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Grand Saint – Pierre : Entretien avec Hervé Beuze

 

Dans l'atelier du Morne Rouge

Dans l’atelier du Morne Rouge

 

Après Anabell Guerrero et Claude Cauquil, Hervé Beuze est le troisième artiste à présenter son projet de totems pour la ville de Saint -Pierre.

Peux- tu présenter ton projet de totems à la fois sur le plan conceptuel et technique ?

Hervé Beuze

Dans l'atelier du Morne Rouge

Dans l’atelier du Morne Rouge

Je présente ce projet  Saint Pierre, Terre de jouissance, Terre de souffrance  en collaboration avec le designer Patrick Arneton.

Trois de nos propositions ont été retenues : Lizin kann’,  Digenèses,  Téllurik . Ce sont trois totems qui synthétisent trois moments clefs de l’histoire de cette ville de Saint-Pierre et au-delà l’histoire de la Martinique.

  Lizin kann’  qui signifie en français l’usine de canne à sucre est une colonne de quatre mètres  de haut. Elle se compose de deux parties distinctes. D’abord à un mètre du sol une imbrication de rouages et de formes géométriques peinte en noir qui représente la machinerie de l’usine. La partie haute a une forme conique allongée et rappelle celle du pain de sucre, le conditionnement du sucre datant XVII et XVIII siècle. Sa surface est gravée d’entailles curvilignes ascendantes et peinte par endroit de noir, de jaune, d’orange et de rouge. Ce sont les couleurs de base d’un champ de canne en feu. C’est donc une pièce qui symbolise cette industrie cannière et par extension l’aventure européenne de transformation de l’espace des Amériques.

 Digenèses  est un concept tiré de l’œuvre philosophique d’Edouard Glissant. Il met l’accent sur les origines diverses de notre corps collectif. Je l’utilise à dessein pour signifier le fabuleux mélange des types humains d’origine diverses qui composait la ville de Saint-Pierre.

Cette sculpture cylindrique revêtue de  tissus corps ligaturés, amarrés, imbriqués rappelle les madras d’ antan ceinturant les robes traditionnelles de l’époque fastueuse de Saint Pierre.

Chaque parcelle de tissu corps  a une couleur de peau différente. L’ensemble évoquant un mouvement d’agglomération et d’explosion à venir.

Téllurik  est un titre franco-créole qui présente l’éruption de la montagne pelée. Le tronc vertical évoque l’aiguille de lave qui a précédé l’éruption. La surface totale sera peinte en noire et les sillons de cinq centimètres de profondeur seront rouges. Des bombes volcaniques de vingt centimètres de diamètre viendront se positionner de part et d’autre. Ils seront supportés par des tubes métalliques de cinq centimètres  de diamètre et de moins d’un mètre de long.

 

De l’esquisse à la réalisation, quelles surprises, quelles découvertes ?

HB                                                                        

La première surprise a été pour moi le fait d’avoir pu réaliser les

Maquette

Maquette

maquettes en argile d’un seul coup sans esquisse préalable. Ceci est dû, selon moi à la petite expérience que j’ai accumulé dans la réalisation de volume sur la thématique de l’histoire antillaise. Ensuite la découverte du matériau bois à grande échelle m’a complètement subjugué. Ce matériel possède un gros potentiel expressif qui va de l’aspect brut et massif à la douceur chaleureuse d’une peau humaine.

J’ai également découvert de nouveaux usages d’outils électriques comme la tronçonneuse, la meuleuse, le rabot, la ponceuse, et du gain en productivité par rapport aux outils conventionnels comme le marteau et les ciseaux à bois.

 Qu’apporte cette nouvelle expérience par rapport à tes réalisations antérieures dans l’espace public ?

HB

Cette expérience m’apporte des connaissances techniques sur ce matériau bois et sa pérennité en extérieur. Je retiens également des solutions logistiques intéressantes qui facilitent le travail et qui indiquent que toutes réalisations d’envergure nécessitent de mettre les moyens appropriés. Il me donne l’occasion par ailleurs de retrouver le vocabulaire de forme de mes premières créations de grande taille : la verticalité, l’opposition formes géométriques contre formes organiques. J’ai découvert également la conception et la réalisation collective. Faire de la création en binôme est une forme de partage de savoir et de savoir-faire qui aboutit à un dialogue fécond. Dans mes réalisations antérieures j’étais seul confronté aux espaces à modifiés.

 

L’expérience du travail en commun dans cet immense atelier a-t- il modifié ton projet par des échanges, des interactions ?

