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Prospect. 3, la Caraïbe à la triennale de la Nouvelle-Orléans.

Prospect. 3, la Caraïbe à la triennale de la Nouvelle-Orléans.
19 Novembre 2014-25 Janvier 2015

 

 

 Ebony G. Patterson, and-then-beyond-the-bladez_detail1_2014-

Ebony G. Patterson, and-then-beyond-the-bladez_detail1_2014-

Deux artistes caribéens, Hew Locke et Ebony G. Patterson participent à Prospect.3 à la Nouvelle –Orléans, centre de cette ligne Nord/Sud globale. Brooke Davis Anderson, a déployé avec son équipe d’énormes efforts et supervise ce vaste projet de biennale d’art international devenue triennale. Il s’agit de revitaliser la Nouvelle-Orléans à travers sa culture et son art très présent.
Dans un effort pour revitaliser la ville après le désastre de l’ouragan Katrina, Dan Cameron a créé Crescent City en 2008 pour la Biennale Prospect New Orleans qui présente ici sa troisième édition et espère attirer 50 000 visiteurs.
Prospect.3 : Notes for Now, projet ambitieux, avec Franklin Sirmans comme Directeur artistique, soutient le travail de 58 artistes, parmi lesquels des Afro-Américains, Caribéens et d’autres de la diaspora Africaine qui sont au centre de cet événement multiculturel et diversifié. Le Centre d’Arts Contemporains de la Nouvelle-Orléans, situé dans le quartier historique accueille la plupart des créations de Prospect.3: Notes for Now, et la collection présente des approches contemporaines touchant l’universel notamment à travers la photographie et la production vidéo.

Hew Locke, né au Guyana, et Ebony G.  Patterson, née à la Jamaïque, qui ont produit des créations exubérantes et raffinées exposent leurs œuvres à la galerie d’art Newcombe, à l’Université de Tulane, dans le cadre de l’exposition Totems Not Taboo.
Le travail de Patterson se démarque formellement de son discours habituel autour du corps sexué et de la culture du Dancehall, par son parti-pris pour la sécurité, la mortalité et le grotesque. Ne serait-ce par ces collages grand-format et une technique qui gomme le baroque et l’abondance, tout en gardant l’aspect narratif de son travail. La lecture en est facilitée, d’autant que la beauté des œuvres demeure, des corps d’hommes noirs étendus, leurs visages blanchis, les tenues bling-bling .

 

Ebony G. Patterson,two-birds- beyond -the-bladez, 2014

Ebony G. Patterson,two-birds- beyond -the-bladez, 2014

Les œuvres présentées … And then -Beyond the Bladez, et … two birds-Beyond the Bladez, de grand-formats composés à l’aide de peinture, de broches, de paillettes, de brillant, de motifs de tissus kitch, d’épingles, de rubans, de dentelle et de soie, illustrent le propos narratif affiné par E.G. Patterson. Elle questionne dans cette mythologie le futur de l’homme caribéen.
Tous ces tableaux réitèrent les relations historiques et culturelles qui existent dans la Caraïbe autour de la mascarade. Au-delà de cette histoire recréée à partir du réalisme magique, du surréalisme et d’une créativité survoltée dans la performance, la pratique d’E.G. Patterson participe du dialogue entre plusieurs approches contemporaines, un mélange entre séduction et tromperie.

 

Hew Locke, The Nameless, 2014

Hew Locke, The Nameless, 2014

 

Hew Locke, lui, s’inspire de différentes histoires, de la religion, du fantastique, du folklore, du Sud global, de la littérature et de la philosophie pour créer cette quatrième édition de The Nameless– Ceux qui n’ont pas de nom- une sorte de mélange culturel fait de perles en plastique et de corde noire fine, très longue à installer. La contestation envers le colonialisme se lit dans la confrontation entre ces symboles et ces métaphores. L’œuvre présentée au public, créée en 2014, a nécessité deux semaines d’installation.
Une tradition riche en artisanat, ainsi que la ville de Nola autrement dit  la New-Orleans Louisiana- et le Mardi-Gras, ce sont des éléments récurrents dans le propos de l’artiste qui explique l’élaboration de son travail. Par exemple, la métaphore du terrain neutre, ou encore la démarcation au milieu de la rue, à Saint- Charles et les perles accrochées ici et là aux installations électriques et aux gigantesques chênes pour rappeler les groupes carnavalesques et les chars qui arpentaient ces lieux.

L’expérience du colonialisme et un cheminement multiculturel se lisent dans ces icônes ancestrales de Hew Locke fixées au mur représentant des gitans, des Tonton Macoutes, un seigneur de la légion, des lions ailés, des singes, nombreux, des crânes, et des déesses armées de Kalachnikovs, l’après-vie et la mort. On se trouve en terre consacrée, là où la procession des personnages évoque comme dans un cérémonial le départ à la bataille ou simplement l’attente, jusqu’à ce que l’artiste décide en seigneur et maître d’une autre procession, d’un autre arrangement.

 

Hew Locke, Mosquito-Hall-2013-pic-by-charles

Hew Locke, Mosquito-Hall-2013-pic-by-charles

Dans le travail de Locke, les maisons abandonnées et en ruines de Mosquito Hall, et Tranquility Hall qui figurent dans deux photographies peintes de grand format, évoquent le retour à la nature. On retrouve de l’éphémère dans ces images flottantes, les eaux de l’Essequibo et le reflux qui emporte des portions du rivage. Le vert, la couleur moutarde et le brun de la flore sont autant de marqueurs de ce retour à la nature. Les femmes à la peau claire qui portent dans leurs bras des enfants et des nouveau-nés, flottant au-dessus de ces maisons fantômes constituent une allégorie de la femme séductrice créolisée, autre référence à ‘la goutte de sang noir’, ou encore le viol, les croisements entre races, rappelant ainsi le métissage de la nation du Guyana.

Il n’est pas étonnant, au vu des différents éléments évoqués dans l’ensemble du projet, que des concepts tels que le syncrétisme, l’anthropophagie, le métissage, l’instinct primaire et l’intuition trouvent leur origine dans un lieu comme la Nouvelle-Orléans. Ce paysage de marécages, le bayou du Mississipi et du Lac Pontchartrain, considéré comme une tombe liquide et infinie, terre de paradoxe, d’histoires salaces, de présent traumatisant et vivace, constitue aussi un lieu possible d’inspiration pour les artistes de la Caraïbe.

Suzanne Lampla

 

Source: Deep Ends: Fragments from Prospect.3, Holly Bynoe, ARC MAGAZINE, 19 Novembre 2014.

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Discussion

Une réflexion sur “Prospect. 3, la Caraïbe à la triennale de la Nouvelle-Orléans.

  1. Excellent texte. Bravo. Qui ne connait pas ces deux artistes caribéens passionnants les « saisit » et a immédiatement envie d’en voir plus!
    Marianne de Tolentino
    Santo Domingo

    Publié par Marianne de Toleentino | 8 décembre 2014, 7 h 58 min

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