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BANKSYMANIA

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Graffeur le plus célèbre de l’époque et artiste vivant préféré des Britanniques, la popularité de Banksy se confirme sur le Marché de l’Art.

Selon un sondage YouGov, les Britanniques préfèrent BANKSY à Picasso. Le champion du Street Art a été désigné comme le quatrième artiste préféré des Britanniques dans toute l’histoire de la création après Leonard de Vinci, Van Gogh et Michel-Ange. Mais personne ne connait (ou ne divulgue) l’identité de Banksy. L’artiste aux 6,3 millions de followers sur Instagram préserve son aura planétaire dans le secret de l’anonymat. Ainsi, il renverse les codes de la promotion au profit de son travail d’agitateur social plutôt que de son identité.

Si l’auteur reste dans l’ombre, les œuvres, elles, sont immédiatement reconnaissables : rats (nuisibles pourchassés et alter-ego du graffeur), hélicoptère de police “coiffé” d’un nœud rose, policiers qui s’embrassent, manifestant prêt à lancer un bouquet de fleurs… l’artiste utilise l’humour et la subversion à coups de pochoirs et d’écriture, évitant de laisser planer le doute sur ses messages. Revendicateur, il prend à partie dans l’espace public, interroge les faits sociaux, dénonce la gestion des réfugiés à Calais devant l’ambassade de France à Londres, et orchestre la réalisation de neuf peintures sur le mur de séparation de Gaza.

L’art de la provocation

Banksy est passé maître dans l’art de la provocation : réalisation d’une quantité importante de faux billets de 10 pounds avec le portrait de Lady Diana, ouverture d’un hôtel donnant directement sur le mur de séparation construit par Israël en Cisjordanie (le Walled Off Hôtel), création d’un parc d’attraction dérangeant dans une station balnéaire délaissée du sud-ouest de Bristol (Dismaland, 2015), introduction d’oeuvres factices dans des musées aussi prestigieux que le British Museum à Londres ou le MoMA à New York…

Sa dernière provocation en date est un stand improvisé en marge de la Biennale de Venise, où l’artiste n’était pas invité. Incognito, il présentait aux passants un ensemble de peintures intitulé Venice in oil, que l’on peut traduire par Venise à l’huile mais aussi par Venise dans l’essence. Mises côte à côte, les toiles figuraient l’un de ses immenses paquebots de touristes qui ravagent la beauté de la Sérénissime et fragilisent ses fondations. Quelques jours après ce happening filmé dénonçant le tourisme de masse, un de ces géants de croisière heurtait un bateau touristique…

Biographie d’un anonyme

Difficile de dresser la biographie d’un être contrôlant si bien le secret. Sur le site banksy-art.com on mentionne qu’il est “né à Yate, en Angleterre, alors que Bristol se l’est approprié. Il est blanc, mulâtre, chauve, nain, de taille moyenne, mince et gras à la fois. Son père est un infirmier, un boucher, un ingénieur de machinerie, qui pense que son fils est peintre en bâtiment.” De façon plus certaine, il commence à manier la bombe aérosol dans les années 1980 et s’affirme en tant qu’artiste graff au début des années 1990, au sein d’un groupe appelé le Bristol’s DrybreadZ Crew (DBZ). Ses premiers graffitis apparaissent à Bristol vers 1993, puis il essaime dans le monde entier. En 2003, il participe pour la première foie à une exposition dans une galerie d’art à Londres. Banksy entre alors de son plein gré dans le Marché de l’Art. Il commence aussi à diffuser son œuvre en tirant des sérigraphies de ses peintures de rue, accessibles pour quelques centaines de dollars.

En 2006, les prix s’envolent. Une première peinture multiplie par dix son estimation moyenne chez Bonhams (Tank, embracing Couple, environ 100.000$ le 25 octobre 2006). En 2008, deux œuvres remportent des adjudications millionnaires, dont un sommet toujours d’actualité de 1,87 m$ (Keep it spotless, Sotheby’s New York). En plein ascension, la cote de Banksy subit alors de plein fouet une sévère correction après la faillite de Lehman & Brothers. Le prix de certaines œuvres est divisé par deux, voire par trois, puis l’artiste revient en force dans les grandes ventes d’Art Contemporain en 2013-2014, multipliant à nouveau les coups de marteau à six chiffres.

Le 5 octobre 2018, Banksy détruit son tableau Girl With Balloon (2006), à distance et en direct, au moment même de sa vente pour 1,4m$ chez Sotheby’s. L’artiste avait dissimulé une broyeuse à papier dans le cadre de l’oeuvre avant de la mettre en circulation, anticipant son coup. Sidération générale pendant le découpage du papier millionnaire, puis acclamations dans la presse pour ce “canular” si savamment orchestré en pleine arène du Marché. Une telle opération entendait dénoncer les dérives spéculatives du Marché de l’Art, mais il est fort probable que Girl With Balloon soit plus chère après sa destruction puisqu’elle est désormais l’une des oeuvres les plus célèbres de l’histoire… Si Banksy utilise le système pour le critiquer, le système sait utiliser Banksy en retour.

Ce coup d’éclat a encore alimenté la popularité de l’artiste dont l’oeuvre fait l’objet d’une demande phénoménale. Banksy compte parmi les cinq contemporains les plus vendus aux enchères, avec un nombre de transactions multiplié par trois en dix ans. Mais cette banksymania comporte un revers : la convoitise et le vol… plusieurs œuvres in situ ont déjà été dérobées, dont l’oeuvre peinte en hommage aux victimes du 13 novembre 2015 sur une porte du Bataclan à Paris (janvier 2019). Un vol scandaleux pour une œuvre invendable car trop bien identifiée.

Pour éviter les vols comme les dégradations, la mairie de Londres a protégé certains pochoirs sous des plexiglas. Les œuvres de Banksy, non autorisées et éphémères par essence, se retrouvent ainsi “patrimonialisées”. Un paradoxe jubilatoire pour le “terroriste de l’art“ des Britanniques (art terrorist étant l’un des surnoms que les Britanniques donnent à Banksy), qui fait désormais partie du circuit touristique de leur capitale.

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