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Gens de la Caraïbe : un nouveau challenge

Pour mieux décoder l’impact désormais incontournable des réseaux numériques sur le rayonnement des cultures caribéennes, L’Aica Caraïbe du Sud interroge Karole Gizolme, jounaliste, l’une des fondatrice de Gens de la Caraïbe, pionnier de la circulation des informations culturelles caribéennes via internet sur  l’histoirique du site et  ses nouvelles perspectives.

 Le site Gens de la Caraïbe (www.gensdelacaraibe.org) a été créé en 2001. Pouvez-vous retracer l’historique du projet et présenter l’équipe? Pourquoi vous a-t-il semblé alors nécessaire de le créer?

 Concernant l’historique, il s’agissait à l’époque d’utiliser l’outil Internet pour faire circuler des informations concernant les créations contemporaines des artistes caribéens ou concernés par la Caraïbe qui résident dans le monde, de donner au grand public des outils pour approcher la Caraïbe culturelle, selon un autre point de vue que celui d’un dépliant touristique. Les fondateurs de l’association voulaient aussi créer un espace permettant de porter à la connaissance du public les créations culturelles. Nous voulions aussi créer un lieu virtuel permettant à des experts (artistes, critiques, historiens de l’art) de rendre compte de leur réception des œuvres et d’en parler en mettant en valeur ce qui fait la spécificité proprement caribéenne de ces créations, ainsi que leur originalité artistique.

Nous avons donc commencé à nous contenter d’identifier les événements qui étaient dans des journaux « papier » ou des catalogues et les faire circuler par mail, puis sur le site Internet créé.C’était l’époque de l’effervescence des starts-up, l’émergence de projets innovants et surtout la création de tous ces mouvements d’informaticiens qui militaient pour le travail collaboratif, ouvert (« open source »), qui ont donné naissance à toutes ces applications gratuites qui permettent de démocratiser l’Internet et rendre les projets moins couteux.

 Pour répondre à la question relative à l’équipe, la première version a été créé par feu-Alfred Largange. Mais un tel projet relevant d’un engagement citoyen, un certain nombre de personnes engagées dans le développement de ce secteur ont plus ou moins rapidement rejoint l’association. Le site a alors bénéficié (et bénéficie toujours) de nombreuses contributions de bénévoles, chacun d’entre eux ayant une expertise reconnue dans un domaine particulier: Nathalie Naquin, Hector Poullet, Régine Bonnaire, Manon Durieux, Scarlett Jésus, Gerty Dambury, Anne Lescot, Audrey Célestine, Max Jeanne, Sylvie Bouras, Myriam Chiaramonti, Charlie Clairmont, Céline Guillaume, Gilles Elie-dit-Cosque, Nathalie Antiope, Léonor Martin, Bernard Chancy, Dominique Castellano, Ayelevi Novivor et bien d’autres. Deux salariés, Anaïs Jones Sanchez et Dominique Castellano ont marqué de leur empreinte le site Internet et la structuration de nos actions et nous ont permis de consolider notre projet. Depuis 2007, date de la fin de leur contrat, volontairement nous publions moins. Le conseil d’administration a privilégié la qualité à la quantité. Pour être édité les informations de chacun des articles doivent être vérifiées. Et les internautes le savent.

 Le Guide de la Caraïbe culturelle a été édité en 2010 par Vents d’ailleurs et Gens de la Caraïbe. Quel bilan tirez-vous de cette action ? A combien d’exemplaires a-t- il été tiré? Quelles ont été les principales difficultés?

 Une chargée d’études, Nathalie Antiope, (devenue présidente de Gens de la Caraïbe en 2012) a réalisé un sondage qualitatif pour comprendre les motivations des utilisateurs professionnels et préparer l’étape suivante.

La bonne nouvelle est que le Guide a obtenu une note de satisfaction de plus de 4 sur 5 concernant la qualité et le contenu auprès de 75% des utilisateurs sondés. La révélation la plus intéressante a été que le créole est la 3ème  langue utilisée comme langue de travail, devant l’espagnol et après l’anglais. Le Guide a été tiré à 2.000 exemplaires.

La moitié a été vendue à peu près. Le fait que la mention 2010 sur la couverture laisse penser certains qu’elle est obsolète. Ce qui n’est pas tout à fait le cas, car les textes, cartes, chronologies, bibliographies et surtout la sélection des artistes et structures sont toujours précieux.

Parmi les difficultés rencontrées, les principales ont été celles consistant à recueillir les informations, puis à les recouper. Le secteur artistique et culturel de la Caraïbe n’a pas d’archives, et pas davantage d’études fiables ou rendues publiques qui nous auraient permis d’aller plus vite. Nous avons donc dû écrire des biographies pour des artistes qui n’en avaient pas, harceler des institutions pour avoir des données fiables, des chiffres. Il a fallu aussi convaincre des financeurs. Certains ont compris très vite l’intérêt du projet, d’autres pas du tout ce qui explique que le prix final de vente n’a pu être baissé. Gilles Alexandre, gérant de la Librairie du même nom (la seule d’ailleurs de la Martinique) nous a dit que nous étions trop en avance, que l’intérêt du projet allait être compris après … Effectivement, la Région Martinique, après la sortie de l’ouvrage en a commandé 80 pour les établissements scolaires et centres de ressources et la suite du projet est accueillie favorablement par les institutions. Nous avons notamment obtenu l’agrément du Fonds européen INTERREG Caraïbe à condition de donner une envergure plus large au projet, le Guide ne servant que de support.

