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Luz Severino : Dentro del bosque

Du vendredi 4 octobre au 24 novembre 2019, les cimaises de  la Fondation Clément accueillent une exposition individuelle de  Luz Severino, Dentro del bosque

Dentro del bosque

 

Dentro  del bosque de Luz Severino nous ramène à la problématique de l’évolution du rapport de l’artiste et de la nature.

La nature est d’abord sujet de l’art. L’artiste l’observe et la contemple. Il s’en inspire et la représente. Le genre pictural du paysage connaît un large succès.

A partir des années soixante, la nature devient support et matériau de l’art : l’artiste travaille avec et dans le paysage.   C’est la vogue du Land art, des Earthworks, de l’Arte Povera.  Un grand nombre d’artistes, européens et américains, ont choisi d’œuvrer dans le paysage afin de trouver un espace neuf de création et de réaliser des œuvres avec la nature. Ces œuvres  ne reflètent cependant aucune inquiétude, ne relèvent pas de préoccupation écologique, mais la nature devient lieu de création et de production.

Puis l’artiste recherche une nouvelle relation avec le monde naturel et cherche à dépasser la création dans et avec le paysage.  Défini par Paul Ardenne, l’art « écologique » cherche à sensibiliser le public aux problématiques environnementales, au réchauffement climatique, effet de notre entrée dans la nouvelle ère de l’« anthropocène ». Adaptées aux exigences du développement durable, les œuvres plasticiennes éprises d’écologie adoptent des formes inusitées : travail dans et avec la nature, pratique du recyclage et interventions éphémères, créations collaboratives et poétiques. Ce sont toutes  les diverses formes de création plasticienne dont le propos est la défense de l’écologie, de l’environnement et du développement durable. Quelque forme qu’adopte l’œuvre se revendiquant de ce courant (qu’il s’agisse d’une peinture, d’une photographie, d’une sculpture, d’une installation, d’une vidéo ou d’une intervention publique), celle-ci vise cet objectif : sensibiliser le  public aux problématiques environnementales

L’  éco-œuvre  est  réussie quand l’œuvre, qui ne peut s’incarner dans des formes plasticiennes traditionnelles, déclenche chez les spectateurs le désir d’agir, de participer, de nettoyer, de dépolluer, d’aider »1

Luz Severino se trouve à la lisière de la première et de la dernière catégorie. Certes ses œuvres cherchent à dénoncer l’impact de l’humanité sur la planète et en particulier sur la nature. Depuis de nombreuses générations, l’homme détruit son environnement – qui l’a pourtant nourri depuis la nuit des temps – or la nature représente le symbole de la vie. Comme l’indique si bien la phrase ancestrale amérindienne ou africaine, citée par Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommes : «Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ».2

Mais on reste dans le plaisir de la contemplation esthétique. Luz  ne plonge pas dans un marécage comme Joseph Beuys,  en 1970, dans Action on Rannoch Moor. Elle ne coordonne pas la plantation de  7000 Chênes  comme Beuys à Basel en 1982. Elle ne sème et ne récolte pas à New – York     comme Agnes Denes, dans Wheatfield  en 1982. Elle retranscrit ses convictions sur la toile ou en volume.

Elle dénonce la destruction de la nature et célèbre sa capacité de résilience à travers l’association de pratiques plastiques variées. Elle conjugue la peinture,  la broderie,  la couture,  la scarification directe dans la matière à l’aide d’un cutter à pointe, les impressions au pochoir, le grattage, l’insertion de lanières de tissus cousues et rebrodées  dans des créations hybrides.

Des oeuvres, que ce soit l’installation ou les toiles, se dégage une même impression de densité et verticalité comme un  écho au titre de l’exposition, Dentro del bosque.

Dentro del bosque

 

Comment ne pas penser aux installations de bois brûlé de Frans Krajcberg,   par exemple Sculpture 59 ou la très belle œuvre Sans titre de la collection Yves Rocher?

C’est la répétition de lignes verticales, traits peints ou lanières d’anciennes toiles déchirées et cousues, qui donne cette sensation d’immersion au coeur d’une forêt revisitée par l’artiste, dans un processus de stylisation des formes et de texturisation de la toile. Vue de loin, puis de près, le tableau révèle les différentes techniques associées par l’artiste dans un patient processus de fabrication. En effet, dans sa pratique, Luz Severino développe une relation au temps. La toile est progressivement structurée par l’apposition de pochoirs, la scarification au cutter, la broderie et la couture, le collage. Les modifications chromatiques indiquent le cycle nycthéméral ou saisonnier. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre au cœur d’une série cohérente, chaque œuvre fonctionne comme une note dans la symphonie générale.

Les quatre saisons;

Luz Severino ajoute sa partition originale au concert des plasticiens caribéens qui dénoncent les blessures que l’homme inflige à la nature.

Tony Capellan ( République Dominicaine) et ses installations avec les rebuts en plastique rejetés par la mer  sur les berges de République Dominicaine comme  Mare Invidado (2015)

Eye de Deborah C.  Anzinger (Jamaïque), véritable plaidoyer pour que les droits humains et les droits environnementaux bénéficient de la même attention et considération. Eye (2018) associe des formes biomorphiques en céramique et une plante vivante, l’aloe vera pour appeler notre vigilance sur la fragilité de l’environnement

Redecode : a tropical theme is a great way to create a fresh, peaceful, relaxing atmosphere  de Joiri Minaya (République Dominicaine) proteste contre la marchandisation et la domestication de la nature. C’est une version pixélisée du papier peint exotique «El Dorado» conçu en 1848 par Zuber et Cie, la plus ancienne société de papiers peints en activité, fondée en 1797. Des codes cachés dans les pixels de la fresque invitent à une expérience interactive avec l’œuvre en redirigeant vers des documents.

Entre Nubes III

Moins radicales, les œuvres séduisantes et harmonieuses de Luz Severino communiquent l’espoir que la beauté de la nature saura résister  et renaître.

Dominique Brebion

1 Paul ARDENNE, Un art écologique. Création plasticienne et anthropocène, postface de Bernard Stiegler, La Muette, Le bord de l’eau, Lormont, 2018.

2 Luz Severino , Catalogue de l’exposition

 

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