Gallery à Londres fait référence au supercontinent qui réunissait autrefois l’Afrique et l’Amérique du Sud.
Pangea II célèbre et explore ce que partagent ces pratiques artistiques pourtant distinctes mais qui commencent à jouir d’une reconnaissance grandissante au sein du monde de l’art. Imprégnés de leur histoire nationale, les plasticiens contemporains présentés dans Pangaea II: New Art From Africa And Latin America abordent fréquemment des thèmes relatifs au gouvernement colonial, à la rapide expansion urbaine, à l’immigration, à l’instabilité politique et économique. Ainsi, Aboudia, Leonce Agbodjélou, Fredy Alzate, Antonio Malta Campos, Jean-François Boclé, Rafael Gómezbarros, David Koloane, José Lerma, Mário Macilau, Ibrahim Mahama, Dillon Marsh, Jose Carlos Martinat, Vincent Michea, Oscar Murillo, Alejandra Prieto, Boris Nzebo et Christian Rosa font partie de ces artistes qui ont voulu traduire l’expérience de leurs sociétés au fil de leur pratique.

Jean-François Boclé  Tout doit disparaître©

Jean-François Boclé
Tout doit disparaître©

Est – ce en raison d’une histoire partagée, celle de la colonisation et de la décolonisation que des artistes de la Caraïbe francophone sont agrégés à la scène émergente africaine et latino- américaine? Ne serait- ce pas aussi une manière de remédier partiellement à une insertion insuffisante dans les principaux projets de diffusion de l’art contemporain de la Caraïbe et donc, pour les artistes, de renforcer leur visibilité au sein d’un groupe?
Chaque île continue en effet, le plus souvent, de travailler dans son aire linguistique démontrant ainsi la réalité de la fragmentation géographique, linguistique, politique de l’archipel mise en avant par le titre de l’exposition Caribe Insular Exclusión, fragmentación y paraíso du Museo Extremeño y Iberoamericano de Arte Contemporáneo.
A titre d’exemple, Caribbean Vision présentait en 1997 à Washington, dans un bâtiment de la Smithsonian fondation, cinquante – six artistes dont trente – quatre anglophones sans y adjoindre la Martinique, la Guadeloupe, les îles néerlandaises.
Plus récemment, en 2009, au Contemporary West Indian Art, dans le Connecticut (USA) Rockstone & Bootheel, avec ses trente – neuf artistes, se concentrait aussi sur les îles anglophones et leur diaspora.
En 2011, Wrestling the image, mettait en lumière trente – six artistes de la Caraïbe anglophone au Art Museum of the Americas (Washington )
Et même lorsqu’ils n’en sont pas totalement absents, les plasticiens des départements français des Amériques sont très minoritaires. Alex Burke est le seul français parmi les quarante – cinq exposants d’Infinite Island du Brooklyn museum .
La version 2014 de l’exposition Caribbean crossroads of the world au Perez Art Miami Museum n’accueille qu’une installation de Guadeloupe et deux de Martinique parmi les cent quatre vingt quatre œuvres réunies dans les salles du musée.
Les éditeurs adoptent un schéma similaire.
Ainsi l’ ouvrage de référence, Caribbean : Art at the Crossroads of the World, de 496 pages illustrées par plus de 250 reproductions d’œuvres historiques et contemporaines publié en 2012 par la Yale University Press à l’occasion de cet évènement culturel majeur, une exposition regroupant plus de cinq cents artistes explorant l’histoire et l’art de la Caraïbe depuis la révolution Haïtienne (1804) jusqu’à nos jours, conçue et réalisée par trois musées de New-York : El Museo del Barrio, Queens Museum of Art, The Studio Museum in Harlem en 2013 n’a intégré dans ses pages aucune documentation iconographique en provenance des Départements français des Amériques. Il n’y a pas une seule oeuvre ancienne ou moderne d’artistes de Martinique, Guadeloupe ou Guyane. Les départements français des Amériques ne sont présents qu’à travers des extraits d’œuvres d’écrivains célèbres, Aimé et Suzanne Césaire, Edouard Glissant, Maryse Condé
Les récents opus photographiques An eye for the tropics : tourism, photography and framing the caribbean picturesque (2006), Pictures from Paradise, a survey of contemporary caribbean photography ( 2012 ) See me Here, a survey of contemporary self – portraits from caribbean ( 2014 ), 90 degrees of shade, cent ans de photographie dans la Caraïbe ( 2014) démontrent certes un intérêt croissant des critiques et des éditeurs de pour ce champ d’étude mais là encore les publications se concentrent sur leur aire linguistique et présentent exclusivement pour les trois premiers des photographes de la caraïbe anglophone et de sa diaspora en dépit du titre très généraliste, from the Caribbean. Parmi les deux cent vingt – cinq (225) clichés du panorama de cent ans de photographie caribéenne, une photo montre un paysage de Martinique, deux autres, une scène de vie quotidienne en Guadeloupe. Toutes trois réalisées par des photographes de la National géographic.
C’est un constat plus qu’une comptabilité revendicatrice. C’est la réalité caribéenne tout aussi d’actualité lorsque l’on analyse la circulation de la presse déficiente entre les îles de la Caraïbe, sans doute en raison des barrières linguistiques. Les magazines dépassent rarement les frontières de leur zone linguistique et parfois même de leur île. Il manque encore aujourd’hui un professionnel assurant la vente au numéro de titres de presse dans le cadre d’un réseau de distribution organisé. Outre le surcoût entraîné par une publication bilingue ou trilingue, l’absence de distributeur ne facilite pas la diffusion inter- îles.
On peut accuser le poids de l’histoire. Chaque île continuant de privilégier les relations avec sa métropole. On peut arguer que ce n’est le juste reflet d’une réalité démographique. Les îles les plus vastes et les plus peuplées sont aussi celles dont l’histoire de l’art et les structures, musées, biennales, sont les plus anciennes, la diaspora la plus nombreuse et dynamique. Que représente la population des Départements français des Amériques face aux vingt – six millions de caraïbéens hispanophones, adossés à dix – neuf immenses pays du continent latino- américain ? On peut évoquer la barrière linguistique ou les transports difficulteux entre les régions caribéennes. Il est bien souvent plus rapide de rallier sa capitale métropolitaine, Paris, Londres ou Madrid que de visiter un voisin caribéen. Et en matière de transport d’œuvres d’art, le gabarit des avions détermine le format des œuvres expédiées.
Définir les causes n’est pas primordial. L’essentiel est de savoir s’il y a un intérêt à devenir une force de proposition sans toutefois se soumettre à l’étiquetage facile des médias : art latino – américain, art africain, art caribéen.
La récente adhésion de la Martinique et de la Guadeloupe à l’association des Etats de la caraïbe changera – t elle la donne ? Entraînera – t- elle une intégration économique et culturelle renforcée des DFA dans la Caraïbe ?
Plasticiens, curators, critiques appellent – ils réellement de leurs vœux une coopération accrue ? Et si c’est le cas, quelles actions mener à notre niveau pour remédier à l’éparpillement de nos énergies ?
Pour commencer, apprendre à s’entre – connaître encore bien davantage en intensifiant les échanges artistiques développés depuis plusieurs années : favoriser toujours plus la circulation de l’information, se réunir, concevoir des projets, expositions ou éditions, en commun. Du coté des artistes, multiplier les résidences à l’étranger, construire son réseau inter-caribéen. Du coté des structures culturelles, initier des co – productions, évènements culturels et publications trilingues.

Dominique Brebion

Avril 2015

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