HB

Effectivement en plus de mon travail en binôme le fait de travailler en compagnie des autres artistes apporte une certaine émulation et des échanges riches tant au point de vue technique qu’au niveau des questions de sens.

beuzespb

La réalisation effective de l’œuvre apporte nécessairement des modifications au projet. Car il y a un combat incessant entre le tangible et le sensible. Le tout est de trouver le bon compromis qui satisfait l’œil et le sens, mais, la difficulté augmente par contre avec la présence des autres créateurs car les avis divergent. Le travail se borne alors à une synthèse juste des propositions formulées.

Ce qu’il faut retenir également pour l’avenir c’est que la production artistique dans nos contrées gagnerait énormément avec des espaces de travail de ce type.                                                                 beuzespc

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Discussion

2 réflexions sur “Grand Saint – Pierre : Entretien avec Hervé Beuze

  1. Cet entretien est bien révélateur de la démarche de Hervé qu’il m’a expliquée à propos de ses œuvres exposées à Gorée. C’est très convaincant évidemment, mais il faudrait nuancer avec des réserves.
    Si je comprends bien, ces trois troncs, qui deviendront des totems, seront exposés ensemble, mais comment? C’est l’agencement des trois qui fera l’œuvre. Qu’est ce qui réunit l’usine, le tellurique et la digenèse? La ville de Saint Pierre, me dira-t-il ! Mais c’est loin d’être évident… ce qui réunira l’ensemble des totems ce sera ce que le spectateur imaginera, comprendra, à partir de volumes, de couleurs et de résonances subtiles et non maîtrisables, inhérentes au passage du tronc de bois au totem.
    Pourquoi des totems ? Comment passe-t-on du tronc au totem quand on est plasticien créole en 2013 en Martinique ? Cela renvoie aux civilisations amérindiennes ou océaniennes. Quel sens donner à trois totems à Saint Pierre ? Ceci il ne le dit pas, mais ce n’est pas un reproche. Ce que j’aimerais reprocher par contre c’est de croire qu’il faut trouver une raison d’être de chaque geste plastique ; comme s’il fallait justifier conceptuellement une gestuelle créatrice. Est-ce tellement nécessaire ?
    Il y aura donc dialogue entre Hervé et ses spectateurs, qui eux pourront gloser, par le biais de son installation. Mais je ne crois pas que ces derniers attendent des explications point par point de telle entaille dans le tronc ou de telle couleur rouge qui avec le jaune signifie le feu… à moins de se cantonner dans la naïveté de l’illustration de concepts et non pas dans la métamorphose de l’œuvre qui doit s’exprimer par elle-même? Laissez un peu de champ libre au spectateur !

    Je veux dire par là, que L’homme qui marche de Giacometti, par exemple, n’est pas désigné comme le référent de l’être pour la mort de l’existentialisme, et pourtant c’est exactement ce que l’on ressent, même si l’on n’a pas lu Heidegger.
    Je pense encore aux têtes de poupées du Père Labat de Bruno Pedurand, qui renvoient aussi à des illustrations de pensées proverbiales alors que l’installation en soi est une manière de dire des choses, mais on loupe la référence à Labat si on ne lit pas le titre… 
Il est vrai qu’à voir ces têtes de poupées on pourrait imaginer n’importe quoi et je ne vois pas ce que le père Labat apporte, si ce n’est un clin d’œil au monde de l’enfance de Bruno, un jeu de quilles pour enfants pas sages.

    
Bises baj

    Publié par Michèle-Baj Strobel | 16 avril 2013, 6 h 15 min
    • La commande publique a une procédure spécifique qui laisse très peu de champ libre à la création.Un cahier des charges précis commande au plasticien de présenté tous les aspects de sa proposition.Dans ce projet ils nous a été imposé le matériau bois de mahogany et le titre de totem.C’est un sous projet d’une commande architecturale plus importante qui rentre dans le cadre du projet Grand Saint Pierre.
      La problématique de l’adéquation entre l’oeuvre et son titre est récurrente dans la pratique plastique actuelle.Ici nous avons tenter de rester le plus proche de la thématique proposer  » la ville de saint pierre ».
      C’est sur qu’il y a une part de l’oeuvre que nous ne pouvons maîtrisé ni prévoir les effets sur le spectateur.Et ce sont ces non-dits qui ferons l’oeuvre ainsi que tous les paramètres du lieu et l’ordre d’implantation.J’ai l’exemple de l’allégorie de la liberté que j’ai mis à Gorée et qui s’est transformé en « Coumba Castel » génie du lieu pour les autochtones. Enfin le titre est selon moi une création en lui même qui tente de contenir l’intention du créateur.C’est une
      qui permet aux publique aveugle face au dispositif plastique d’assouvir leur soif de sens.C’est la présence de l’ensemble qui fera la différence.

      Publié par Hervé BEUZE | 17 avril 2013, 1 h 13 min

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