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Anémochorie à la Favorite

Dans les deux salons hexagonaux du Château La Favorite, deux installations d’Antonin Detemple : Le sommeil et L’éveil. 

Le sommeil est un ensemble d’herbiers posés au sol où des végétaux collectés sur le site de l’ancien jardin botanique de Saint – Pierre reposent entre des planches botaniques où sont réunis des croquis collectés sur internet.

Anémochorie, Le Sommeil 2021. Photo Antonin Detemple

Anémochorie, Le sommeil 2021. Photo Antonin Detemple

L’éveil accueille dans une structure dotée d’un goutte à goutte automatique  deux carottes archéologiques prélevées à quatre mètres de profondeur sur le même site,  dans l’attente d’une germination potentielle de graines enfouies.

Anémochorie L’éveil 2021. photo Antonin Detemple
Anémochorie, L’éveil 2021 Photo Antonin Detemple

C’est le second volet du projet Anémochorie réalisé dans le cadre  d’une résidence à la Station Culturelle de Martinique.

Le passé et le présent, la surface et le sous – sol se rejoignent.

C’est un projet subtil, sensible, profond, de nature à aider le public à porter un regard aiguisé et critique sur le monde tel qu’il est.

Antonin Detemple veut en effet comprendre comment fonctionne le monde. Il questionne donc le système globalisé de production et de commercialisation des fleurs. Dans le premier volet d’Anémochorie présenté au Confort mental dans le vingtième arrondissement de  Paris, il reconstitue seize bouquets inspirés de tableaux anciens avec des fleurs venues du monde entier achetées à Rungis. Lorsqu’une espèce a disparu, une bulle de verre soufflée matérialise l’absente. 

Anémochorie au Confort mental Photo Lucas Charrier
Anémochorie au Confort mental . photo Lucas Charrier

 Il souligne ainsi l’évolution de la société, évolution  dont bien souvent nous n’avons pas conscience. Qu’y a – t –il au-delà de la beauté des bouquets que l’on nous offre? On est passé du jardin, de  la cueillette de proximité à l’exploitation commerciale, à la globalisation, la rationalisation, la standardisation. L’artiste  guette ce moment de bascule où le vivant devient marchandise. Une fine planchette  de bois colorée, l’étalon utilisé pour classer les fleurs en fonction de leurs teintes, tel un ready-made, accompagne les bouquets.  Tout comme quatre flocons de parfum, distillé selon la même recette avec une même rose, la Red Naomi mais cultivée dans quatre pays différents, Pays – Bas, Ethiopie, Colombie, Kenya.  Comme pour faire sentir comment la nature peut parfois résister à la globalisation par  des nuances de fragrance en raison des différences d’ensoleillement ou d’acidité de l’eau.

Anémochorie au Confort mental Photo Lucas Charrier
Anémochorie au Confort mental Photo Lucas Charrier

Jusqu’où peut – on exploiter le vivant ? C’est la question qu’induisent ces œuvres avec en filigrane la conviction que l’exploitation du vivant qui ne se limite pas à la flore.

Le second volet réalisé à la Martinique prolonge ce questionnement. Antonin Detemple s’intéresse cette fois à  cette forme particulière d’aménagement d’espaces naturels qu’est le jardin botanique. Et comme exemple, il retient le mythique jardin botanique de Saint Pierre.  Lieu chargé d’histoire, aujourd’hui disparu, redevenu forêt secondaire,  au point  que peu d’entre nous pourrait le localiser. Un jardin botanique est un territoire aménagé où sont réunies des collections de variétés végétales. C’est un lieu de détente, de  conservation, de  recherche scientifique, d’éducation. Mais c’est aussi le lieu de l’instrumentalisation du végétal. Nommer, classifier la flore, la rationnaliser,  l’étiqueter en latin dans une césure avec la dénomination autochtone ne participe-t – il pas à positionner l’Europe au centre du monde au moment des grandes explorations, de l’expansion des territoires du monde capitaliste ?

Antonin Detemple  s’approprie les gestes techniques et scientifiques  du fleuriste, du botaniste, de l’archéologue, les déplace jusque dans son champ artistique comme il le fait du geste de l’orpailleur pour l’Or des fous. C’est sa manière à lui de décrypter le monde, de démonter les mécanismes de la société d’aujourd’hui.

Cette double exposition d’Antonin Detemple et  Julie Chaffort à la Favorite, Adan an kalbass i ni dé kwi,   s’inscrit dans le programme Suite du Cnap, Centre National des Arts Plastiques, Ministère de la culture et dans la programmation Hors les murs de la Station Culturelle.  Le végétal se retrouve au cœur des deux démarches artistiques.

Vous pouvez découvrir ces œuvres originales présentées par la Station culturelle  au Château La Favorite tout ce mois d’octobre.  

Aux commandes de la Station culturelle, quatre jeunes femmes dynamiques, Elena Arnoux, présidente de l’association, Eline Gourgues, coordinatrice générale, Naïna Patrice, responsable des projets d’Arts Visuels et Laura Bucher , responsable de la médiation et du service des publics. Elles proposent un programme conséquent, de l’aménagement d’un espace d’exposition et de co-working au 33 rue Perrinon  à des projets Hors les murs, comme entre autres, Adan an kalbass i ni dé kwi .

Le programme Suite, initié par le CNAP en partenariat avec l’ADAGP et dont c’est la septième édition, soutient  une sélection de projets d’artistes dans le prolongement de la phase de recherche réalisée dans le cadre d’une aide à la création. Il permet aux artistes d’expérimenter leurs idées dans le cadre réel d’une exposition dans des lieux gérés par des artistes ou des curateurs soucieux de renouveler les pratiques curatives.

DB

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