Une anecdote intéressante : les seuls medias dont les collaborateurs nous ont dit qu’ils bénéficiaient d’un budget pour acheter de la documentation, ont été France-Antilles et RCI (en insistant toutefois auprès de leur direction).

 Gens de la Caraïbe  et Gens de la Caraïbe-Guadeloupe comptent actuellement  quatre-cents sympathisants (qui ont pris leur cotisation au moins une fois) et quatre-vingts membres à jour de leur cotisation en moyenne. Qui sont ces membres :des artistes, des institutions culturelles ?  De quelle zone géographique sont-ils?

Plusieurs structures adhèrent au projet et nous encouragent (L’Artchipel, la médiathèque Caraïbe de Basse-Terre et celle du Gosier, le musée Dapper, le Collectif 2004 Images, Textes en Paroles, Etc_Caraïbe depuis des années. Pour ceux qui adhérent personnellement, 70% des membres ont un lien fort avec la culture, soit ils sont créateurs, soit ils sont des professionnels de ce secteur (administrateurs, journalistes, consultants, chercheurs, enseignants, organisateurs, ..). Les autres se sentent concernés par les sujets que nous abordons ou nous apportent leur appui parce que nous soutenons le secteur culturel. Nous avons une grande mixité concernant les catégories socio-professionnelles, les origines culturelles, les générations. La répartition selon les lieux de résidence de nos adhérents et sympathisants  révèle que  31%  résident en Europe (puisque de nombreux Caribéens y vivent et y travaillent, (Hexagone, Royaume Uni), 21% en Guadeloupe et le reste 11% en Martinique, les autres sont dispersés aux Etats-Unis, Mexique, Brésil…. Nous  tenons à cette diversité pour éviter le phénomène de « tribu ». Enfin, Nathalie Antiope travaille sur une étude plus poussée du profil de nos internautes pour la fin de l’année 2013.

 Votre newsletter,  La Lettre d’ici et là-bas, connaît un vrai succès avec quatre mille abonnés, quand et pourquoi avez-vous décidé de la créer ?

 Merci pour le compliment, mais 4.000 abonnés, cela semble peu face à des sites d’annonces d’événements qui affichent des milliers d’inscrits. Pour être transparent, sur une lettre envoyée seuls 25 à 30% des destinataires l’ouvrent l’ouvrent pour toutes sortes de raisons (spams, changement d’adresse électronique, déluge des mails). Les articles de la lettre peuvent être lus directement  sur le site Internet et touchent donc un public plus large, d’autant plus que nous gardons  nos archives depuis plus de 10 ans, ce que les professionnels apprécient chez nous. Enfin, les habitudes changeant, ce sont les réseaux sociaux que les internautes consultent le plus fréquemment aujourd’hui. Tablettes et smartphones risquent aussi de prendre le dessus sur les ordinateurs d’aujourd’hui, ce à quoi il nous faut être attentifs si nous souhaitons toucher un public qui se renouvelle sans cesse.

La lettre Ici-et-là-bas est née en 1999 et a donc précédé le site Internet http://www.gensdelacaraibe.org/ hébergé au début par l’Agence universitaire de la Francophonie. Au début, nous ne pensions même pas à un site Internet mais à une base de données en ligne avec les contacts des artistes de la Caraïbe et de la diaspora, sans articles en ligne. Avec la lettre qui a le pouvoir de toucher des gens ciblés, nous avons le sentiment d’envoyer des appels du pied et de susciter des mises en réseau, des envies de travail collaboratif.

 En outre, nous animons également une liste de distribution (système permettant des échanges de mails au sein d’un groupe constitué) pour les professionnels de la culture : reso-gdc

 Votre projet évolue doublement, à la fois dans sa nature puisque après une version éditée du Guide il est question d’en créer une version électronique trilingue à long terme. Quand sera-t-elle  opérationnelle? Qu’apportera de nouveau la version électronique ? Mais le projet  évolue également en élargissant sa zone d’intervention, son influence géographique puisque vous créez KAMACUKA, un réseau de professionnels de la culture de la zone caribéo-amazonienne. Pouvez-vous nous présenter KAMACUKA et expliquer les raisons de cette évolution ?

 Cette évolution a été confiée à Gens de la Caraïbe-Guadeloupe, une association née en 2003 sur les pas de Gens de la Caraïbe et qui a pour spécificité de développer des actions pour et avec les professionnels de la région Caraïbe-Amazonie, qui n’ont pas accès aux mêmes ressources, réseaux que ceux résidant en Europe.

Accompagnée par un cabinet d’ingénierie culturelle, la Maison des Suds, Gens de la Caraïbe-Guadeloupe a pensé le projet KAMACUKA avec ses partenaires en Guyane, en Haïti et à Trinidad.

 KAMACUKA (qui signifie Carrefour du marché culturel caribéo-amazonien) vise à inciter la mise en réseau des professionnels de la culture, le travail collaboratif pour trouver ensemble de nouvelles opportunités de travail (rémunéré !) pour les artistes et professionnels. La version éditée du Guide n’est qu’un outil au service du projet KAMACUKA, il ne faut pas la voir comme une finalité. Dans un premier temps, elle sera accessible aux adhérents professionnels de chaque partenaire du projet KAMACUKA à savoir Gens de la Caraïbe-Guadeloupe, M.A.G.M.A.T, Collectif 2004 Images et Gens de la Caraïbe. Un temps sera nécessaire pour l’affiner, la tester et l’optimiser.

Enfin, le premier séminaire en Guyane permettra de mettre en place les premières actions collectives pour être une force de proposition auprès des instances politiques, notamment.

 

 

 

 

 
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